Lancement de la campagne du candidat de la CAQ dans Gatineau, Robert Bussière avec Mathieu Levesque candidant CAQ Chapleau

L’ambitieux caquiste

CHRONIQUE / Matinal, vous dites ?

Mathieu Lévesque était déjà tout guilleret quand je l’ai rejoint à la station La Gappe du Rapibus à 5 h 45 du matin. Il faisait nuit noire. Le candidat caquiste dans Chapleau serrait déjà les mains d’électeurs pas tous aussi réveillés que lui. « Je me lève à l’heure où les gens vont travailler ! » dit-il, en m’accueillant d’une solide poignée de main.

L’avocat en droit des affaires a une gueule qui ressemble à celle de l’acteur Daniel Craig — ou de l’ex-tennisman Boris Becker. Parmi les travailleurs qui attendent leur autobus vers le centre-ville, beaucoup reconnaissent son visage, aperçu sur les affiches électorales placardées dans le comté.

« Je suis descendu de ma pancarte pour venir vous saluer ! » leur rétorque invariablement le jeune homme de 30 ans.

Le voilà qui repart, voyageant d’un bout à l’autre du débarcadère, serrant les mains à la chaîne, attentif à n’oublier personne parmi les usagers qui se pressent le long du Rapibus.

Un homme l’interpelle : « Il faut faire baisser la dette et les impôts ! » Mathieu Lévesque rétorque : « C’est ce qu’on fera, remettre de l’argent dans les poches des familles ». Un homme dans la cinquantaine lui confie qu’il votera « stratégique ». « Donc vous allez voter pour moi ! » en conclut le candidat caquiste. « Oui, on est dû pour un changement ! », répond l’homme.

Un sondage datant de la mi-août le plaçait à moins de 2 points du libéral sortant, Marc Carrière. À ceux qui lui promettent leur appui, Mathieu Lévesque rappelle que chaque vote comptera le 1er octobre. « On est au coude à coude avec le libéral dans le comté ! », répète-t-il.

Après des années de domination libérale, bien des électeurs de Chapleau semblent prêts à « essayer » un autre parti politique maintenant que la question nationale n’est plus à l’ordre du jour. Au Tim Horton sur Gréber, un homme partage sa frustration envers le gouvernement au pouvoir depuis 15 ans.

« Si t’avais été libéral, je t’aurais parlé dans la face !, dit-il à Mathieu Lévesque. La 50, les gens meurent là-dessus, pis il n’y a rien qui se passe, ça n’a pas de bon sens ! Tu peux compter sur mon appui. Mais si tu fais pas comme il faut, on va te mettre dehors après quatre ans. T’es mieux de te grouiller ! »

Pour rallier le vote péquiste, Mathieu Lévesque mise sur l’écœurantite libérale. À un jeune homme qui vient de lui dire qu’il votera Lisée, le jeune caquiste assène son argument massue : « Eille, on a une chance de déloger le libéral… » Le gars grimace. Mais refuse de prendre le dépliant qu’on lui tend.

À une infirmière qui lui demande de détailler ses engagements en santé, Mathieu Lévesque parle d’embaucher du nouveau personnel médical et de la construction d’un troisième hôpital urbain en Outaouais, un engagement jugé irréaliste par ses adversaires.

« On a besoin d’un nouvel hôpital pour attirer de la main-d’œuvre, insiste-t-il. J’ai des amis médecins. Jamais ils ne viendraient ici. Les hôpitaux sont trop désuets ! »

Mathieu Lévesque s’est fait reprocher de ne plus habiter la circonscription où il a grandi et vécu pendant 20 ans. Il a quitté la région pour étudier son droit à l’Université McGill, avant d’être embauché par un gros cabinet d’avocats montréalais. François Legault l’a défendu, arguant qu’on ne peut reprocher à quelqu’un de vouloir faire profiter sa région de l’expérience acquise ailleurs.

En attendant, Mathieu Lévesque mène sa campagne depuis le garage de ses parents. C’est là qu’il a installé son quartier général. Quand je suis passé, sa mère et sa tante faisaient des téléphones. Son oncle Jacques Deschamps, un retraité de Honda Canada, l’accompagne sur le terrain.

Entre deux téléphones, Mathieu Lévesque me glisse qu’il est un « ami » de François Legault. Il a même fait campagne dans la caravane du chef en 2012. « L’Outaouais a besoin d’une voix forte à Québec. Si le CAQ forme le prochain gouvernement, j’aurai l’oreille du premier ministre ! »

Après une pause au quartier général, le candidat repart pour une nouvelle tournée de poignées de main en famille, avec sa mère et son oncle. Au club des aînés Saint-René, l’accueil est assez raide. Mathieu Lévesque a commencé à serrer des mains sans attendre la fin de la partie de bingo. Celui qui tire les boules le rappelle à l’ordre. « Eille, les gens de la CAQ, tassez-vous ! Vous ferez votre cabale quand on aura fini ! »

Après la partie, des gens s’excusent pour cet accueil brutal. « On a besoin de changement, lui dit une dame. Je vais voter pour vous ! » Une autre se montre plus sceptique. « Ils nous disent tous que ça va changer. Mais ça ne change pas ! », soupire-t-elle.

Ambitieux, le jeune Lévesque ?

C’est comme s’il s’est donné comme mission de rencontrer un à un tous les électeurs de Chapleau. Chez Tim Horton, il a poussé le zèle jusqu’à aller serrer les mains des conducteurs qui attendaient au service à l’auto.

« J’ai de l’ambition, admet-il. Pas juste pour moi. J’en ai pour l’Outaouais et le Québec. Je suis tanné d’entendre qu’on est la pire région pour les urgences et le taux de diplomation. »