Marie-France Maisonneuve sait bien que rien ne ressuscitera sa fille Élisabeth Brosda, décédée lors d'un terrible accident sur l'autoroute 50 en septembre dernier.

Le rêve d'Élisabeth

CHRONIQUE / Marie-France Maisonneuve sait bien que rien ne ressuscitera sa fille Élisabeth Brosda, décédée lors d'un terrible accident sur l'autoroute 50 en septembre dernier. Mais lundi, elle avait l'impression que sa fille de 21 ans, un espoir olympique en équitation, était présente à ses côtés alors qu'un tournoi de golf en son honneur se déroulait à Gatineau.
J'étais aux funérailles d'Élisabeth Brosda en octobre dernier. C'était d'une tristesse infinie. L'église Sainte-Maria-Goretti était pleine à craquer. Partout, on avait affiché des photos de la flamboyante Élisabeth avec son cheval. Elle faisait de l'équitation depuis l'âge de 15 ans et poursuivait son rêve avec une grande détermination : participer aux Jeux olympiques de 2024 en dressage. Tout allait bien pour elle. Elle gagnait concours après concours et s'était même entraîné auprès de l'ex-olympien David Marcus.
Mais alors qu'elle se rendait à une compétition équestre, le 17 septembre dernier, elle a péri dans une collision frontale sur l'autoroute 50. La conductrice de l'autre véhicule, également décédée, s'était endormie au volant.
« Elle avait toutes les qualités et la détermination pour réaliser son rêve olympique, raconte sa mère Marie-France. C'était notre enfant unique. En tant que parents, on vit tous pour nos enfants. Alors pour ne pas perdre espoir et sombrer dans le gouffre de la dépression, nous avons fait des démarches pour créer un fonds commémoratif Élisabeth Brosda auprès de Canada Équestre et de la Fondation olympique canadienne. »
Et c'est ce projet de perpétuer le rêve d'Élisabeth à travers d'autres jeunes cavaliers prometteurs qui prenait forme lundi au club de golf Tecumseh de Gatineau. Tous les profits du tournoi annuel de la Cage - Brasserie sportive iront au nouveau Fonds commémoratif Élisabeth Brosda. L'objectif est d'amasser 100 000 $ d'ici 2024. L'argent sera remis sous forme de bourses.
« En retour, tous les olympiens canadiens qui se rendront aux JO de 2024 en dressage, y compris les palefreniers et les entraîneurs, porteront un gilet avec la photo d'Élisabeth. Et à l'intérieur de leur manteau, ils vont broder un coeur, du côté gauche. Ce sera un peu comme si Élisabeth participait aux Olympiques ! On va essayer de réaliser le rêve de ma fille. En tant que maman, c'est ce qui me donne la force de me lever le matin. Sinon, on tombe dans la dépression et la tristesse. »
Comme si ce n'était pas assez de perdre sa fille unique, Marie-France a également perdu sa maison du boulevard Hurtubise lors des crues du printemps. Une perte totale. Et au pire des inondations, devinez à qui Marie-France pensait pour se donner de courage ?
« Normalement, ce sont les parents qui transmettent des valeurs à leurs enfants. Mais dans le cas d'Élisabeth, elle avait une telle détermination, une telle persévérance. Dans son cahier d'entraînement, elle notait chaque mois un petit mot. Un principe de vie qui l'aidait à se motiver. Une de ses citations favorites, c'était : champion train, losers complains (le champion s'entraîne, les perdants se plaignent) »
« Alors pendant les inondations, je me rappelle d'un moment particulièrement pénible. Il était 4 h du matin, il faisait froid, on avait de l'eau jusqu'à la poitrine et on essayait de remettre des sacs de sable dans la chaloupe. Je pleurais. Et ma petite nièce m'a lancée : champion train, losers complains ! Imagine, ce sont les mots de ma fille qui me permettent aujourd'hui de continuer tellement elle avait de bonnes valeurs. »
Malgré tous les tracas liés à la perte de sa maison, Marie-France a continué de travailler à l'organisation du tournoi de golf. Une façon pour elle de perpétuer la mémoire de sa fille. Portée par son rêve olympique, Élisabeth trouvait l'énergie de s'occuper de ses chevaux tous les jours, matin et soir, tout en combinant ses études universitaires et le travail.
À la fin de l'entrevue, Marie-France Maisonneuve s'est interrompue un instant pour contempler la joyeuse animation qui régnait dans le chalet du Tecumseh : « Aujourd'hui, j'ai l'impression qu'Élisabeth est ici, à côté de moi, parmi nous... »