Le jeu libre dans la rue, «comment veux-tu être contre un projet pareil?»

Jouer dans la ruelle

CHRONIQUE / Gatineau veut permettre le jeu libre dans la rue? Je suis pour. Envoye du hockey dans la ruelle. Pis du basket. Pis du soccer. Comment veux-tu être contre un projet pareil? En même temps, vous en voyez beaucoup, vous, des enfants qui jouent dans la rue? On ne les laisse même plus marcher tout seul jusqu’à l’école.

T’es cynique, m’a dit quelqu’un. Mais non, pas cynique. Réaliste.

Comme parent, on a la nostalgie de ces années d’enfance où on s’épivardait dans la rue avec les petits voisins. J’en ai passé des heures à jouer au hockey, au baseball, au tennis… D’ailleurs, on ne jouait pas que dans la rue. On jouait dehors, point. Dans le gazon, dans la cour d’école, au parc, dans le jardin du voisin. Hiver comme été. Après le petit déjeuner, ma mère nous envoyait dehors. Allez, ouste!

On ne joue plus beaucoup dans la rue, pour toutes sortes de bonnes et de mauvaises raisons. Peut-être parce que nous vivons dans une société obsédée par la sécurité. On ne s’imagine plus envoyer nos enfants jouer dans la rue ou au parc sans supervision.

D’ailleurs, je note que le projet-pilote de Gatineau se préoccupe beaucoup de sécurité. Ce serait permis seulement sur les rues peu passantes, avec un éclairage adéquat, à certaines heures, et sous la supervision d’un adulte dans le cas des très jeunes enfants. Il y aurait aussi une signalisation appropriée. Je lisais que certaines villes s’inquiétaient de leur responsabilité civile en cas d’accidents. Voyez ? La sécurité, encore et toujours.

Avec fiston, il nous arrive de jouer au badminton dans la rue. Jamais très longtemps. Pas que ce soit dangereux. Mais toutes les deux minutes, il y a une voiture qui tourne le coin de rue pour interrompre notre partie. Sans compter le vent qui fait virevolter le volant de manière imprévisible. On préfère jouer dans le gymnase de l’école voisine, les dimanches après-midi.

On pense pouvoir recréer un esprit communautaire dans les quartiers et sortir nos jeunes de la sédentarité en les envoyant jouer dans la rue. Essayons-le, on n’a rien à perdre. Même si j’ai l’impression que cette mesure s’inspire un peu du fantasme de l’adulte nostalgique.

Parce que les temps ont changé. Nos enfants sont de plus en plus embrigadés dans des activités organisées. 

Quand ils reviennent à la maison, après avoir fait du vélo au camp de jour, c’est pour mieux se brancher sur un écran.

Dans le questionnaire en ligne de la Ville de Gatineau, on évoque un « code de conduite » pour encadrer le jeu libre. Les jeunes qui jouent dans la rue devront respecter certaines règles : se tasser pour laisser passer un véhicule, ramasser les filets de hockey après la partie, évoluer sous la supervision d’un adulte quand il y a de jeunes enfants, etc.

Le gros bon sens.

Il y a aussi ce concept : les enfants devront éviter le bruit « excessif ». Excessif ? Voilà qui me semble un concept à géométrie variable. Dans une ville, il y aura toujours des gens qui ne souhaitent qu’une chose : avoir la paix.

Ceux-là, juste à l’idée que des enfants pourraient rire, crier, taper un ballon devant chez eux, et envoyer rouler une balle dans leurs belles plates-bandes fleuries, ils en feront des boutons. D’ailleurs, il me revient d’avoir écrit une chronique à propos d’une dame. Elle se plaignait du bruit que faisait le ballon de son petit voisin en rebondissant sur l’asphalte.

Boing, boing, boing… Ça la dérangeait.

Alors j’y pense : faudrait aussi rédiger un code de conduite pour le voisinage. Avec, inscrit quelque part, le mot : tolérance.