Patrick Duquette
La peur du coronavirus de Wuhan est souvent irrationnelle. Le SRAS (en 2003) et le MERS (en 2012) sont deux coronavirus qui ont tué chacun moins d’un millier de personnes sur la planète.
La peur du coronavirus de Wuhan est souvent irrationnelle. Le SRAS (en 2003) et le MERS (en 2012) sont deux coronavirus qui ont tué chacun moins d’un millier de personnes sur la planète.

Le virus de la peur

CHRONIQUE / L’inquiétude se propage plus vite que n’importe quel microbe, disait la semaine dernière Horacio Arruda, le directeur de la Santé publique du Québec.

Justement, je jouais dans un tournoi de squash ce week-end à Ottawa. Près du vestiaire, une télé passait en boucle des images de Chinois avec des masques sur le visage. On nous montrait aussi les rues désertées de Wuhan, épicentre de l’épidémie.

Au-dessus d’un bandeau Live Coverage, le commentateur distillait d’un air grave le dernier bilan en date de la progression du coronavirus. Tout juste si on n’a pas affiché un compteur à l’écran pour indiquer le nombre de morts en temps réel: 303, 304, 305 morts… en date d’hier matin.

J’étais planté devant l’écran, ma raquette de squash dans une main, un filet de sueur encore accroché au front. Complètement fasciné par l’atmosphère de fin du monde qui se dégageait des reportages. Assez pour devenir soudain plus conscient de mon entourage. Au point de noter ceux qui toussaient et reniflaient autour de moi.

Inquiétude, vous dites ?

Les médias couvrent l’épidémie du virus chinois en direct comme si c’était un attentat terroriste ou un écrasement d’avion. Ajoutez-y toutes les fausses nouvelles qui circulent sur les médias sociaux. Il faut être fait fort pour ne pas se laisser contaminer par le virus de la peur.

Des spécialistes nous avertissent pourtant qu’il y a des menaces près de nous qui sont potentiellement plus dangereuses. Le virus de la grippe, tiens. L’influenza tue chaque année 3500 personnes au Canada seulement, et entre 300 000 et 650 000 victimes de par le monde.

Pourtant, voyez-vous les gens de Gatineau ou d’Ottawa se précipiter dans les cliniques pour se faire inoculer le vaccin antigrippal ?

Mais non.

Nous sommes de drôles de créatures craignant plus un virus inconnu venu d’Asie qu’un virus bien connu qui tue plein de gens dans notre cour chaque année.

Jusqu’à maintenant, le virus chinois n’est pas plus effrayant que le SRAS en 2003 ou le MERS en 2012. Deux coronavirus qui ont tué chacun moins d’un millier de personnes sur la planète. Sachez qu’à elles seules, les maladies cardiaques ont emporté 15 millions de personnes en 2016, selon l’OMS. Les cancers pulmonaires ? 1,7 million de victimes. Le diabète ? 1,6 million.

Le coronavirus de Wuhan qui se propage depuis la Chine aurait toutefois le potentiel de devenir une pandémie, selon de nombreux experts mondiaux cités dans l’édition de lundi du New York Times. Et cela, malgré les quarantaines et les restrictions de voyage imposées en Chine et dans de nombreux pays, dont le Canada.

C’est que le virus chinois se propagerait rapidement comme la grippe, un agent pathogène hautement transmissible entre humains.

Faut-il pour autant conclure à la catastrophe ? Pas nécessairement. Le taux de mortalité pour les cas connus du coronavirus de Wuhan tournent autour de 2 %, selon les experts cités par le NYT. Alors que le SRAS a tué environ 10 % de ceux qui l’ont contracté.

Vous savez ce que je pense ?

Qu’on assiste à une répétition générale. Tout en rassurant la population, les autorités fédérale et provinciales, au Canada, testent leur capacité à réagir rapidement si l’épidémie devait faire le tour du globe. En attendant, le docteur Arruba a raison. L’épidémie de peur est plus à craindre, pour l’instant, que bien des virus.