Le président de Junic Construction, Nicolas Tremblay, n’en peut plus des excuses des politiciens à propos de la crise du logement à Gatineau.

Donnez-nous des permis!

CHRONIQUE / Le président de Junic Construction, Nicolas Tremblay, n’en peut plus des excuses des politiciens à propos de la crise du logement à Gatineau. Des excuses qui font fi d’une réalité bien simple à son avis : la Ville de Gatineau met trop de temps à émettre de nouveaux permis de construction.

Le vase a débordé l’autre jour quand il a entendu dire au bulletin de nouvelles que le secteur privé n’était pas capable de fournir à la demande. D’exaspération, il a donné un coup sur le volant.

« Ça n’a rien à voir, lâche-t-il en entrevue. Donnez-nous des permis de construire, et on va vous en bâtir, des logements ! On a des tas de projets qui devraient avancer au sein de l’administration municipale. Mais ils s’accumulent faute de main d’œuvre. Il faut embaucher du personnel aux services d’urbanisme et d’ingénierie, trouver des façons d’alléger les délais administratifs… »

Tenez-vous bien : un seul employé de la Ville de Gatineau, un seul, a la lourde tâche d’approuver tous les protocoles d’ingénierie, les plans d’intégration architecturale et les permis de construction associés aux nouveaux projets immobiliers.

Un seul employé !

« Don’t get me wrong, reprend Nicolas Tremblay. Une chance qu’on l’a, ce monsieur-là. Il est extrêmement compétent et travaillant. C’est une machine ! Mais justement, il ne faut pas le brûler. Il a actuellement plus de 80 protocoles à évaluer sur son bureau. Il ne peut, à lui seul, fournir à la demande de la 4e plus grande ville du Québec. C’est impossible ! Il a droit à des vacances lui aussi. Mais on fait quoi durant son absence ? Tout le département est arrêté… »

Plusieurs villes confient à des firmes externes le soin d’approuver un trop-plein de dossiers lors des périodes de grande affluence. « À Gatineau, on aime mieux attendre et ne rien faire, déplore le président de Junic. On perd des millions en nouvelles taxes par année. Plus on tarde, plus la demande va augmenter, plus les prix vont monter, plus la crise du logement va perdurer… »

Du côté de la Ville de Gatineau, on admet l’existence de délais dans le traitement des dossiers.

À qui la faute ?

À la demande pour des nouveaux projets immobiliers qui a explosé dans la dernière année, surtout dans les secteurs du Plateau et d’Aylmer. On pointe aussi la pénurie de main-d’œuvre particulièrement criante dans le domaine du génie civil au Québec.

Oui, confirme-t-on, le directeur du développement des réseaux, Mario Desforges, est le seul haut fonctionnaire de la Ville de Gatineau en mesure d’approuver les projets de développement requérant de nouveaux services municipaux (comme des rues, aqueducs, égouts, etc.). Il est toutefois épaulé par un coordonnateur. Quant aux 80 dossiers à l’étude à son bureau, ils représentent plus ou moins 15 % de l’ensemble des dossiers d’infrastructures à Gatineau, nuance-t-on.

Qu’envisage-t-on comme solution pour accélérer le traitement de ces dossiers ? Pour l’instant, pas d’en sous-traiter l’approbation comme le suggère Nicolas Tremblay. Gatineau compte plutôt procéder à l’embauche de trois nouveaux coordonnateurs pour mieux l’épauler, explique Catherine Desfossés du service des communications.

En attendant, Nicolas Tremblay se demande si l’administration du maire Maxime Pedneaud-Jobin met ses priorités à la bonne place. Il craint que les récentes réformes dans les règlements d’urbanisme compliquent encore davantage l’émission des permis. « Je suis pour cela, les toits verts ou les rues complètes, dit-il. Mais avant de mettre de l’énergie là-dessus, est-ce qu’on pourrait se sortir la tête hors de l’eau ? Et attendre que la crise du logement soit derrière nous ? »