Des enfants changeront deux ou trois fois d’école durant leur primaire, avec obligation de reformer un cercle d’amis à chaque fois.

Il faut mieux planifier les écoles

CHRONIQUE / C’est désolant qu’on soit incapable de mieux planifier la construction des nouvelles écoles à Gatineau.

Année après année, il y a des redécoupages pénibles à faire sur le territoire des commissions scolaires des Portages-de-l’Outaouais (CSPO) et des Draveurs.

Des enfants doivent changer d’école. Parfois parce que la nouvelle école du quartier n’est pas prête, parfois parce que les écoles existantes débordent.

À chaque exercice de redécoupage, on assiste au spectacle de parents frustrés contre les commissions scolaires. Personne n’a envie de voir ses enfants barouettés d’une école à l’autre.

Cette fois, c’est la construction de la nouvelle école primaire 036 du Plateau qui débutera avec un an de retard. Faute de places, 350 élèves seront probablement forcés de s’exiler hors de leur quartier l’an prochain, avec tout ce que ça implique de petits et grands drames familiaux.

Des frères et des sœurs n’iront pas à la même école. Des enfants changeront deux ou trois fois d’école durant leur primaire, avec obligation de reformer un cercle d’amis à chaque fois.

Tout ça à Gatineau, une ville qui prétend vouloir raviver l’esprit communautaire et le sentiment d’appartenance à son quartier. Difficile d’y parvenir quand les enfants changent d’école à répétition !

Le cas de l’école 036 du Plateau a mis en lumière une planification déficiente, mais aussi des problèmes de communications entre la Ville de Gatineau et la CSPO. Les deux parties se sont relancé la balle sur qui était responsable des délais dans la livraison de l’école 036. Un affrontement déchirant et peu édifiant qui a d’ailleurs mené à la démission de la présidente de la CSPO, Johanne Légaré. Dans tous les cas, ce sont les jeunes familles qui font les frais de ces chicanes stériles.

Comment se fait-il qu’on ne soit pas capable de mieux planifier la construction des nouvelles écoles ?

Après tout, il n’y a rien de plus prévisible qu’une courbe démographique. Rien de plus logique que de prévoir un emplacement pour les futures écoles avant l’ouverture d’un nouveau quartier. Ottawa le fait depuis des années.

Avant d’ouvrir un nouveau quartier dans la capitale fédérale, les conseils scolaires sont invités à faire part de leurs besoins en frais de terrains. L’emplacement de la future école est prévu dès le départ, avant même la construction de la première maison.

En Ontario, il n’y a pas d’ambiguïté sur qui doit payer pour l’achat du terrain. C’est le gouvernement ontarien qui allonge l’argent. Normal, l’éducation étant un domaine de compétence provincial.

Le système ontarien n’est pas parfait. Ainsi, la fenêtre de 18 mois dont les conseils scolaires disposent pour acheter un terrain, une fois les fonds débloqués par la province, est très courte.

Mais en général, le système fonctionne bien. Il n’y a pas de surenchère sur la vente des terrains aux conseils scolaires. Les promoteurs sont trop heureux que la construction d’une école soit déjà prévue dans leurs projets immobiliers. Auprès de leur client, c’est un argument de vente payant !

La bonne nouvelle, c’est que Gatineau est en train de migrer vers une approche de planification à long terme similaire à celle d’Ottawa.

Avec le nouveau schéma d’aménagement, les plans des nouveaux quartiers devront inclure des emplacements pour les écoles primaires et secondaires. D’ailleurs, le président de la CSPO, Mario Crevier, me disait que deux terrains ont été réservés pour des écoles dans le projet immobilier de Richcraft, dans le secteur Aylmer.

Quant au gouvernement du Québec, il a prévu une somme de 46 millions dans son dernier budget pour l’achat de terrains destinés à de nouvelles écoles. De cette somme, la CSPO en a obtenu 6 millions. 

Au moins, les choses évoluent dans le bon sens. Il était temps qu’on se réveille !