Philippe Couillard, le décentralisateur? C’était donc pour cela, les deux années d’austérité du début de mandat? Après avoir dépossédé les régions, on va y déménager quelques fonctionnaires pour faire bonne figure?

Je m’ennuie presque

CHRONIQUE / Je suis comme bien des Québécois, habitué, rompu même, aux vieilles querelles entre fédéralistes et souverainistes.

Or ces élections provinciales me plongent dans la confusion.

Maintenant qu’on a mis en veilleuse ce sempiternel débat, je suis... confus. Voilà, c’est dit.

J’essaie de percevoir les différences entre ce que me présente chacun des partis.

Et j’ai souvent l’impression que c’est du pareil au même.

Tiens, cette idée des lunchs payés à l’école. C’est le PQ qui l’a eue en premier. Mais la CAQ, le PLQ ou Québec solidaire aurait pu avoir la même !

Mardi, j’entendais Philippe Couillard se faire soudainement le champion des régions. Le voilà qui promet de décentraliser des ministères s’il est reconduit premier ministre du Québec. On parle du même Couillard qui a coupé les Centres locaux de développement (CLD) et les conférences régionales des élus (CRE) dans les régions du Québec. Le même Couillard qui a décentralisé le système de santé. Qui a purgé des régions comme le Pontiac et la Haute-Gatineau de ses hauts gestionnaires de la santé, pour rapatrier toutes les décisions dans son gros CISSS de l’Outaouais central.

Philippe Couillard, le décentralisateur? C’était donc pour cela, les deux années d’austérité du début de mandat? Après avoir dépossédé les régions, on va y déménager quelques fonctionnaires pour faire bonne figure?

Toujours mardi, j’entendais les candidats du Parti québécois présenter leurs engagements électoraux pour l’Outaouais. Le PQ promet d’élargir l’autoroute 50 à 4 voies (comme les libéraux), d’amener le train léger dans l’ouest (comme les libéraux), d’ouvrir une faculté de médecine en 2020 (comme les libéraux) et de créer de nouveaux programmes d’études secondaires et postsecondaires (comme les libéraux). Péquistes et libéraux, même combat? Je n’irais pas jusque là. N’empêche que le PQ de Jean-François Lisée a l’air un peu tout nu depuis qu’il a remisé pour un temps son projet de souveraineté.

Quant à la CAQ, elle sent l’odeur du sang en Outaouais. Pour la première fois, le parti de François Legault croit en ses chances d’y rafler un ou deux bastions libéraux. Nos sondages mettent d’ailleurs libéraux et caquistes au coude à coude dans Chapleau et Papineau. Pour se démarquer, François Legault a promis de construire un troisième hôpital urbain en Outaouais s’il est élu premier ministre. Un engagement si racoleur, si irréaliste que je vois mal comment il pourra s’y tenir. Oui, l’Outaouais a besoin d’un nouvel hôpital. Mais à quoi bon construire un nouvel établissement de 170 lits si on n’a pas assez de docteurs et d’infirmières pour y donner des soins?

Bref, je suis un peu perdu dans cet océan de promesses.

Depuis des décennies, je me suis habitué à des élections qui tournent autour de la question nationale. L’enjeu de la souveraineté occultait tous les autres. Surtout ici, en Outaouais, où des milliers de Gatinois travaillent dans la fonction publique fédérale. À chaque vote, les gens avaient l’impression que leur emploi était en jeu. Combien de fois a-t-on souhaité la fin de ces chicanes « stériles » sur l’indépendance?

Et pourtant, je m’ennuie presque. Presque.

Avec la question nationale évacuée des débats, c’est comme si on n’a plus de vraies raisons de s’obstiner entre Québécois. Les partis se lancent dans le clientélisme. Ils nous font mille et une promesses en visant des segments précis de l’électorat. Nous sommes devenus un supermarché d’électeurs et les chefs y font leur magasinage.

Faute d’enjeux plus inspirants, nous voilà à disserter en long et en large de la pureté idéologique d’une Gerturde Bourdon. Ou encore à supputer les chances que le candidat caquiste Christian Dubé démissionne en plein mandat, comme en 2014.

Je vous le dis, certains jours, je m’ennuie presque, presque, du bon vieux débat sur la question nationale.