On ne résoudra rien en diabolisant les téléphones cellulaires.

Interdire le cellulaire ne réglera rien

CHRONIQUE / Le téléphone cellulaire distrait les élèves ?

L’Ontario les interdira carrément en salle de classe à compter de l’an prochain.

Ainsi libérés d’une source de distraction, les jeunes pourront se concentrer sur l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et des mathématiques, assure la ministre ontarienne de l’Éducation, Lisa Thompson.

Comme la vie est simple quand on la contemple à travers la lorgnette du gouvernement de Doug Ford.

Pour résoudre des problèmes complexes, les progressistes-conservateurs ont le don de proposer des solutions simples, faciles… et erronées.

Car on ne résoudra rien en diabolisant les téléphones cellulaires. Ils font partie intégrante de l’ADN de nos jeunes. Au contraire, en les obligeant à laisser leurs appareils chéris dans leur casier, on les encouragera à la clandestinité.

Les jeunes continueront de les utiliser en prétextant un besoin pressant d’aller aux toilettes. Ou ils cacheront l’appareil entre leurs jambes pour mieux consulter leurs notifications au milieu d’un cours plate.

Avouez que nous sommes mal placés pour leur faire des reproches. Que celui qui n’a jamais consulté son cellulaire au volant leur lance la première pierre !

Personnellement, je trouve que cette interdiction est une mesure populiste prise par un gouvernement plus soucieux de plaire à sa base électorale que de régler de réels problèmes en salle de classe.

Même les conseils scolaires de l’Ontario sont contre l’interdiction at large du cellulaire et préféreraient qu’on leur laisse gérer la situation. Ils ont raison. Ce sont eux qui sont sur le plancher des vaches.

Donc les mieux placés pour le faire !

De toute manière, ce n’est pas en présentant les cellulaires comme des appareils malsains qu’on amènera les jeunes à en faire une utilisation intelligente et responsable, constate Jérôme St-Amand, professeur et chercheur en sciences de l’éducation de l’UQO.

J’ai lu des histoires de profs qui se servent des cellulaires en classe pour faire passer de mini-tests ou pour effectuer des recherches. C’est la voie à suivre.

« Les téléphones cellulaires peuvent très bien devenir des outils pédagogiques. D’autant plus que tous les jeunes en posséderont bientôt un », poursuit le professeur St-Amand.

Dans un monde idéal, les écoles devraient mieux éduquer les jeunes à utiliser adéquatement leurs téléphones cellulaires. Mais nous ne vivons pas dans un monde idéal.

Je peux comprendre que, faute de temps et de ressources, certaines écoles interdisent le téléphone cellulaire en salle de classe pour éviter les distractions. C’est un moindre mal en attendant de pouvoir faire mieux.

En Outaouais, certaines écoles secondaires ont réfléchi à l’usage du cellulaire et souhaiteraient mieux éduquer leurs élèves. Mais elles ne savent ni où ni quand intégrer des leçons de « cyberéducation » dans leur horaire surchargé.

Certaines écoles peinent déjà à trouver du temps pour les nouveaux cours d’éducation à la sexualité qui débuteront l’an prochain !

Il reste que la gestion des appareils électroniques devrait relever des directions d’école et des professeurs.

Une interdiction générale, comme en Ontario, n’a aucun sens et ne réglera rien.