Les cicatrices laissées par le passage de la tornade dans le quartier Mont-Bleu sont encore très visibles.

Il reste la peur du ciel gris

CHRONIQUE / Quelle est la probabilité qu’une tornade frappe, à un an d’intervalle, le même quartier, le même jour ? À peu près nulle. Et pourtant…

Et pourtant, en ce samedi 21 septembre, vers 17 h, bien des habitants du quartier Daniel-Johnson scruteront le ciel avec angoisse, à l’affût du moindre tourbillon suspect.

Qui pourrait le leur reprocher ?

Dans ce secteur défavorisé de Gatineau, le traumatisme de la tornade dévastatrice de 2018 est encore présent. Des enfants ont peur quand le ciel tourne au gris. Des adultes aussi.

À LIRE AUSSI: Tornade du 21 septembre 2018: «Ça a marqué ma vie»

Après la tornade de 2018, Dunrobin se reconstruit toujours [VIDÉO]

>> Avant/après: l'évolution du quartier Mont-Bleu depuis la tornade

« Dès qu’il y a de grands vents, les gens sont craintifs », raconte Ubald Alie, rencontré à la maison de la famille du quartier.

Ce résident de la rue Daniel-Johnson a vécu la tornade aux premières loges. Un an plus tard, il en garde un souvenir très vif. Il se rappelle la grosse branche d’arbre que le vent a emporté d’un coup sec, devant chez lui, comme une vulgaire feuille de papier. « J’ai été chanceux qu’elle ne fracasse pas mon châssis ! »

Encore aujourd’hui, les bâtiments barricadés, les immeubles en construction, les gros conteneurs à déchets et les terrains vagues laissent deviner le tracé destructeur de la tornade.

Le tourbillon a dévalé la côte de la rue Jumonville, arrachant des toits, des arbres et faisant éclater les vitres. Au bas de la pente, les vents de 220 km/h ont littéralement « enroulé » un VUS rouge autour d’un arbre, se rappelle la conseillère du quartier, Isabelle N. Miron. Un spectacle qui avait laissé pantois le premier ministre Philippe Couillard lors de sa visite.

Au vacarme assourdissant de la tornade avait succédé un silence de mort, vite meublé par le bruit de la pluie battante et le rugissement des sirènes. Sur la rue Daniel-Johnson, les résidents hébétés contemplaient une scène d’apocalypse. « Il y avait des planches plein la rue. Les toits étaient arrachés, les murs ouverts. C’était terrible. Effrayant ! », raconte Ubald Alie, les yeux écarquillés. Et pour ajouter à cette ambiance de fin du monde, Isabelle N. Miron se rappelle avoir vu la foudre frapper la polyvalente Mont-Bleu, déclenchant le puissant incendie qui forcerait la fermeture de l’école secondaire.

***

Alors que les inondations usent les nerfs et détruisent la civilisation lentement, une vague à la fois, la tornade frappe un coup terrible, sans prévenir. « Tout s’est passé si vite. On n’a pas eu le temps d’avoir peur ! », se rappelle Ubald Alie.

En un instant de fureur, les gens du quartier Daniel-Johnson sont passés du mode « je me prépare à une petite fin de semaine pépère », à « j’ai tout perdu, au secours ! »

Dans sa violence aveugle, la tornade a frappé l’un des quartiers les plus défavorisés de Gatineau.

Faute d’assurances, bien des gens ont tout perdu. Mais la destruction ne s’est pas limitée au domaine matériel. Le tissu social aussi s’est effrité. Les réseaux d’entraide qui existaient dans ce quartier peuplé de plusieurs immigrés se sont effrités. « Après la tornade, bien des familles ne sont jamais revenues vivre dans le quartier », constate Ubald avec regret.

***

Est-ce que la tornade aura changé à jamais le visage du quartier Daniel-Johnson ?

Les logements neufs qui émergent des décombres font craindre un embourgeoisement du quartier. Les loyers sont plus chers, les chambres moins grandes qu’avant, notent des résidents. Est-ce que les étudiants, familles à faibles revenus et immigrants auront encore les moyens d’y habiter dans quelques années ?

La directrice de la maison de la famille, Rachel Larocque, souhaite de tout cœur que oui. Le secteur a beau avoir mauvaise réputation, il y règne une tradition d’entraide et de solidarité comme nulle part ailleurs. « Ici, tout le monde connaît son voisin », insiste-t-elle, tout en vantant la vigueur du tissu communautaire et de la vie de quartier.

En tout cas, une chose liera à jamais les habitants de ce quartier. Le souvenir de cette tornade aussi soudaine qu’inattendue.