Les maires s’opposent à un nouveau pont et jugent préférable d’investir d’abord dans un système de train léger qui relierait les deux villes via le pont du Portage.

Le pont de la discorde

CHRONIQUE / Le député libéral Steven MacKinnon a beau répéter que la décision de construire un 6e pont relève de la compétence exclusive du gouvernement fédéral, il ne pourra imposer un projet de cette envergure sans l’assentiment des maires d’Ottawa et de Gatineau.

Or tant Jim Watson que Maxime Pedneaud-Jobin s’opposent à un nouveau pont. Les deux maires jugent préférable d’investir d’abord dans un système de train léger qui relierait les deux villes via le pont du Portage. Le transport en commun est, à leurs yeux, une solution préférable à un nouveau pont pour réduire la congestion routière dans le respect de l’environnement.

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Les deux magistrats y sont d’ailleurs allés d’une démonstration de force éloquente, cette semaine. Une intervention commune de leur part a forcé la Commission de la capitale nationale (CCN) à annuler un appel d’offres prévoyant la « mise en œuvre » d’un 6e lien dans l’Est. Cette influence politique grandissante des maires est une nouvelle réalité dans la région. À une époque pas si lointaine, la CCN n’en avait rien à cirer des villes… rappelez-vous la saga de la rue Gamelin fermée contre la volonté de la Ville de Gatineau, en 2012.

De toute manière, je vois mal comment le fédéral pourrait imposer un 6e pont de plus d’un milliard sans un consensus régional fort. En 2013, c’est précisément l’absence de consensus qui a fait échouer un projet de pont sur l’île Kettle. Même au sein du caucus libéral de la capitale fédérale, on ne s’entend pas sur le choix à faire entre un nouveau pont dans l’Est et un train léger dans l’Ouest. Alors que M. MacKinnon s’est autoproclamé le « champion » du pont, son collègue Greg Fergus dans Hull-Aylmer favoriserait d’abord le train. Une contradiction embarrassante que leurs adversaires n’ont pas manqué de souligner durant la campagne électorale.

L’opposition des deux maires ne fait évidemment pas l’affaire de M. MacKinnon qui rêve du jour où son chef, Justin Trudeau, viendra faire l’annonce d’un 6e pont dans sa circonscription. Ce jour n’est pas arrivé, loin de là.

En attendant, M. MacKinnon a de son bord les gens de sa circonscription, largement favorable à un nouveau lien interprovincial. Et l’appareil gouvernemental qui souhaite lui aussi la construction d’un nouveau pont afin de remplacer le vieux pont Alexandra qui doit être démoli d’ici 10 ans.

Il est clair que la région d’Ottawa-Gatineau aura, un jour ou l’autre, besoin d’un 6e pont. La croissance de la population, et la fermeture des vieux ponts, le rendront nécessaire. À l’heure des bouleversements climatiques, il faut toutefois éviter qu’il devienne un incitatif de plus à l’utilisation de l’automobile solo.

Dans le document d’appel d’offres annulé cette semaine, la CCN soulignait l’importance pour les autorités fédérales, provinciales et locales de travailler en étroite collaboration et de « manière concertée ».

C’est la voie à suivre.