Michel Lavoie a écrit 58 livres depuis 1994.

Donner la parole aux jeunes

CHRONIQUE / Alors qu'il était prof au secondaire, Michel Lavoie s'ennuyait au travail. Comme il lui restait plusieurs années avant sa retraite, le Gatinois s'est mis à chercher un projet parallèle qui lui éviterait de sombrer dans la déprime. Un jour, il s'est dit : pourquoi pas écrire ? Depuis 1994, il a publié 58 livres, pour la plupart des romans dédiés à la jeunesse. Depuis 8 ans, il est aussi directeur de la maison d'édition Vents d'Ouest à Gatineau.
Tout en menant sa carrière d'écrivain, M. Lavoie a toujours cherché à transmettre sa passion de l'écriture à ces jeunes qui l'ont tant inspiré dans la rédaction de ses romans. À la retraite depuis plusieurs années maintenant, l'ex-enseignant consacre encore beaucoup d'énergie à leur donner une voix. Il vient d'ailleurs d'obtenir une subvention spéciale de la Ville de Gatineau pour la publication d'un recueil de textes écrits par des jeunes du primaire, du secondaire et du cégep. Il est à la recherche d'une trentaine ou d'une quarantaine de manuscrits qui devront lui parvenir d'ici la mi-octobre, en vue d'un lancement qui se fera lors du Salon du livre 2018.
« Je crois beaucoup aux jeunes, raconte Michel Lavoie. Quand j'ai commencé à écrire, à 46 ans, j'étais dans la vraie déprime de la job. J'en avais assez, je me suis dit : il faut que j'ouvre une porte parallèle. Et j'ai découvert l'écriture jeunesse à cause des jeunes. Si j'ai encore ce bonheur-là, c'est à cause d'eux. Je leur faisais lire mes manuscrits, je recevais leurs commentaires. Aujourd'hui, je leur retourne l'ascenseur. »
Dans le fond, M. Lavoie reprend une expérience tentée alors qu'il enseignait à l'école secondaire Mont-Bleu. Dans le temps, il a fait publier cinq recueils de textes écrits par ses étudiants. Il souhaitait leur faire goûter ce qu'était le travail d'édition et la joie d'être publié. Qui sait, se disait-il, si ça ne déclenchera pas le goût de l'écriture chez certains d'entre eux.
Et ça a marché.
« Depuis Mont-Bleu, une dizaine de jeunes ont publié leurs livres professionnels », raconte Michel Lavoie. L'une de ses étudiantes de l'époque, Marie-Eve Lacasse, est même devenue une écrivaine renommée en France. Elle vient de publier Peggy dans les phares chez Flammarion, un roman sur l'écrivaine Françoise Sagan.
Michel Lavoie aime penser qu'il a joué un rôle, même petit, dans l'éclosion de Mme Lacasse, qui avait gagné le prix littéraire du Droit pour un recueil de nouvelles.
« À 12 ans, cette fille avait une culture incroyable. À 16 ans, elle faisait de la critique littéraire à Radio-Canada. Elle était vraiment spéciale. Je ne lui ai pas donné le talent, mais j'ai tenté de lui ouvrir des portes », raconte M. Lavoie.
Jusqu'à maintenant, M. Lavoie a reçu une dizaine de manuscrits en vue de son projet de recueil. « Et c'est un bonheur de les lire, dit-il. Tu découvres de tels talents ! On est souvent négatifs envers les jeunes. L'autre jour, une jeune fille de 18 ans m'envoie un texte. Un texte qui m'a vraiment touché. C'était bon, c'était intéressant. Avec le métier, tu le sens dans le texte quand il y a du talent, de l'émotion... de l'âme ! Mais ça restait un brouillon, un manuscrit. Comme toujours, j'ai été honnête avec elle. Je lui ai dit qu'il lui faudrait travailler son texte pour l'amener à la prochaine étape. »
« Toute ma vie, j'ai essayé de donner la parole aux jeunes, poursuit M. Lavoie. C'est pour leur ouvrir des portes, comme on le fait en musique avec des émissions comme La Voix junior. Quand je leur donne des ateliers d'écriture, je suis honnête avec eux. Quand ils ne sont pas prêts, je leur dis de prendre le temps de vieillir et de regarder ce qui se passe autour d'eux. Mais quand j'en trouve qui ont du talent, je suis prêt à les amener le plus loin possible. »
Les jeunes écrivains intéressés peuvent lui faire parvenir leurs manuscrits à michellav66@hotmail.com.