Le service de radio-oncologie de l’Outaouais est censé être un fleuron de notre système de santé régional.

Le mouton docile

CHRONIQUE / Je vous ai déjà parlé de mon rapport avec le système de santé.

Je suis un mouton, un mouton docile qui suit le troupeau et attend son tour sans rechigner. Je n’essaye pas de passer avant tout le monde dans une file d’attente.

Pour avoir un médecin de famille, j’ai mis mon nom sur la liste. Et j’ai attendu mon tour avant qu’on me rappelle, des années plus tard, pour m’en attribuer un.

Si mon médecin ne me rappelle pas pour me donner les résultats d’un examen, je tiens pour acquis qu’il en a pris connaissance et que tout est beau. Je ne téléphonerai pas dix fois à sa clinique pour en obtenir la confirmation. Je lui fais confiance.

À l’urgence, je n’essaie pas de me faire passer plus malade que je ne le suis pour être vu plus rapidement. Là encore, je fais confiance aux gens en place pour décider qui passe en premier, en présumant qu’on fait passer les cas plus urgents en premier.

J’aime croire que les listes et les salles d’attente existent pour une bonne raison : permettre aux gens compétents de décider, le plus objectivement possible, qui doit être soigné en premier, en fonction de la gravité des cas.

D’où mon désarroi en lisant le reportage de ma collègue Justine Mercier sur les ratés du service de radio-oncologie de l’Outaouais, pourtant censé être l’un des fleurons de notre système de santé régional. On y apprend que des patients atteints d’un cancer, dont le dossier devait être traité en moins de 24 heures, ont attendu plus d’un mois avant d’avoir un suivi.

Pourquoi ?

Parce que, selon les radio-oncologues qui ont dénoncé la situation, les dossiers ont été placés dans le panier de travail d’une adjointe qui n’était pas remplacée… et que personne n’a fait le suivi durant son absence. La direction du CISSS de l’Outaouais blâme plutôt le médecin qui n’aurait pas rentré les informations au bon endroit dans le système informatique.

Qu’importe, les deux parties s’entendent sur l’essentiel : il a fallu un mois avant de faire un suivi sur des dossiers qui devaient être traités en 24 heures. Tout ça dans un département où les médecins spécialistes dénoncent le fait que d’importants problèmes informatiques ont pu « compromettre les chances de survie des patients cancéreux ».

Je ne veux pas alarmer les gens plus que ce reportage ne l’a déjà fait. Sauf que j’imagine un mouton docile atteint du cancer. Comme toujours, il est patient. Il attend, à la maison, qu’on fasse le suivi de son dossier. Il se dit que si ça prend plus de temps que prévu, c’est qu’il y a des cas plus urgents que le sien. Après un bout de temps, il finirait pas décrocher le téléphone.

Croyant faire une blague, il dirait : « Bonjour madame, c’est concernant mon dossier. Voilà un mois que je suis sans nouvelle. Vous ne l’auriez pas oublié dans un pigeonnier quelque part ? »

Changement de sujet. Vous connaissez le conseiller Mike Duggan ? Celui-là même qui a déjà levé un demi-doigt d’honneur vers un journaliste lui sollicitant une entrevue ? Voilà qu’il récidive. 

Par texto, mon collègue Mathieu Bélanger lui a demandé une entrevue sur ses priorités. M. Duggan a refusé, prétextant son manque d’objectivité. C’est son droit le plus strict. Même s’il est navrant qu’un élu refuse de rendre des comptes à la presse, sous quelque prétexte que ce soit.

Là où M. Duggan a franchi une nouvelle barrière, c’est en publiant l’échange (privé) de textos entre lui et mon collègue sur son compte Twitter. Il ne s’est rien dit d’embarrassant dans cet échange. Mais le geste soulève des questions. 

Qu’est-ce qu’on dirait si un maire ou un premier ministre publiait sur Facebook ses échanges privés avec un journaliste ou un citoyen ? Le lien de confiance serait brisé, non seulement avec la presse, mais également avec le public. De la même manière qu’un journaliste protège ses sources, un élu se doit de respecter la confidentialité de ses échanges. M. Duggan joue un jeu dangereux en bafouant cette règle de base.