D’ici la fin de la campagne électorale, notre chroniqueur passera une journée avec le candidat d’un des grands partis politiques du Québec. Aujourd’hui, on lance la série avec Benoit Renaud, de Québec solidaire.

La contribution solidaire

CHRONIQUE / En 2014, Benoit Renaud a succédé à Bill Clennett comme candidat de Québec solidaire dans Hull. Ce même Clennett qui a proposé d’ouvrir une faculté de médecine en Outaouais. On a tendance à l’oublier, mais ce projet que les libéraux s’attribuent, c’est Clennett qui l’a mis sur le tapis en 2007 !

Bref, Benoit Renaud est prof. Il enseigne le français et l’histoire à l’éducation aux adultes. Un gars posé, réfléchi. Pas le genre à balancer une clip assassine en plein débat. Un candidat plus Françoise David que Gabriel Nadeau-Dubois, quoi ! En 2014, il a terminé 3e dans Hull, derrière la libérale et le péquiste, devançant par 38 petites voix le candidat caquiste.

Benoit Renaud fait campagne tout en enseignant à temps plein. Quand je l’ai rejoint au petit local de campagne de Québec solidaire sur le boulevard Saint-Joseph, il revenait de donner un cours. On est allés dîner au restaurant vietnamien en face.

Il était d’humeur joyeuse. La campagne nationale est plutôt encourageante pour Québec solidaire. Sur le comptoir du restaurant, la Une du Droit s’étalait, bien en évidence. Selon le sondage du jour, Québec Solidaire récolterait 15,7 % des intentions de vote au Québec, en quatrième place, contre les 33 % du meneur, soit la Coalition avenir Québec.

« Dans le fond, c’est juste deux fois plus d’électeurs qui votent pour la CAQ que pour nous », note sans rire Benoit Renaud. Pour ce solidaire de la première heure, l’un des 1000 premiers membres inscrits à la naissance du parti en 2006, le chemin parcouru depuis 12 ans est énorme.

À sa première élection générale, en 2007, Québec solidaire avait terminé derrière le Parti vert avec seulement 3,6 % des voix et aucun député à l’Assemblée nationale. Aujourd’hui, le parti le plus à gauche de l’échiquier politique est en voie de consolider, voire d’accroître ses circonscriptions sur l’île de Montréal. Il menace même une percée dans la région de Québec, où sa candidate dans Taschereau mène les sondages.

Benoit Renaud y voit d’heureux présages qui semblent se confirmer à la fin du repas. La serveuse nous tend deux biscuits de fortune. Le message enfermé dans celui de M. Renaud prédit que « quelque chose va s’améliorer ». Le score de Québec solidaire, peut-être ?

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En Outaouais cependant, Québec solidaire est encore loin d’une percée. Québec solidaire se maintient quelque part entre 11 et 15 % des intentions de vote. Même si l’électorat a soif de changement, c’est la CAQ qui menace d’en profiter pour faire une percée dans les bastions libéraux de l’Outaouais. L’option souverainiste de QS lui nuit dans une région aussi dépendante de l’État fédéral.

Faute de moyens financiers, les 5 candidats solidaires de l’Outaouais se partagent le même local électoral. Les murs sont tapissés d’affiches résumant les grands thèmes de la campagne solidaire : l’accès universel aux soins dentaires, l’éducation gratuite du CPE au doctorat, des tarifs réduits de transport en commun, le salaire minimum à 15 $…

Québec solidaire a longtemps eu la réputation d’être le projet des intellos du Plateau Mont-Royal. Cette fois-ci, le parti a ciblé son message autour de grands thèmes faciles à comprendre. Une stratégie inspirée des campagnes ultraciblées de… l’ex-premier ministre conservateur Stephen Harper, révèle Benoit Renaud. « Ça fait drôle de dire que Québec solidaire s’inspire de Harper, concède-t-il. Mais la même recette a été utilisée par des candidats de la gauche, comme Bernie Sanders aux États-Unis. Pour que les gens comprennent de quel bois se chauffe Québec solidaire, il fallait que nos messages frappent l’imagination ! »

Un homme dans la mi-vingtaine, la broue dans le toupet, passe en coup de vent dans le local. C’est Alexandre Albert, le candidat solidaire dans Chapleau. Il se prépare pour le débat d’Équité Outaouais en soirée. « T’en fais pas, t’es prêt », le rassure Marc Sarazin, lui-même ex-candidat dans Papineau.

Québec solidaire compte plusieurs jeunes candidats. Julia Wilkie, qui se présente dans le Pontiac, est âgée de 19 ans. Elle prépare ses débats entre deux cours au cégep. « Ce sont de belles têtes, ces jeunes-là, ils s’en tirent bien », poursuit M. Sarazin.

L’après-midi sera consacré à rencontrer des étudiants de l’UQO. De tous les partis, c’est Québec solidaire qui cartonne le plus chez les 18-35 ans. Une population qui, malheureusement pour QS, ne vote pas beaucoup. « Quoi, il y a une élection ? » s’étonne même une jeune étudiante rencontrée à la cafétéria de l’UQO.

Entre deux poignées de main, Benoit Renaud confie qu’il a failli devenir musicien. Il joue du piano, de la guitare et du ukulélé. Lors des congrès de Québec solidaire, il lui arrive de meubler les temps morts en prenant le micro, le temps d’interpréter une chanson de Gilles Vigneault.

Je lui ai offert de le filmer alors qu’il chante Les gens de mon pays. Il a décliné. « Je vais chanter après le vote du 1er octobre », a-t-il promis. Dans son cas, il y a peu de chance que ce soit un chant de triomphe. Mais s’il bat son résultat de 2014, ce sera une occasion de célébrer.