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Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Notre chroniqueur Patrick Duquette a reçu le vaccin AstraZeneca, mercredi.
Notre chroniqueur Patrick Duquette a reçu le vaccin AstraZeneca, mercredi.

L’aiguille dans le deltoïde

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CHRONIQUE / Et voilà, je suis vacciné.

Au jour un de la vaccination des 45 ans et plus, j’ai reçu une dose d’AstraZeneca dans le bras.

Avant d’y aller, j’ai jonglé un peu. Je prends le AZ ou j’attends pour le Pfizer?

Je n’ai pas peur du AstraZeneca, pas une seconde. Parce que je sais compter.

Un médecin de Toronto a publié un tableau éloquent sur Twitter.

Chances de développer un caillot avec le vaccin d’AstraZeneca: quatre sur un million. Chances de développer un caillot avec la COVID: 165 000 sur un million. Avec des probabilités pareilles, j’y vais all-in à tous les coups au poker.

Non, ce qui me faisait hésiter, c’était l’efficacité des vaccins. On dit le AZ moins efficace que le Pfizer ou le Moderna. Sauf que les experts affirment que tous les vaccins autorisés offrent une excellente protection contre les maladies graves, l’hospitalisation et la mort. Ce que l’on veut surtout éviter, au fond.

C’est ce qui a emporté ma décision. Va pour le AZ.

Mercredi matin, première heure, je suis donc allé m’insérer dans la file des «sans-rendez-vous» au Palais des congrès de Gatineau. Prêt à patienter des heures s’il le fallait.

J’en suis ressorti à peine une heure plus tard, incluant la pause de 15 minutes à la fin. J’ai été témoin d’une organisation rodée au quart de tour. Aucune trace des trois heures d’attente rapportées le jour précédent.

Comment ça marche?

C’est un peu comme aller voter.

Des gens te dirigent d’une file à l’autre. Toujours à deux mètres de distance, toujours avec le masque. Près des escaliers, des bénévoles avec des distributeurs de désinfectant vous interpellent: monsieur, madame, lavez-vous les mains… Sont presque fatigants. En 10 minutes, j’ai dû me laver les mains cinq fois.

Pour tout vous dire, c’était bizarre de se retrouver à l’intérieur avec autant de monde. Alors que n’importe où ailleurs, les rassemblements sont formellement interdits.

Il m’a semblé qu’il y avait des files partout. Mais c’est la mienne, celle des sans-rendez-vous, qui avait l’air d’aller le plus vite. Même que des gens s’en plaignaient.

«Hé, j’ai un rendez-vous, moi! Pourquoi les sans-rendez-vous passent avant moi?»

Quelqu’un de ma file lui a répondu du tac au tac: «parce qu’on a le AstraZeneca chose, alors que toi, t’as le Pfizer…»

Je n’ai pu m’empêcher de sourire sous mon masque.

À l’évaluation, une dame prénommée Marie m’a posé des questions.

«Date de naissance?

Nom de famille de votre mère?

Avez-vous des symptômes de la COVID?

Des allergies connues à des vaccins?

Êtes-vous journaliste?

— Pardon?», ai-je dit.

Marie a souri.

«Êtes-vous Patrick Duquette, le journaliste du Droit?

— Mais oui…

— Je suis une fidèle lectrice, m’a dit Marie.

— J’en suis ravi, madame.»

En un rien de temps, je me suis retrouvé assis sur une autre chaise, la manche retroussée jusqu’à l’épaule.

L'attente était bien moins longue que la veille, mercredi, au Palais des congrès.

Luxe suprême: c’est un médecin qui m’a vacciné. Un gars du Congo nommé Dandy (quel joli nom!), en attente de sa licence pour pratiquer la médecine au Québec.

«D’ici à ce qu’on obtienne notre licence, ils nous permettent de faire ça», m’a dit Dandy en m’enfonçant d’une main experte l’aiguille dans le deltoïde. Moi qui suis terrorisé par les piqûres, je n’ai presque rien senti.

«Vous êtes un as de la seringue», ai-je dit à Dandy.

Il a affiché un petit sourire modeste.

«Merci», lui ai-je soufflé, avant de me lever d’un bond, un gros motton dans la gorge.

Pour tout vous dire, je ne m’attendais pas à être si ému. J’étais vraiment au bord des larmes, sans trop savoir pourquoi.

La pression qui se relâche? L’odeur de libârté? La déprime associée à la petite neige d’avril qui tombait dehors?

Allez savoir.

Je suis vacciné, yé. Deuxième dose au début du mois d’août.