Environ 5000 enfants seraient scolarisés à la maison au Québec. L’Outaouais compterait entre 100 et 200 familles où l’enseignement se fait à domicile.

En attendant l’inspiration

CHRONIQUE / Deux fois par semaine, des parents qui font l’école à la maison louent une église du secteur Aylmer. Ils s’y rassemblent pour partager l’enseignement de la matière, tout en donnant l’occasion à leur marmaille de socialiser avec d’autres enfants. Ça se passe en français les mercredis et en anglais les vendredis.

« L’église nous fait un bon prix. Avec 12 à 15 familles qui viennent régulièrement à nos rencontres, c’est presque sûr que ton enfant va se trouver un buddy avec qui socialiser », raconte Émilie Salesse-Gauthier, l’instigatrice du projet.

Le cours de biologie se donne dans la salle liturgique, à l’ombre d’une croix chrétienne et sous l’éclairage naturel des vitraux. Dans un coin de la salle, quelques enfants s’affairent à remonter une maquette du corps humain. C’est Caroline Gilbert, mère de Camille, 10 ans, qui s’est proposée pour donner le cours de bio. Elle a un cours d’infirmière. « On a parlé du cœur et des poumons aujourd’hui », explique cette maman qui est encore ambivalente face à l’école à la maison. Ses deux jumelles fréquentent l’école régulière.

L’atelier d’écriture se donne dans une petite bibliothèque intimiste.

Les enfants s’assoient en cercle sur des fauteuils, autour d’une table basse recouverte de livres. L’atmosphère est bercée d’une musique douce. Jesse Deslauriers, la mère de Nathan, dit attendre que les enfants « se déposent » avant de débuter l’atelier.

L’ancienne enseignante a affiché des tableaux expliquant la marche à suivre pour accoucher d’un texte informatif ou d’un récit. Elle ne force pas les enfants à écrire.

« Ils y vont à leur rythme et écrivent quand ils sentent l’inspiration les gagner. Mon premier objectif, c’est qu’ils développent le goût de l’écriture », dit-elle.

Le sous-sol de l’église sert de salle de récréation, de garderie et de cafétéria. Des mères y allaitent. Les plus vieux s’amusent avec une voiture téléguidée ou dégustent quelques raisins pour se sustenter.

« Nous, on vient de Montebello tous les mercredis surtout pour l’aspect socialisation », raconte Arnaud Franck, le père d’Anjali, 8 ans. Cet immigré français a choisi l’école à la maison un peu par accident. Il s’est renseigné sur l’approche du « unschooling » qui prétend qu’une tête bien faite vaut mieux qu’une tête bien pleine.

« Ce n’était pas notre idée de départ, mais on y a pris goût. On a fait des voyages. Ça nous a permis de découvrir la vie et le monde avec notre fils. On peut lui transmettre nos valeurs sans qu’elles soient perturbées par celles de l’école. Il apprend à se connaître lui-même avant de connaître les autres », explique Arnaud Franck. Kamica Dumais fait le voyage depuis Val-des-Bois avec ses quatre enfants pour venir à la « coop ». Elle aussi, c’est l’aspect socialisation qui l’a séduit. « Mes enfants viendraient ici 5 jours par semaine s’ils le pouvaient ! », dit-elle.