Le comédien Fabien Cloutier s'est confié à l'animatrice Marie-France Bazzo concernant sa vision du Québec actuel. Une vision que partage notre chroniqueur.

Le Québec n'est pas si parfait

CHRONIQUE / Je ne connaissais pas le comédien et dramaturge Fabien Cloutier avant de tomber sur la grande entrevue qu'il donnait, lundi soir, à Marie-France Bazzo à la radio de Radio-Canada.
Une entrevue qui portait sur plein de choses. Mais c'est sa réflexion sur le Québécois « de souche » qui a attiré mon attention dans le contexte actuel.
J'étais moi-même dans un état d'esprit assez particulier lundi soir, ayant passé une partie de la journée à faire des entrevues avec des demandeurs d'asile haïtiens à Cornwall.
Toute la journée à la radio, on avait parlé de la manifestation qui avait dégénéré la veille, à Québec. J'avais en tête des mots comme racisme, intolérance et xénophobie. Le tout entremêlé avec des images du logo de La Meute et d'une voiture qui fonce dans une foule à Charlottesville...
Et voilà que j'entends Fabien Cloutier dire à la radio (http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/les-grands-entretiens/episodes/387833/audio-fil-du-lundi-21-aout-2017) que ce serait bien facile pour lui de se murer dans le fait qu'il est un « de souche ». Sa famille est établie au Québec depuis 1630.
« Mais je ne suis pas juste un Cloutier, l'entends-je dire à Marie-France Bazzo. Je suis la somme d'un paquet de monde. Je suis la somme de plein de gens qui, un jour, ont dit : je quitte mon pays. Et je m'en vais ailleurs me faire une nouvelle vie. Je suis la somme d'un paquet d'affaires.
«Moi ceux qui veulent embarrer la société québécoise dans quelque chose... C'est un peu comme si on disait : le Québec, maintenant, il est si parfait, si beau, qu'il ne faudrait plus qu'il change. Il ne faudrait plus qu'il y ait de nouveaux éléments dans cette société-là parce qu'on a atteint un tel niveau de perfection qu'il ne faudrait plus que ça bouge.»
«Moi, ce n'est pas ça que je pense, poursuit Fabien Cloutier. Je ne considère pas qu'on est si parfait qu'à partir de maintenant, on devrait juste être entre nous et continuer ça de cette façon. Il faut des gens de l'extérieur qui vont venir nous confronter à certaines de nos idées. Oui, parlons. Oui, trouvons les bonnes façons de faire.»
Je trouve qu'il a raison. Personne n'a intérêt à vivre dans une société figée et refermée sur elle-même. Ce réflexe d'exclure tout ce qui n'est pas made in Québec est simpliste et rétrograde. 
Et puis, qui est de souche ? Faut-il remonter aux premiers Français en Amérique ? Aux premiers autochtones ? C'est un débat stérile. 
Il fait le jeu de ceux qui cherchent à nous faire croire que notre prétendue souveraineté culturelle est le dernier rempart contre un monde hostile et dangereux.
 Le Québec n'est pas si parfait que ça.