L'art de MosaïCanada

CHRONIQUE / Pour la première fois, Gatineau accueillera des mosaïcultures l'été prochain. Et on nous promet que MosaïCanada sera l'événement phare des festivités du 150e anniversaire du pays de ce côté-ci de la rivière.
Or les préparatifs vont bon train. La moitié des 40 oeuvres d'art horticole qui seront érigées au parc Jacques-Cartier, à compter du 1er juillet prochain, sont déjà terminées. Je les ai vues de mes yeux vues, mardi, alors que j'accompagnais une délégation de l'Outaouais dans les coulisses de l'exposition.
J'ai vu la hache géante de Jos Montferrand. J'ai vu des sculptures de chevaux plus grands que nature, des bisons, un macareux, des outardes, la police montée. Et aussi les sculptures des joueurs de hockey qui rappelleront le fameux but de Paul Anderson lors de la série du siècle en 1972. N'oublions pas que MosaïCanada se veut un hommage aux symboles canadiens.
C'est dans le parc industriel de Beloeil qu'on conçoit et assemble les gigantesques armatures de métal. Dans le grand entrepôt de la compagnie Acmé, qui fait aussi des décors pour le Cirque du Soleil et pour le spectacle de Céline Dion à Las Vegas, on monte ces jours-ci le chercheur d'or du Yukon, une oeuvre gigantesque de 5 mètres de hauteur.
Vue de près, la structure fait penser à ces anciens jeux de construction Meccano. Sauf que le chercheur d'or pèse plusieurs tonnes. Il est composé de 3500 morceaux d'acier soudés. «Ça prend deux semaines à monter une pièce comme celle-là», indique Martin Saint-Gelais, directeur chez Acmé.
La conception finale des sculptures florales se fait par ordinateur. Pour ce faire, Acmé utilise le même logiciel que la compagnie Dassault pour ses avions, précise M. Saint-Gelais. Les pièces modélisées par ordinateur sont découpées dans des morceaux d'acier et livrées aux employés d'Acmé. Ils n'ont plus qu'à les assembler dans leur atelier comme un gigantesque casse-tête... ou un meuble IKEA.
Dans le stationnement d'Acmé, j'ai vu la reproduction grandeur nature de la première locomotive à avoir traversé d'un océan à l'autre le Canada. À elle seule, c'est une pièce de plusieurs tonnes. Dans un entrepôt voisin, on construit des wagons encore plus imposant à partir de conteneurs industriels recyclés. «Et ce n'est rien, il y aura une gare encore plus gigantesque où les touristes pourront se promener», dit Lise Cormier, grande architecte de MosaïCanada à Gatineau.
Une fois que les armatures de métal sont montées, elles sont envoyées à la serre de Yves Vaillancourt à Laval. Là-bas, des ouvriers bourrent à la main les structures de terreau. C'est dans cette terre fertile qu'on plantera, l'été prochain, les fleurs et les plantes tropicales qui donneront aux sculptures leur aspect final... et en feront des oeuvres d'art horticole à part entière.
MosaïCanada compte confier à des producteurs agricoles de l'Outaouais la tâche de faire fructifier la majorité des 1,5 à 2 millions de plantes qui serviront à orner les différentes sculptures exposées au parc Jacques-Cartier.
On prévoit planter les fleurs quelques semaines avant l'ouverture de l'exposition, afin de s'assurer d'un effet maximum. «Ça se peut qu'au début, la sculpture de la Terre-Mère (devenue l'emblème des mosaïcultures) ait l'air d'avoir la picote. Mais ça devrait se replacer assez rapidement», prévient Lise Cormier en riant.
Cela fait des semaines qu'on nous parle de MosaïCanada, qu'on nous dit à quel point ce sera une exposition grandiose. Je dois dire que la visite des installations m'a fait apprécier tout l'immense travail de création derrière chacune des oeuvres d'art horticole.
On a passé la journée à visiter des ateliers de soudure et d'assemblage. On a vu toute une armada d'ouvriers qui travaillent dans le bruit, clouent, soudent et scient à qui mieux mieux. Alors tu te dis, c'est pas de l'art, c'est de l'usinage...
Puis à la fin, tu pénètres dans la serre où toutes les oeuvres sont alignées, magnifiques et silencieuses.
Et finalement tu te dis: non, c'est de l'art.