Patrick Duquette
«Mon fils de 8 ans, Jean-Félix, n’est plus le même depuis le retour en classe», raconte Hélène Tessier au bout du fil.
«Mon fils de 8 ans, Jean-Félix, n’est plus le même depuis le retour en classe», raconte Hélène Tessier au bout du fil.

La classe plein air de Madame Amandine

CHRONIQUE / «Mon fils de 8 ans, Jean-Félix, n’est plus le même depuis le retour en classe», raconte Hélène Tessier au bout du fil.

Ah non? Que se passe-t-il madame? Il n’aime pas l’école post-pandémie? La fameuse règle du 2 mètres lui pèse?

- Au contraire, au contraire, me corrige-t-elle. Jean-Félix n’a jamais autant aimé l’école!

- Ah bon?

- Avant la pandémie, mon fils avait des ‘défis’ en classe. Pas au niveau scolaire: c’est un premier de classe. Mais il avait des comportements perturbateurs. Il dérangeait parfois les autres. Tout cela a disparu depuis le retour à l’école de la mi-mai.

Vraiment?

- Mais oui! Le voilà heureux, épanoui…Le matin, il a hâte de partir à l’école. Le soir, il en revient les yeux brillants, il me raconte sa journée sans se faire prier. Alors qu’avant, je devais lui arracher les mots de la bouche!

Dites-moi, madame, qu’est-ce qui explique cette transformation miraculeuse?

La faiseuse de miracles s’appelle Amandine Caudron, 34 ans, enseignante en deuxième année à l’école internationale Mont-Bleu de Gatineau.

Voilà des années qu’elle rêve d’une chose: enseigner en plein air.

Mais pas seulement un petit avant-midi par ci, un petit après-midi par là. Non, non. Une classe en plein air tous les jours, beau temps, mauvais temps (ou presque).

L’idée lui est venue de la Scandinavie, comme souvent les idées progressistes en éducation. Elle a lu mille études là-dessus qui disent que l’école à l’extérieur est bonne pour les enfants. Pas seulement pour leurs résultats scolaires, mais aussi pour leur bien-être. Étudier au grand air réduirait le stress, l’anxiété, ces maux subtils qui affligent la jeunesse d’aujourd’hui.

Bref, quand Madame Amandine a appris qu’il y aurait un retour en classe, mais avec distanciation, elle a compris que c’était sa chance. C’est tellement plus facile d’enseigner à deux mètres… dehors. Pendant deux semaines, elle a peaufiné son projet avec l’aide de la fondation Monique-Fitz-Back, de Loisir Sport Outaouais, d’un conseiller pédagogique. À la fin, la direction a dit: ok, on essaye.

C’est ainsi que depuis le 11 mai, Madame Amandine mène chaque jour ses élèves au parc Bisson, à deux pas de l’école. Qu’il fasse beau, qu’il fasse frais, ils y vont tous les jours. L’enseignante transporte le grand tableau blanc. Sa petite troupe suit au pas, l’air joyeux, le sac en bandoulière. Au parc, les enfants s’installent à l’ombre des conifères. Un par arbre, COVID oblige.

«Certains enfants, comme Jean-Félix, se font un nid dans le feuillage. Lui, ça le réconforte. Ça le stimule dans sa lecture, dans son travail. D’autres préfèrent le soleil. Les plus sociaux s’assoient près de leurs amis. L’enseignement extérieur favorise beaucoup le côté social des enfants», raconte Amandine.

Elle enseigne à l’ombre des grands arbres. Les maths, le français. Et tant d’autres choses. Dehors, tout devient prétexte à apprendre. Les oiseaux, les insectes, la météo. L’environnement est propice à la créativité. À l’improvisation. À la coopération, aussi.

Mais le grand avantage de l’école en plein air, c’est sa flexibilité.

Les enfants sont comme du popcorn, me raconte Amandine. Un petit gars qui a un trop-plein d’énergie va contaminer son voisin, puis sa voisine, et ainsi de suite. En un rien de temps, la réaction en chaîne a fait le tour de la classe. Dans un contexte normal, le prof doit élever la voix et dire: hé, les enfants, on se calme!

Alors qu’au parc…

«Je peux déplacer l’heure de la récréation à ma guise pour assouvir leur besoin de bouger. Les enfants réalisent vite qu’être dehors leur permet de jouer plus librement, de se dépenser, de courir. Mieux que s’ils étaient constamment en classe. Après, quand ils sont posés, ils apprennent mieux. C’est particulièrement évident chez les garçons», dit Amandine.

La semaine dernière, de grosses bourrasques ont perturbé la séance de lecture d’Amandine. Les pages s’envolaient une à une. Qu’à cela ne tienne, elle a improvisé une expérience scientifique sur le thème du vent. Une séance de méditation a suivi. Les enfants ont écouté rugir le vent. «Après la méditation, je leur ai demandé comment ils se sentaient. Spontanément, un enfant s’est écrié en ouvrant les bras grands comme ça: je me sens libre!»

Ah, la liberté. Qui ne rêve pas de liberté?