Patrick Duquette
Linda Beaudoin et son amie Chantal Plouffe
Linda Beaudoin et son amie Chantal Plouffe

Je n’avais pas le droit de prendre congé

CHRONIQUE / La vie est parfois injuste.

Prenez le cas de la Gatinoise Linda Beaudoin.

Trente-deux ans à travailler dans le domaine de l’entretien ménager. À faire des salaires de misère, à vivre une paye à la fois.

Malgré tout, Linda Beaudoin arrivait à payer son loyer et son épicerie. Tout juste, mais quand même.

Mettre de l’argent de côté ? Oubliez ça.

Elle n’avait pas de coussin pour ses vieux jours, encore moins pour les coups durs.

Même qu’elle a dû faire faillite, il y a quelques années, incapable de payer ses impôts.

Même malade, Linda Beaudoin allait travailler. Elle fait partie de ces travailleurs qui ne peuvent se permettre de manquer une seule journée sans mettre en péril leur équilibre budgétaire.

Jusqu’à l’automne dernier, jusqu’à l’accident qui allait faire basculer sa vie, Linda Beaudoin arrivait pourtant à garder la tête hors de l’eau.

À survivre fièrement, sans rien demander à personne. En faisant du ménage, la nuit, à 17 $ de l’heure pour le compte d’une compagnie d’entretien.

À 61 ans, elle croyait sincèrement pouvoir maintenir ce rythme d’enfer jusqu’à sa rente, à 65 ans, puis se la couler douce après toutes ces années à trimer dur.

Mais le sort en a décidé autrement.

À la fin d’un quart de nuit, l’automne dernier, elle a été terrassée par un AVC. Bang !

Plus capable de travailler. Dans sa situation, une catastrophe.

« Je n’avais pas le droit de prendre congé, moi, là… », résume-t-elle, attablée devant un café au Tim Hortons du boulevard Maloney.

Passée la période de grâce de 15 semaines où elle a reçu de l’assurance-chômage, Linda Beaudoin s’est retrouvée devant rien.

Sans emploi, ses revenus mensuels ont chuté de 1900 à 800 $ (soit sa rente plus l’aide sociale).

Avec un loyer mensuel de 600 $ pas chauffé, pas éclairé, sa situation est précaire. « Pour tout dire, je n’ai plus un sou en banque », laisse-t-elle tomber.

Elle s’approvisionne à la banque alimentaire où on lui donne un panier de denrées par mois. Elle mange, mais mal. « J’ai failli m’empoisonner avec le poulet congelé », soupire-t-elle. À l’épicerie, elle se contente de pain blanc et de margarine Becel. Les fruits, les légumes ? « Pas achetables », réalise-t-elle.

Elle voudrait retourner travailler, mais son état de santé ne le lui permet pas encore. Depuis son AVC, on a lui a retiré son permis de conduire. Pire, elle n’a pas de médecin de famille pour suivre son état de santé.

Elle déprime parce qu’elle voit les retards s’accumuler sur ses paiements.

Chaque jour, elle réalise un peu plus qu’elle n’avait pas le droit de tomber malade.

Pas elle, qui trimait si dur pour se maintenir la tête hors de l’eau.

Elle qui ne fumait pas, ne buvait pas, ne sortait pas.

La vie est injuste.

C’est son amie Chantal Plouffe de Rimouski qui nous a écrit pour nous exposer la détresse de Linda Beaudoin. « Je suis sa seule amie. Je la vois dépérir et ça me crève le cœur. C’est inhumain ce qu’elle supporte toute seule », explique-t-elle.

Elle a aussi écrit au ministre de la Solidarité sociale, Jean Boulet. Une lettre de trois pages expliquant dans le détail la situation précaire de son amie.

« Linda voudrait travailler car elle ne peut vivre avec si peu que 800 $ par mois, écrit-elle au ministre. Mais elle déprime, sans médecin, sans travailleuse sociale. Avec 400 $ de plus par mois, donc 1200 $ par mois, elle pourrait se débrouiller pour payer le minimum partout, en attendant de retourner travailler… »

Chantal Plouffe souhaite que le gouvernement revoie l’aide financière accordée à ces travailleurs précaires qui perdent tout, du jour au lendemain, en raison de la maladie.

Comment un ministre de la Solidarité pourrait-il demeurer insensible à une démarche aussi solidaire que la sienne ?