Olivier Langlois a choisi les émoticônes comme sujet pour sa thèse de maîtrise.

Et Dieu créa l’émoticône

CHRONIQUE / Êtes-vous du genre à parsemer vos textos de bonshommes sourire, cœurs et autres émoticônes ?

Pour tout vous dire, j’essaie de résister à cette tendance. Je préfère encore écrire « je t’aime » à ma blonde que de lui envoyer un dessin de cœur. Question de préférence. Peut-être aussi que je me fais vieux, et que j’ai de la misère à suivre les nouvelles tendances !

Mais il m’arrive de succomber. Et d’ajouter un bonhomme sourire par-ci, par-là. Je dois reconnaître qu’un texto tout nu, ça fait parfois net, fret, sec. Il manque l’intonation de la voix, l’expression du visage pour en préciser l’intention.

Et c’est précisément pour combler cette lacune que quelqu’un – peut-être Dieu lui-même – inventa un jour les émoticônes. Pour calmer l’humanité angoissée, soudain incapable d’interpréter correctement ce nouveau moyen de communication qu’était le texto.

À 25 ans, Olivier Langlois est beaucoup plus jeune que moi. Il a grandi avec les émoticônes, des symboles apparus dans nos vies nord-américaines au début des années 2000. Il vient même d’en faire sa thèse de maîtrise…

L’étudiant en communications de l’Université d’Ottawa a découvert que ces petites images numériques destinées à exprimer le bonheur:), la tristesse :( ou la surprise :o, ont plus d’influence qu’on ne le croit dans notre société.

Un exemple ? « Les hommes qui utilisent des émoticônes sur les sites et les applications de rencontre ont plus de chances d’obtenir des relations sexuelles avec leurs correspondantes », illustre-t-il. Avis aux intéressés…

Autre découverte digne de mention : il semble que cesser d’utiliser des émoticônes avec quelqu’un signifie que notre relation s’est détériorée. En fait, ce serait un signe de froideur, l’équivalent numérique de bouder quelqu’un !

Au fil des ans, la bibliothèque d’émoticônes s’est enrichie de centaines de nouveaux symboles. Au point où ils sont devenus un langage en soi. Parfois même un code secret qu’on interprète différemment selon les cultures, les âges et les communautés.

Olivier Langlois a découvert un couple new-yorkais qui a communiqué uniquement avec des émoticônes pendant 30 jours. « L’homme disait que les bonshommes l’aidaient à séduire sa belle. Tandis que celle-ci préférait les émoticônes en forme de cœur au ‘je t’aime’ classique », raconte-t-il. D’ailleurs, certains symboles – comme l’aubergine ou la pêche – ont acquis des connotations sexuelles.

Les émoticônes sont aussi devenues un outil d’expression de soi, une manière d’affirmer son identité. Olivier Langlois a inclus quatre émoticônes dans son profil Instagram : le drapeau du Canada, le signe astrologique du Taureau, une chemise (pour indiquer son statut de jeune professionnel) et le drapeau de la Fierté gaie. « En m’identifiant ainsi, par le biais d’émoticônes, à des groupes d’appartenance, j’ai pu créer des liens sur les médias sociaux. C’est une pratique très répandue », affirme-t-il.

Les émoticônes ont des significations différentes, selon les cultures. L’exemple le plus frappant ? Le symbole du recyclage qu’Olivier a relevé dans ses recherches. L’image des trois flèches vertes arrivait au 3e rang des plus utilisés en 2019, selon le palmarès du site emojitracker. Tout de suite après le bonhomme sourire et le cœur rouge. L’explication ? La communauté arabe avait récupéré à son compte le signe qui figure sur nos bacs de recyclage. Elle s’en servait pour inviter les gens à partager des prières sur le Web. Le vert est la couleur de l’Islam.

Olivier Langlois est convaincu que les émoticônes n’ont pas fini de faire parler d’eux. Qu’ils serviront à bien plus qu’illustrer nos états d’âme. « En Suède, ces images sont utilisées pour aider les enfants victimes de maltraitance à exprimer les problèmes qu’ils vivent chez eux », note-t-il.

Pour ma part, je préfère encore les lettres aux images. Mais je dois admettre qu’Olivier est très convaincant. ;)