Comment développer un sentiment d’appartenance en Outaouais ? L’archevêque de Gatineau, Paul-André Durocher, propose de chanter le Gloire à Dieu sur l’air d’un vieux chant des draveurs.

La messe gatinoise

CHRONIQUE / Je l’ai, la solution, pour revigorer la pratique religieuse. Faut changer la messe. La rendre plus olé, olé.

Tiens, on commence par remplacer le cantique final par… un rigodon.

Ou une chanson à répondre qui se voudrait une ode aux rivières et aux gens de l’Outaouais. Les paroles évoqueraient l’érable noir et le micocoulier, le castor et la tourterelle. Il y aurait une chorale, des musiciens. À la fin de la messe, on ferait un petit set carré autour de l’autel. Quand la chorale entonnerait le refrain, les paroissiens le reprendraient en chœur en tapant des mains. Il y aurait des sourires accrochés sur tous les visages.

Tant qu’à y être, on pourrait aussi moderniser les chants liturgiques.

Les règles de l’Église interdisent de modifier les paroles. Mais un texte du Vatican stipule que tous les styles de musique conviennent à la prière. On pourrait chanter le Gloire à Dieu sur l’air, je ne sais pas moi, d’un vieux chant des draveurs de l’Outaouais. Ce serait un clin d’œil à notre histoire régionale.

Ça y est, je l’ai, l’idée : on fait une messe gatinoise. Il existe déjà une messe québécoise, pourquoi pas une messe gatinoise ?

Après tout, on cherche des moyens de développer une identité forte, d’aviver le sentiment d’appartenance en Outaouais, une région où une large partie de la population vient de l’extérieur.

On aurait une messe gatinoise qui louange notre passé et ce que nous sommes devenus. On chanterait des psaumes sur des airs de vieilles chansons françaises ou sur des mélodies celtiques en l’honneur des Irlandais qui ont contribué à la colonisation de l’Outaouais. Il y aurait bien sûr un clin d’œil à la culture amérindienne avec une prière chantée en algonquin. Au moment de se souhaiter la paix, on jouerait un air du Moyen-Orient. On chanterait quelque chose comme : Shalom, Salaam, que la paix soit avec vous. Ce serait un clin d’œil aux confessions juives et musulmanes.

Vous allez me dire : ce n’est pas l’Église catholique, engoncée dans ses vieilles traditions, qui aurait une idée pareille. Détrompez-vous.

Cette messe gatinoise existe déjà. C’est même l’archevêque de Gatineau, Paul-André Durocher, qui l’a composée à la suggestion d’un prêtre de la région, Michel Lacroix.

« Michel a eu l’idée, il y a quelques années, de faire une messe gatinoise, raconte l’archevêque. Il a toujours trouvé que la messe était une belle façon de rappeler aux gens leurs racines culturelles. Depuis plusieurs années, il rassemble des choristes pour jouer la messe québécoise de Pierick Houdy pendant le festival des montgolfières. Il m’a parlé de son idée de faire une messe gatinoise. Comme j’ai une formation universitaire en musique et que j’ai été choriste, je lui ai dit : “Je pourrais m’essayer si tu veux.” »

Et c’est ainsi qu’à temps perdu, sur le piano à queue qui trône en bonne place dans son appartement, Mgr Durocher a composé cette messe gatinoise. Elle est comme je vous l’ai décrite plus haut, inspirée du folklore local, autant qu’amérindien, irlandais ou même méditerranéen. Avec des paroles simples, des refrains faciles à retenir. « J’ai conçu la messe non pas comme un spectacle, mais comme un événement participatif », explique-t-il.

À une époque, les grands compositeurs créaient leurs propres messes musicales. Il y a eu des messes gospel, jazz ou créole. À Gatineau, les communautés africaines ont créé une chorale des peuples. Quand elle chante l’Alleluia, les murs de la cathédrale en tremblent, confie l’archevêque avec un sourire.

La messe gatinoise part en tournée cet été avec une première représentation à la cocathédrale Saint-Joseph, le 24 juin. Ça se terminera par une prestation à l’émission Le Jour du Seigneur à Québec le 26 août. « Mon espoir, dit Mgr Durocher, c’est que cette messe gatinoise puisse entrer dans le patrimoine religieux de la région. » J’ignore si elle ravivera la pratique religieuse. Il reste que l’idée est fort sympathique.