Le décès de Michel Joseph est tragique, surtout que cette mort était évitable, selon le rapport de la coroner.

La vie ne tient qu’à un fil

CHRONIQUE / Quand tu dis que la vie de Michel Joseph ne tenait qu’à un fil, c’était littéralement le cas. La vie du Gatinois de 27 ans tenait au fil électrique qui permettait à son appareil respiratoire de fonctionner.

Je vous le dis, c’est bouleversant de lire le rapport du coroner sur cette autre « mort évitable » en Outaouais.

Atteint de la dystrophie musculaire de Duchenne, Michel Joseph vivait dans un logement adapté pour les personnes handicapées. Les soins y étaient assurés par des préposés aux bénéficiaires du secteur privé.

Le respirateur dont Michel dépendait pour vivre s’est débranché accidentellement par une nuit de septembre 2016. Est-ce un préposé qui l’a accroché en faisant le tour du lit ? Ou l’un de ses deux animaux de compagnie ? Les bêtes avaient l’habitude de s’installer près du branchement, selon des témoins interrogés par la police.

On ne le saura sans doute jamais.

Toujours est-il qu’on a retrouvé Michel au petit matin, inanimé dans son lit, son masque à oxygène bien placé sur son visage. Mais l’appareil respiratoire ne fonctionnait plus.

Michel était mort.

Les batteries du respirateur, entrées en fonction après le débranchement accidentel, s’étaient vidées tranquillement durant la nuit sans que le personnel de garde s’en aperçoive.

Tu lis le rapport de la coroner Pascale Boulay et tu te dis : quelle mort absurde et stupide !

Comment se fait-il que dans une société obsédée par la sécurité comme la nôtre, on ait pu laisser la vie d’un homme dépendre d’un fil mal placé, à la merci d’un pied maladroit ou du premier chat venu ? On lit dans le rapport que le personnel assigné aux soins de M. Joseph ignorait complètement le fonctionnement de l’appareil respiratoire. Les préposés se fiaient au patient pour leur donner des instructions…

Chose tout aussi étonnante, le débranchement accidentel n’avait pas été identifié comme un risque par le personnel soignant. Me semble que lorsque la vie de quelqu’un ne tient qu’à un fil, la première chose dont on s’assure, c’est qu’il soit difficile à débrancher. À tout le moins, qu’une alerte se déclenche si ça se produit. Je ne peux pas croire qu’avec la technologie moderne, et toutes les alertes qui rentrent sur notre iPhone, on n’a pu faire mieux.

La famille de Michel Joseph a intenté une poursuite de 900 000 $ contre les services de santé Marleen Tassé et le programme national d’assistance ventilatoire à domicile du Centre universitaire de santé McGill. Un juge décidera s’il y a eu négligence.

En attendant, la « mort évitable » de Michel Joseph m’apparaît extrêmement troublante dans un contexte où l’on parle de plus en plus du soutien à domicile comme d’une mesure pour désengorger les hôpitaux et les centres de soins de longue durée. Notre société vieillissante n’a d’autres choix que de se tourner vers les soins à domicile pour éviter des coûts exponentiels au système de santé. Mais il faut s’assurer que les préposés aux bénéficiaires, qu’ils soient du public ou du privé, soient mieux formés et informés. Sinon, on n’a pas fini de recenser des épisodes tragiques.

La mort de M. Joseph me rappelle l’affaire Marc-André Maxwell, un patient asphyxié par ses propres sécrétions en décembre 2015 à l’hôpital de Gatineau. Là encore, c’est un préposé aux bénéficiaires mal formé qui avait laissé mourir le patient dont il avait la charge exclusive, faute de pouvoir identifier les signes précurseurs d’un arrêt cardiorespiratoire.

En cette campagne électorale, on entend beaucoup parler de valoriser la profession de préposé aux bénéficiaires. Ces gens-là sont en première ligne de notre système de santé. Des responsabilités de plus en plus lourdes pèsent sur leurs épaules. Souvent, ils ne savent plus où donner de la tête entre les repas à donner, les couches à changer, les bénéficiaires à mettre au lit et les deux bains à donner par semaine. Souhaitons que les promesses électorales pour mieux les outiller ne restent pas lettre morte.