L'ombudsman de la Ville de Gatineau, André Guay

Culture du mépris

CHRONIQUE / C'est fou cette histoire-là...
L'ombudsman de Gatineau vient de déposer un rapport d'enquête qui fait mal, et qui en dit long sur une certaine culture du mépris au service d'urbanisme.
C'est l'histoire d'un citoyen qui a une propriété sur la rue Le Marquis, un parc de maisons mobiles du secteur Gatineau. Il se plaint à la Ville que son terrain est régulièrement inondé depuis qu'un développement résidentiel a vu le jour sur un talus aménagé en hauteur derrière chez lui, rue Marcelle-Ferron.
Le citoyen se renseigne, et il est convaincu que le drainage des nouvelles propriétés a été mal fait.
Mais à la Ville, peut-être parce qu'il est très insistant, on le traite un peu de haut. On ne le prend pas au sérieux. On ne répond pas vraiment à ses questions. Pire, on le niaise carrément quand il demande des documents en vertu de la loi sur l'accès à l'information. Le bureau de l'ombudsman, qui a eu accès à toute la documentation durant son enquête, a découvert que la Ville avait transmis le minimum d'information au citoyen. Alors qu'elle avait en sa possession une foule de documents pour éclairer l'imbroglio... Pour une ville qui se targue d'être transparente, c'est très troublant !
Mais le plus troublant, c'est que le gars avait raison. Le plan de drainage n'a pas été respecté, a découvert l'ombudsman. L'entrepreneur n'avait pas aménagé les deux fossés prévus pour évacuer l'eau de pluie. Pire, des propriétaires de la rue Marcelle-Ferron ont même construit des remises sur la servitude qui devait servir de fossé de drainage. Quand notre citoyen s'en est plaint, la Ville lui a répondu qu'elle ne pouvait pas obliger les propriétaires à déplacer leurs remises au bon endroit. Ah non ?
Pourtant, quand la maison de notre citoyen de la rue Le Marquis a fini par s'effondrer, à cause des inondations à répétition, la Ville n'a pas hésité un instant avant de lui envoyer un inspecteur. Et celui-ci a émis sans tarder un avis d'infraction parce que sa maison était devenue instable - précisément à cause du mauvais drainage qu'il dénonçait depuis le début ! Pire, la Ville a évincé ses locataires, considérant sa propriété comme « non conforme » à la réglementation municipale...
En fin de compte, c'est donc le gars le plus lésé de toute l'affaire qui est puni par la Ville. 
Qu'est-ce que ça nous dit, cette histoire ?
Qu'il y a encore du chemin à faire pour changer une certaine culture du « mépris et de l'indifférence » au service d'urbanisme, selon les mots de la responsable de l'enquête au bureau de l'ombudsman, Mihaela Andronescu.
Voilà quelques semaines, le bureau de l'ombudsman parlait déjà d'une culture de la « confrontation et de la judiciarisation » à l'urbanisme dans son rapport annuel. Des mots durs que plusieurs élus ont vite contestés, prétextant que l'ombudsman faisait grand cas de quelques cas isolés.
Si l'affaire de la rue Le Marquis est une exception, elle risque de coûter cher. L'ombudsman vient de donner une solide cause à ce malheureux propriétaire pour poursuivre la Ville en justice. Le plus dommageable, c'est que cette affaire donne l'image d'une Ville qui cherche avant tout à se protéger quand elle flaire la judiciarisation d'un dossier. Alors que son rôle premier est plutôt de venir en aide au citoyen lésé.
Certains politiciens ont cassé du sucre sur le dos de l'ombudsman ces derniers temps. On lui a reproché d'outrepasser son rôle et de régler des problèmes au lieu de se limiter à faire des recommandations. Dans ce cas-ci, l'ombudsman a fait le boulot qu'on attend de lui. Il a protégé un citoyen aux prises avec une administration déconnectée. Un boulot essentiel que personne d'autre n'aurait pu faire à sa place.