Le président d'Impératif français, Jean-Paul Perreault, accuse la Ville de manquer à son « devoir de mémoire » en « laissant pourrir dans son cimetière de noms » d’importantes figures locales.

Des choix insignifiants

CHRONIQUE / Jean-Paul Perreault s’impatiente parce que la Ville de Gatineau tarde à honorer la mémoire des auteurs Bernard Assiniwi et Serge Dion. Le président d’Impératif français n’a pas tort de taper du pied.

Au rythme où se développe la Ville de Gatineau depuis 15 ans, les occasions n’ont pas manqué d’honorer la mémoire de ces deux personnalités marquantes de la sphère culturelle, que ce soit en baptisant à leur nom une nouvelle rue, un nouveau parc ou un nouvel édifice.

Dans le style grandiloquent qu’on lui connaît, M. Perreault accuse la Ville de manquer à son « devoir de mémoire » en « laissant pourrir dans son cimetière de noms » d’importantes figures locales. Je trouve qu’il y va fort (M. Dion n’est décédé qu’en 2013 !), mais sur le fond, je partage largement sa frustration.

Lorsque vient le temps d’attribuer de nouveaux noms de rue ou d’endroit, la Ville de Gatineau fait encore trop souvent le choix de l’insignifiance. Pas toujours, mais souvent. Sa banque de toponymie regorge pourtant de figures locales ou de dénominations qui évoquent avec force le patrimoine, les métiers, la faune, la flore ou la géologie propre à notre région.

Un exemple d’insignifiance ?

La dernière fois que le comité exécutif de la Ville de Gatineau a attribué de nouveaux noms de rues, c’était en avril 2018, dans le quartier du Plateau de la capitale. Je vous donne le nom des rues en mille : la rue de Saint-Pétersbourg, la rue d’Anvers, la rue de Rotterdam, la rue de Liverpool, la rue de Dunkerque…

Des noms prestigieux de grandes villes européennes qu’on devine choisis parce qu’ils sonnent bien dans un bureau des ventes. Un petit condo sur la rue de Saint-Pétersbourg, Monsieur, Madame, ça vous dirait ? À moins que vous préfériez une maison en rangée sur la rue de Rotterdam ?

Comment ces noms européens, sans aucun espèce de rapport avec l’histoire locale et les gens d’ici, ont-ils pu passer le test du comité de toponymie ? Ça me dépasse. Le choix des noms de rue ne devrait pas se faire en fonction d’aider des vendeurs de maisons à mieux péter de la broue auprès de leurs clients.

Un autre exemple d’insignifiance ? Quand est venu le temps de baptiser le nouveau parc du Plateau, la Ville de Gatineau a pris la peine de consulter la population. Les gens ont soumis une vingtaine de suggestions. Des bonnes et des moins bonnes. Après avoir soupesé le pour et le contre, quel nom a retenu le comité de toponymie ?

Le parc… Central. 

Zéro originalité. Zéro consonance locale. Pour désigner un parc pas si central que cela. Et quand je vous parlais de pétage de broue : l’un des arguments retenus en faveur du nom « parc Central », c’est qu’« il avait été repris par les entreprises Junic pour désigner le nouveau projet de construction domiciliaire situé à proximité du parc ». Je n’invente rien, je vous cite, mot pour mot, le rapport du comité de toponymie.

L’autre nom en lice pour le parc central, c’était le parc des Forestières. Une désignation qui aurait rendu hommage aux femmes anonymes ayant contribué, de près ou de loin, à l’industrie du bois dans la région. Voilà qui aurait été un choix plus signifiant.

Ceci dit, la Ville de Gatineau n’est pas toujours mal inspirée en matière de toponymie, loin de là.

Toujours dans le quartier du Plateau, le comité exécutif a attribué à une rue le nom de Seto en 2017. Vous vous demandez de quelle sorte d’oiseau il s’agit? C’est le nom de la première famille d’origine chinoise d’Aylmer. Le père a eu un restaurant sur la rue Principale pendant la crise économique des années 1930. Ses fils ont contribué à la petite histoire sportive locale. Voilà un choix de nom intéressant et évocateur.

Jean-Paul Perreault en met plus que le client en demande quand il accuse la Ville de Gatineau de manquer à son « devoir de mémoire ». Mais il y a matière à amélioration, aucun doute là-dessus.