En déterrant un tas de débris sur une plage de la Floride l’automne dernier, la tempête Irma a ramené la paix dans la famille en deuil de Barry Troy, un aviateur canadien disparu depuis 60 ans.

Le dernier au revoir de Barry Troy

CHRONIQUE / Qui a dit que les ouragans n’apportaient que rage et destruction ?

En déterrant un tas de débris sur une plage de la Floride l’automne dernier, la tempête Irma a ramené la paix dans la famille en deuil d’un aviateur canadien disparu depuis 60 ans.

C’est un garde de parc qui a repéré les objets sur une plage au sud de Jacksonville, pas loin de la base navale de Mayport. Un vieux parachute, une bonbonne d’oxygène, une veste de sauvetage, des débris de métal…

On n’aurait jamais su d’où ça venait sans le nom inscrit sur le harnais de la veste : Barry Troy.

Le garde de parc remet donc les objets à un policier, qui fait quelques recherches sur le Web. Il découvre qu’ils appartenaient à un pilote de chasse canadien disparu en mer en… 1958, en pleine guerre froide !

Conscient de l’importance de sa découverte, le policier remise les précieuses reliques au commissariat. Puis il prend le téléphone pour appeler quelqu’un à l’autre bout du continent, à Santa Monica, Californie. « Bonjour, dit-il. Est-ce que par hasard vous seriez le frère… de Barry Troy ? »

À l’autre bout du fil, Dick Troy est médusé. Soixante ans après le crash de son grand frère dans l’Atlantique, il s’attend à tout sauf à ce genre d’appel. Ses parents sont décédés sans avoir jamais exactement su ce qui est arrivé à son frère, un pilote intrépide, charmeur et plutôt beau gosse, disparu en mer le 25 février 1958.

Tout ce qu’on savait, c’est que le lieutenant Troy, âgé de 29 ans à l’époque, a décollé avec trois autres pilotes canadiens d’une base navale de Floride. Aux commandes de leurs chasseurs F2H-3 Banshee, ils allaient rejoindre le porte-avions canadien Bonaventure qui croisait au large.

Mais l’escadron rencontre sur son chemin un banc de brume imprévu. À sa vue, les trois pilotes qui le précèdent virent à droite. Troy, lui, vire à gauche pour éviter de leurs rentrer dedans. Il a dû être désorienté par la brume. Comme il volait à basse altitude, bang, il s’est abîmé en mer avec son appareil.

Son corps n’a jamais été retrouvé.

Dick, qui avait 21 ans à l’époque et habitait la Nouvelle-Écosse avec ses parents, se souvient de cette journée fatidique comme si c’était hier. De sa mère qui pleurait. De son père revenu furieux d’aller chercher le journal le lendemain. « Le journal titrait que mon frère avait été tué, alors que l’armée nous avait informés qu’il était seulement disparu », explique Dick.

Pendant toutes ces années, la famille Troy a vécu le deuil de Barry difficilement. Comme le corps n’a jamais été retrouvé, sa sœur Sandra Berry, 18 ans à l’époque, n’a jamais eu de réponse claire à la question qui la hantait. Est-ce que son grand frère avait souffert avant de mourir ?

La découverte des débris allait permettre, de manière inattendue, de répondre à ces questions.

C’est d’abord l’armée américaine qui a invité Dick et plusieurs membres de sa famille à participer à une cérémonie commémorative à la base navale américaine de Mayport en février dernier.

Puis le gouvernement américain a légué les artefacts au Canada. La remise officielle a eu lieu vendredi au Musée canadien de l’aviation d’Ottawa. Plusieurs membres de la famille Troy sont venus de partout pour y assister.

Dick Troy ne peut décrire l’émotion qu’il a ressentie en touchant pour la première fois la veste de sauvetage de son défunt grand frère. « Cette veste, peux-tu imaginer, il la portait tout contre lui au moment de mourir », m’a-t-il dit.

Sa sœur Sandra a trouvé réponse à sa question. Le fait que son frère n’a pas ouvert son parachute, confirme que son appareil s’est désintégré en mer : « Il n’est pas mort noyé, il n’a pas souffert. »

On a remis un morceau de l’avion de Troy à la famille. Une tubulure de l’aile. Ils vont l’enterrer sous sa pierre tombale, tout près de la sépulture de leurs parents. En exhumant un tas de débris, la fureur de l’ouragan Irma aura donc permis à Barry Troy de lancer son dernier au revoir. Et d’apporter la paix à sa famille.