Yvon Boucher et ses acolytes veulent réhabiliter la vie agricole d’autrefois en faisant revivre la ferme Dalton.

Ferme Dalton, le retour à la terre

CHRONIQUE / À force de vivre le nez collé sur nos écrans, on a oublié à quoi ressemblaient la vie d’agriculteur de jadis et le quotidien sur la ferme. On a perdu ce contact privilégié avec la terre de nos ancêtres.

« Aujourd’hui, quand tu demandes à un enfant d’où vient le blé d’Inde, il va te dire que ça vient du Métro », laisse tomber l’ex-conseiller municipal de Gatineau, Yvon Boucher.

C’est justement pour réhabiliter la vie agricole d’autrefois que M. Boucher travaille depuis 2011 à « recréer » la ferme Dalton, dans l’est de Gatineau, avec l’aide de bénévoles.

Petit à petit, la Corporation d’aménagement de la Rivière-Blanche (CARB) a bâti un véritable village d’antan sur de vastes terrains de la montée Dalton. Un village en pleine ville, qui sera bientôt ouvert non seulement au grand public et aux groupes scolaires, mais également aux touristes qu’on souhaite attirer par milliers dès l’été prochain, grâce à une aide financière de la Ville de Gatineau.

Au cours des dernières années, la CARB a retapé la maison centenaire des Dalton, construit une cabane à sucre d’époque, en plus de bâtir la réplique d’une école de rang. Une reproduction de l’ancienne gare de Templeton trône également à l’entrée du site. On a aussi planté un verger de 200 arbres, installé des ruches et aménagé un jardin communautaire. Le projet est loin d’être terminé. Dans une phase ultérieure, on prévoit rapatrier sur le site la fameuse locomotive du défunt train à vapeur Hull-Chelsea-Wakefield, en plus de construire une serre à papillons.

Ces jours-ci, le petit village vit au rythme des sucres. La ferme Dalton produit et vend son propre sirop d’érable. L’érablière des Dalton, qui compte plus de 500 entailles, produit à plein régime. Il faut compter une heure trente pour ramasser le contenu des chaudières selon la méthode traditionnelle, avec un tracteur et à la seule force des bras. Le sirop, lui, est produit dans des installations à la fine pointe.

« On est ici dans la dernière érablière en zone urbaine de Gatineau, lance Yvon Boucher avec fierté. Dimanche dernier, ça ne dérougissait pas et on a vendu pour 800 $ de sirop. »

C’est M. Boucher qui a convaincu le dernier descendant de la famille Dalton de vendre le domaine de 18 acres à la municipalité, en 2011. Il voulait le préserver du développement immobilier. De l’autre côté de la montée Dalton, un promoteur avait rasé tous les arbres pour bâtir ses habitations. Il refusait que la ferme Dalton subisse le même sort.

Grâce à la contribution de bénévoles et d’entrepreneurs, le petit village a pris forme, au point de devenir un véritable centre d’interprétation de la vie agricole d’antan. « On a tout bâti avec une subvention municipale de 700 000 $. Un agent immobilier nous a dit que ça valait aujourd’hui autour de 12 millions », s’enorgueillit M. Boucher.

Déjà ouverte au public et aux écoliers, la ferme Dalton se mettra en mode touristique l’été prochain. La Ville de Gatineau a approuvé un plan d’affaires de 5 ans qui permettra l’embauche d’un employé permanent. L’objectif est d’attirer 5000 touristes dès cette année. « Pour le quartier, c’est un excellent projet, approuve le conseiller du district de la Rivière-Blanche, Jean Lessard. Un projet écologique, avec un volet éducatif. On enseigne aux jeunes comment ça se passait jadis dans une école de rang ou dans une sucrerie. C’est un retour aux sources. »

L’école de rang semble tout droit tirée d’un épisode de La Petite Maison dans la prairie avec son grand tableau noir et ses meubles d’époque. M. Boucher est allé chercher les pupitres au pays des amish, en Pennsylvanie. La cloche de l’école est une réplique de la Liberty Bell de Philadelphie. Devant la classe est affiché un contrat d’institutrice datant de 1923. Il est spécifié que celle-ci doit porter au moins deux jupons et s’abstenir de fumer et de boire de l’alcool. Autre restriction : elle n’a pas le droit de fréquenter des hommes. Autres temps, autres mœurs !

N’empêche que ce retour à la terre et aux coutumes de nos ancêtres fait son petit effet chez certains visiteurs. « Une enseignante est venue dîner avec sa classe dans notre école de rang, raconte M. Boucher. Elle en est ressortie les larmes aux yeux tellement elle était émue. »

Dans la maison centenaire de la famille Dalton, on a aménagé un petit salon de thé. Des groupes y louent régulièrement des salles. « Dire que des gens de l’urbanisme voulaient jeter ce bâtiment à terre, rappelle Yvon Boucher. Il s’y est opposé avec force. «J’ai fait évaluer la toiture par un expert. Elle était correcte. Alors j’ai dit aux gens de l’urbanisme : je vais vous rénover ça, moi.»

Il a tenu parole.