Gatineau se lance dans un concours d’architecture pour la conception de la bibliothèque Lucy-Faris.

Investir dans la beauté

CHRONIQUE / Le jeu en vaut-il la chandelle ?

Gatineau lancera un concours d’architecture de 2,6 millions pour la conception de la nouvelle bibliothèque Lucy-Faris dans le secteur Aylmer. Un exercice qui sera précédé d’un forum de réflexion destiné à mettre la population dans le coup.

En soi, c’est une bonne chose que Gatineau se préoccupe davantage de la qualité — j’oserais même dire de la beauté — de ses bâtiments publics. Il est à peu près temps que Gatineau investisse dans une architecture publique attirante, afin de faire contrepoids à ces banlieues pâles et sans originalité qui poussent un peu partout sur son territoire.

Or les concours d’architecture, qui existent depuis la fin des années 1990 au Québec, sont un moyen de favoriser la construction d’édifices de qualité. Une architecture originale a le pouvoir d’attirer les foules et de susciter la fierté de la population. Pour l’instant, ce sont surtout des bâtiments à vocation culturelle qui font l’objet de tels concours — notamment en raison des possibilités de subventions qui y sont rattachées.

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Gatineau apprenait justement cette semaine que Québec lui accordera une subvention de 2 millions pour la future bibliothèque du Plateau, la toute première à avoir fait l’objet d’un concours d’architecture dans la municipalité. Ailleurs au Québec, plusieurs bibliothèques et centres culturels ont remporté des prix prestigieux après avoir fait l’objet de concours d’architecture.

En Europe, les pouvoirs publics ont compris qu’il est rentable d’investir dans une architecture de qualité. Certains pays ont adopté des politiques d’architecture. Des États s’inspirent de la « Baukultur », une philosophie qui érige la construction au rang d’acte culturel. La conception d’un bâtiment prend alors en considération des aspects sociaux, économiques et écologiques, et englobe même une dimension émotionnelle et esthétique.

À Gatineau, on est loin d’une telle culture du bâti. Ici, les gens sont réticents à voir leur compte de taxes augmenter. On favorise les projets à bas coût. C’est la logique du plus bas soumissionnaire dans toute sa splendeur. Un concours d’architecture permet de se libérer de cette logique utilitariste. De lâcher son fou. De penser hors du cadre. Pour peu que les critères ne soient pas trop stricts, les grandes comme les petites firmes participent avec enthousiasme aux concours d’architecture qui leur fournissent une bonne publicité et alimentent leur porte-folio. Certaines firmes se sont même fait un nom au Québec en remportant des concours.

Dans le cas de la nouvelle bibliothèque Lucy-Faris, le principal défi sera de l’intégrer harmonieusement à un environnement architectural complexe : celui du Vieux-Aylmer. La population du secteur s’est mobilisée par le passé contre des projets immobiliers qui ne s’accordaient pas à son goût avec le patrimoine bâti du secteur.

Avec un concours d’architecture, précédé d’un forum de réflexion, Gatineau espère mettre la population de son bord. Et prévenir une levée de boucliers.

Ceci dit, la tenue d’un concours d’architecture n’est pas sans risque. L’exercice est coûteux. Dans le cas de la future bibliothèque Lucy-Faris, les coûts de 2,6 millions représentent 6 % sur une facture totale de 44 millions. En outre, le concours ajoute à lui seul 15 mois à l’échéancier, avec des risques de retards et de dépassements de coûts.

Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? Difficile à dire pour l’instant.

Mais qui n’essaye rien n’a rien ! Pour le parti du maire Maxime Pedneaud-Jobin, c’est une manière de préparer l’opinion publique à la construction d’une Grande Bibliothèque au centre-ville de Gatineau.

Si l’ouverture des nouvelles bibliothèques du Plateau et Lucy-Faris attirent les foules comme prévu, Action Gatineau aura une belle vitrine pour vendre sa salade à la population.