Moustafa Al-Dagli (à droite), un réfugié syrien de 39 ans, et son coach, Norbert Gaudet.

Le test du parfait Canadien

CHRONIQUE / Dis-moi, Moustafa, qui fut le tout premier premier ministre du Canada? Il a levé le nez de son café. Ses yeux verts se sont éclairés, il a souri, l’air de dire: trop facile! Même s’il a trébuché un peu sur les syllabes à cause de son accent arabe, Moustafa m’a décliné fièrement la bonne réponse: John A. Macdonald.

Oui, monsieur. Comme le pont interprovincial.

Moustafa Al-Dagli, un réfugié syrien de 39 ans, est arrivé à Gatineau en 2016 avec sa femme et ses trois enfants. Depuis, sa famille s’est enrichie d’une petite fille, Zaneb, qui a acquis d’office la citoyenneté canadienne. Les autres membres devront l’obtenir. C’est justement ce à quoi Moustafa se prépare ces jours-ci. À devenir citoyen canadien. Ce qui implique d’être résident permanent depuis 3 ans, d’avoir une connaissance suffisante de l’une des deux langues officielles et… de réussir un test de connaissances sur le Canada.

L’examen comporte 20 questions. Elles portent sur les droits et responsabilités des Canadiens, leur identité, l’histoire, la géographie, les institutions, l’économie… Des questions qui n’ont rien de facile. Même pour un Canadien de souche. Imaginez pour un gars comme Moustafa qui a grandi dans un pays arabe, à des milliers de kilomètres d’ici.

Le Comité de soutien auprès des réfugiés syriens (CSARS) lui a fourni un coach pour l’aider à se préparer. Retraité de la fonction publique fédérale, Norbert Gaudet a pris Moustafa sous son aile. Chaque mardi soir, il potasse avec lui le « guide » de 75 pages qui sert de matière à l’examen. Ils complètent un chapitre par semaine. Chaque chapitre devient un prétexte pour discuter de l’égalité homme-femme, de la bataille des plaines d’Abraham ou du droit de vote.

« En Syrie aussi, on avait le droit de vote, rigole Moustafa. Il n’y avait qu’un nom sur le bulletin. Celui du dictateur… »

J’avais devant moi un exercice pour préparer les immigrants à leur test. J’ai cherché une question à poser à Moustafa. Voyons voir : je suis certain qu’il connaît la devise du Canada (A Mari usque ad Mare). Son animal emblématique (le castor). La figure qui apparaît sur le drapeau (une feuille d’érable). L’année de la fondation du Canada (1867). Peut-être même sait-il que le Canada est une monarchie constitutionnelle. Un État de droit avec trois catégories de pouvoir (législatif, exécutif et judiciaire). Peut-être est-il capable de citer les trois plus grandes villes (Toronto, Montréal et Calgary). Ah voilà ! Si tu réponds à cette question, Moustafa, t’es mon idole. Nomme-moi cinq produits d’exportation qui font la richesse du Canada ?

Facile, a rétorqué Moustafa : le pétrole, les gros chars (fourgonnettes et VUS), les transactions spéciales commerciales, les métaux précieux et les voitures particulières… Vous saviez ça, vous ? Moustafa non plus. Je blaguais, je ne lui ai pas posé la question. Moi-même j’ai dû googler la réponse. C’est pour vous donner une idée du quotient de difficulté de l’examen. Le jour venu, Moustafa devra compléter le test en 30 minutes, et obtenir 75 %. En quoi la réussite de ce test prouvera qu’il deviendra un bon Canadien ? Je cherche toujours à comprendre.

En attendant, Norbert et Moustafa fraternisent. « Aider Moustafa me permet de réviser mon histoire du Canada. C’est un bon gars, très travaillant, un bel exemple d’intégration réussi. J’espère qu’il réussira son test et deviendra Canadien », explique Norbert.

Moustafa nous a parlé de son pays qui a 7000 ans d’histoire. D’Alep, sa ville natale, une cité historique. La toute première ville du monde. Sept millions d’habitants avant les bombardements. Là-bas, il était couturier. Ici aussi, il coud : des auvents, chez Auvent Nouveau à Hull. La Syrie a une histoire plus riche que le Canada. Mais c’est ici que Moustafa a trouvé la plus grande richesse : la liberté, qui passe obligatoirement par un test de 20 questions…

Le CSARS cherche des bénévoles pour aider des immigrants à se préparer à leur test. Faites signe à jacques.laberge1954@gmail.com.