Le chef du parti libéral Philippe Couillard Philippe Couillard est arrivé dans la région de l'Outaouais «avec le couteau entre les dents».

La fin du cochon

CHRONIQUE / Fini le temps où on disait que même un cochon réussirait à se faire élire en Outaouais, pourvu qu’il soit libéral.

J’ai couvert toutes les élections provinciales depuis 2003 dans la région. À quelques exceptions près, ce fut toujours une formalité. Les libéraux étaient si sûrs d’être réélus dans leur château fort qu’ils faisaient campagne sur le pilote automatique.

Cette fois-ci, c’est différent.

On les sent sur la défensive, ébranlés par ces sondages qui les placent nez à nez avec la Coalition Avenir Québec dans au moins 3 des 5 circonscriptions de l’Outaouais. Les courses sont serrées à l’extrême dans Chapleau, Papineau et Gatineau. Les électeurs ont soif de changement.

Pas pour rien que Philippe Couillard est arrivé dans la région avec le couteau entre les dents, prêt à en débattre sur toutes les tribunes. Le chef libéral s’est même risqué à affronter des manifestants en colère devant un CHSLD de Gatineau. Dans le contexte extrêmement contrôlé d’une élection, où on essaie d’éviter les occasions de dérapage, c’est un signe qui ne trompe pas.

Pour la première fois depuis longtemps, les libéraux ne tiennent plus l’Outaouais pour acquis. Ils font campagne pour vrai.

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Vendredi matin donc, Michel Quijada et des syndiqués de la CSN attendaient de pied ferme M. Couillard devant le CHSLD Bon Séjour. Le chef libéral devait y faire une annonce. Armés de crécelles, les manifestants brandissaient des pancartes évoquant l’épuisement du personnel, des conditions de travail épouvantable et la pénurie de personnel.

Je me suis arrêté à la hauteur de M. Quijada, le président de la centrale syndicale en Outaouais : « M. Couillard semble d’accord avec vous, lui ai-je lancé. Je l’entendais dire à la radio ce matin que le problème en Outaouais, c’est qu’il manque de monde dans le système de santé. Faudra voir ce qu’il propose pour y remédier. »

Un manifestant a répondu à sa place : « Nous, on le sait : rien ! » a-t-il crié.

C’est vous dire le genre d’accueil qui attendait M. Couillard à Gatineau : bruyant et hostile.

Comme si ce n’était pas un assez, un accident mortel est survenu vendredi matin sur une portion de l’autoroute 50 que les libéraux ont promis d’élargir à 4 voies, près du chemin Lépine. Un triste hasard. Mais il fait mal paraître le PLQ qui s’est fait reprocher de se traîner les pieds dans le dossier de la 50.

La caravane libérale a fini par arriver devant le CHSLD. M. Couillard est sorti de son autobus de campagne, veston bleu clair sur les épaules, flanqué de ses gardes du corps, du ministre André Fortin et de son personnel politique. Il a marché droit vers le groupe de manifestants. Même M. Quijada a paru étonné de voir M. Couillard se planter devant lui, l’air de dire : vous vouliez me parler ?

Le représentant syndical a vite retrouvé l’usage de la parole. Il lui a brandi une liste sous le nez. Ce matin, a-t-il dit, il manque trois préposés aux bénéficiaires dans tel centre, deux dans tel autre, trois dans cet autre. On n’est pas capable de donner le 2e bain aux usagers, nos gens sont payés moins cher qu’au Costco, ils aiment mieux aller travailler en Ontario. Nos conditions de travail sont épouvantables et on a l’impression qu’elles empirent de jour en jour…

M. Couillard a écouté sans broncher. Quand il a pu placer un mot, il a fait comme le roseau qui plie sous la tempête. Il a dit à M. Quijada : vous et moi sommes sur la même longueur d’onde. Il a débité les engagements libéraux : former plus de préposés aux bénéficiaires, leur accorder de meilleures conditions de travail, de meilleurs salaires, augmenter le personnel sur les unités de soins…

Si M. Couillard a convaincu les syndiqués ?

Pas au point de les faire taire. À coups de crécelle et de slogans, ils ont empoisonné le point de presse de M. Couillard. À peine si on s’entendait penser, avec tout ce boucan !

L’ironie de l’affaire ? L’annonce du jour portait sur l’engagement libéral de créer 1500 places en CHSLD. On manque de personnel pour soigner les gens. Selon une étude de l’IRIS, l’Outaouais compte beaucoup moins de médecins et d’infirmières par habitant que la moyenne québécoise. Mais on continue d’annoncer du béton. Un petit CHSLD par ci. Une modernisation d’hôpital par là. Remarquez, la CAQ n’est pas en reste avec sa promesse de construire un nouvel hôpital en Outaouais !