Aiden Anderson, de London en Ontario, joue le rôle du premier ministre lors d’une conférence de presse dans le foyer de la Chambre des communes, mercredi.

De la graine de premier ministre

CHRONIQUE / Nos ados rêvent de grands voyages ou de rencontrer des vedettes. Aiden Anderson, lui, rêvait de vivre la vie d’un premier ministre du Canada. Un vœu qu’il exauce ces jours-ci grâce à Make-a-Wish Canada.

Le jeune homme de 15 ans, atteint d’une rare maladie cardiaque, a droit à la totale. On lui a organisé un voyage plein de surprises de 5 jours dans la capitale fédérale dont le point culminant était une rencontre en privé avec le premier ministre Justin Trudeau.

Depuis son arrivée à Ottawa lundi, Aiden Anderson est traité avec les égards d’un chef d’État. Il a été accueilli dès son arrivée à l’aéroport par la garde de sécurité rapprochée du premier ministre. Puis un cortège de plusieurs voitures noires l’a transporté jusqu’au château Laurier où il a eu droit, encore une fois, aux grands honneurs.

Aiden Anderson va depuis de surprise en surprise. Il a eu droit à une visite privée de Rideau Hall, une rencontre impromptue avec l’ex-premier ministre Paul Martin, une visite du carrousel de la GRC et une visite à bord de l’avion privé du premier ministre Trudeau.

Comment trouve-t-il son expérience jusqu’à maintenant ? « Amazing! », a-t-il confié à la presse parlementaire mercredi après-midi.

Parce que comme tout premier ministre qui se respecte, le jeune Anderson, vêtu d’un complet sombre, d’une cravate rouge et de bas bleus un peu flyés avec des étoiles blanches, a rencontré les journalistes dans l’enceinte du Parlement canadien. Un exercice auquel il s’est d’ailleurs livré avec un aplomb remarquable.

Seul au lutrin, il a expliqué aux journalistes qu’il était atteint d’une maladie cardiaque rare, l’anomalie d’Ebstein. Son cœur s’affole parfois jusqu’à battre 300 coups à la minute. Il a subi des arrêts cardiaques, passé d’innombrables heures à l’hôpital, subi plusieurs opérations à cœur ouvert…

Aiden Anderson réalise son rêve de vivre la vie d'un premier ministre du Canada, même si ce n'est que pour quelques temps.

Il a peut-être le cœur sensible, mais il a aussi des nerfs d’acier. Il a livré son laïus devant l’intimidante presse parlementaire sans bafouiller ni hésiter une seule seconde… avant de quitter le lutrin d’un pas décidé.

Hé, ho ! Pas si vite, jeune homme ! C’est parce qu’on a des questions nous autres !

Il est revenu au lutrin aussi sec. « Any questions ? », a-t-il lancé dans le micro comme s’il avait fait ça toute sa vie. De la graine de premier ministre, aucun doute !

La politique l’a toujours fasciné, a-t-il expliqué. Mais c’est l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis qui a été l’étincelle la plus déterminante. Trump, vraiment ? « Il venait de se faire élire, tout le monde en parlait autour de moi, et je voulais comprendre ce qui se passait », a-t-il expliqué.

En tout cas, il n’a pas encore pris les mauvais plis de Trump en accusant les « bad medias » de propager des fake news ! Au contraire, il a répondu à toutes les questions de bonne grâce. Non, il n’avait pas encore rencontré le premier ministre Trudeau. C’était prévu pour plus tard dans la journée. Avait-il l’intention de jaser politique avec lui ? Pas particulièrement, a-t-il répondu. Mais il voulait lui demander ce que le Canada pouvait faire pour aider les pays en développement.

Le jeune homme de London, en Ontario, avait l’air de savourer son rêve à plein, alors qu’il parcourait les grands corridors du Parlement, sa mère et sa sœur sur les talons. Il s’est fait prendre en photo dans la chaise du premier ministre Trudeau. Il a dit son émotion de se trouver dans la Chambre des communes, là où les Pères de la Confédération ont réfléchi à la manière de faire du Canada un pays.

Son périple se poursuit jeudi. Il doit suivre toute la journée le commandant en chef de l’armée canadienne. Lui-même portera un uniforme de lieutenant-colonel honoraire.

Make-a-Wish exauce les vœux de jeunes gens affectés par une maladie « critique » comme Aiden Anderson. Des jeunes qui vivent tout sauf une enfance normale, qui passent de longues heures à l’hôpital, séparés des leurs.

« En réalisant leur souhait, en leur faisant vivre quelque chose d’extraordinaire, on leur donne de l’espoir », m’a expliqué Annie-France Stiles, coordonnatrice des programmes. De l’espoir et du bonheur, à en juger par les yeux pétillants d’Aiden Anderson.