Les débats du conseil municipal de Gatineau se déroulent de plus en plus à huis clos.

Le jeu des huis clos

CHRONIQUE / Attaquer le maire en lui reprochant de tenir trop de réunions à huis clos est devenu un jeu de base de la politique municipale à Gatineau.

C’est une stratégie éculée. Un classique même. Ça se faisait sous le règne d’Yves Ducharme, puis sous Marc Bureau et maintenant sous Maxime Pedneaud-Jobin.

Les adversaires du maire en place ont compris depuis longtemps que de l’attaquer sur les huis clos est une stratégie payante. Tu fais passer son administration pour de petits cachottiers sans avoir à te compromettre toi-même.

Regardez aller la conseillère Louise Boudrias. Elle a beau jeu de dire que le maire abuse des huis clos et qu’il cache des choses à la population. Mais que cache-t-il au juste ? Là, Mme Boudrias ne peut nous le dire parce que, justement, c’est à huis clos. Facile, trop facile ! Si elle a quelque chose à dénoncer, qu’elle convoque une conférence de presse au lieu de faire les choses à moitié.

Je ne comprends pas davantage l’idée de Mme Boudrias et de son collègue Jocelyn Blondin de boycotter des réunions à huis clos. La conseillère dit vouloir poser un geste d’éclat. Mais elle pénalise qui en faisant cela, sinon elle-même ? Son boulot d’élue, c’est de poser des questions et de défendre les intérêts de ses citoyens. Sa place lors d’un débat, c’est autour de la table, que les discussions soient à huis clos ou pas.

Remarquez, je ne comprends pas non plus la propension de plus en plus marquée de l’administration Pedneaud-Jobin à discuter à huis clos. Depuis quelques mois, il y a un glissement vers un contrôle de plus en plus serré de l’information. Or la transparence devrait être la règle en politique municipale, pas l’exception.

Voulez-vous bien me dire de quels secrets d’État on discutait derrière des portes closes, mardi, pour justifier autant de chichis ? On l’ignore, et c’est bien là l’ennui des huis clos. Comme journaliste, comme chroniqueur, comme citoyen, c’est difficile de juger de leur pertinence puisque nous ne sommes pas dans le secret des Dieux.

Je suis le premier à dire qu’il est parfois tout à fait justifié qu’un conseil municipal discute à huis clos. Quand les dossiers ont des répercussions sur les ressources humaines. Quand on parle de contrats. De temps à autre quand la nature plus délicate d’un dossier fait que les élus ont besoin de se parler dans le blanc des yeux, en toute franchise, sans craindre que leurs propos ne se retrouvent dans les médias.

En même temps, si tu veux intéresser ton monde à la politique municipale, il faut que tu acceptes d’en discuter avec tes adversaires sur la place publique. Le maire est le premier à se désoler du peu de participation aux élections municipales.

Mais on dirait que l’administration Pedneaud-Jobin est réticente à s’ouvrir de la sorte. Elle a peur de perdre le contrôle du message. Tellement qu’elle vient de lancer une infolettre pour parler plus directement aux citoyens, sans passer par le filtre médiatique. Anecdote qui vaut son pesant d’or : la présentation de cette infolettre au conseil municipal s’est faite… à huis clos ! Il n’y avait pourtant rien là-dedans qui tenait du secret d’État.

Le maire Pedneaud-Jobin n’aime pas l’improvisation. Il préfère se préparer, et plutôt deux fois qu’une. Je l’ai déjà dit : c’est un joueur d’échecs qui aime penser deux ou trois coups d’avance. Ce n’est pas un défaut en soi. Les débats à huis clos lui permettent de voir venir ses adversaires, et de mieux parer leurs attaques. Mais si ça se fait au détriment de la transparence, il fausse les règles du jeu.