Au fil des ans, un consensus social s’est créé pour bannir la fumée de cigarette de l'espace public. Faire la même chose avec le pot ne devrait pas constituer un problème.

En attendant le premier joint

CHRONIQUE / Avec la légalisation de la marijuana, Gatineau doit-elle permettre aux gens de fumer du pot dans les lieux publics ?

Les gens auront bientôt l’occasion de s’exprimer là-dessus puisque la Ville a décidé de les consulter avant de prendre une décision.

Pour ma part, je ne vois aucun inconvénient à ce que fumer du cannabis soit permis en public à Gatineau, pourvu que la consommation soit encadrée comme le tabac.

À mes yeux, c’est le gros bon sens.

Au fil des ans, un consensus social s’est créé pour bannir la fumée de cigarette des édifices publics, des autobus, près des entrées des édifices, des écoles ou des garderies. Faire la même chose avec le pot ne devrait pas constituer un problème.

Mais je sais que certains rechignent à l’idée que des gens pourront bientôt fumer leur joint de pot devant public en toute impunité, que ce soit sur la rue ou au festival de montgolfières.

S’il y a une question qui risque d’enflammer les discussions lors des consultations publiques à venir à Gatineau, c’est bien cette question de la consommation de cannabis dans les lieux publics.

À cause de notre situation frontalière, on va vite se comparer avec l’Ontario où le pot sera interdit pratiquement partout, sauf entre les quatre murs de sa maison.

Il faudra voir ce que donne l’approche ontarienne. Mais en interdisant par derrière ce que le fédéral permet par devant, elle risque d’être d’être contestée devant les tribunaux. Serait-on prêt à prendre un tel risque à Gatineau ?

Certains politiciens ont déjà fait leur nid sur la question. Ainsi, le conseiller Jocelyn Blondin s’est exprimé en faveur de l’interdiction de consommer du pot dans les lieux publics.

La présidente de la commission Gatineau, ville en santé, Renée Amyot, refuse de se mouiller pour l’instant.

Normal, elle se garde une petite gêne pour ne pas teinter les consultations publiques qui se dérouleront sous sa responsabilité. Cette ancienne employée du réseau de la santé se déclare néanmoins « assez en accord » avec le principe de la décriminalisation de la marijuana.

Surtout, Mme Amyot, insiste sur l’importance, dans le débat sur la légalisation, de faire triompher la raison et la science sur l’émotivité. L’apport d’un comité aviseur, composé d’experts des milieux de la santé, de l’éducation, du communautaire et de la sécurité publique, devrait insuffler un minimum de bon sens aux débats.

L’exercice de consultations permettra d’approfondir la réflexion sur certains enjeux propres à Gatineau. Ainsi, l’âge minimum pour consommer de la marijuana en Ontario sera de 19 ans, contre 18 au Québec. Verra-t-on les jeunes Ontariens traverser les ponts pour assaillir les futures succursales de la Société québécoise du cannabis ? Je doute qu’on assiste à la naissance d’un tourisme du pot dans la région. Le comité aviseur pourra nous éclairer là-dessus.

De toute manière, j’ai l’impression que ces consultations serviront surtout à préparer l’opinion publique à la légalisation. Il ne reste que quelques semaines avant l’entrée en vigueur de la nouvelle loi, toujours prévue pour le 1er juillet. Que ce soit par un sondage en ligne ou une consultation en personne, les gens auront l’occasion de mieux s’informer et d’exprimer leurs craintes pendant qu’il en est encore temps. Ainsi, le choc sera moins rude lorsque les premiers fumeurs de pot légaux apparaîtront dans l’espace public à Gatineau.