Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Des fleurs, des bougies et des messages sont laissés à un mémorial de fortune, près du site où un homme conduisant une camionnette a volontairement happé et tué quatre membres d'une famille musulmane à London, en Ontario. 
Des fleurs, des bougies et des messages sont laissés à un mémorial de fortune, près du site où un homme conduisant une camionnette a volontairement happé et tué quatre membres d'une famille musulmane à London, en Ontario. 

Crime haineux à London: quatre humains morts pour rien

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / London, Ontario. Un gars de 20 ans fauche avec son camion cinq musulmans parce qu’ils sont musulmans. Un drame épouvantable, insensé. Je n’ose imaginer qu’une telle tragédie puisse arriver ici un jour, à Gatineau ou Ottawa.

Tu marches dans le quartier. Une petite promenade en famille, par un soir de canicule. Avec ta conjointe, tes deux enfants, sans oublier grand-maman. Tu t’arrêtes au coin d’une rue. Et quelqu’un, au volant de son gros camion noir te cible, toi entre tous, à cause de ta religion.

Et il passe sur toi sa folie meurtrière.

Un crime haineux, a dit la police. Un acte de terreur, ont renchéri des gens de la communauté musulmane.

Trois générations d’une même famille fauchée d’un coup, par une belle soirée de juin. Le camion allait tellement vite qu’une dame qui attendait au feu rouge, pas loin, a senti le déplacement d’air.

Il y avait un petit gars de 9 ans parmi les victimes. Le seul à avoir survécu. Neuf ans! Comment peut-on foncer froidement sur un petit gars de 9 ans?

Dominique Anglade, chef du parti libéral du Québec, a tweeté la réaction de sa cocotte, 9 ans elle aussi: «le plus dur pour lui, maman, c’est pas les blessures physiques, c’est les blessures au coeur.»

Cocotte a raison. C’est le coeur d’un pays qui est meurtri par ce drame. Un pays reconnu à travers le monde pour le respect de l’autre et de la diversité.

La pandémie nous a un peu fait oublier les tensions religieuses et ethniques au pays. Les voilà qui reviennent au galop, de la manière la plus brutale, la plus insensée, la plus barbare qui soit.

J’en entendais dire que la tragédie de London pourrait découler des effets néfastes de la pandémie sur les problèmes de santé mentale. Il se peut bien, oui, que cela soit l’oeuvre d’un fou. Mais comme le fait remarquer l’imam du Centre islamique de l’Outaouais, Ahmed Limame, c’est ce qu’on dit toujours quand des musulmans sont victimes d’un crime haineux perpétré par des «blancs». C’est l’oeuvre d’un fou, d’un loup solitaire.

Si l’inverse se produit, si un musulman s’en prend à des blancs, ça devient du terrorisme. Du deux poids, deux mesures, aux yeux de l’imam qui perçoit dans ce genre de tragédie l’influence d’un discours d’extrême-droite employé par des politiciens et des commentateurs en mal de popularité.

«On ne nie pas qu’il y ait des personnes folles dans ce pays. Mais le discours haineux est aussi une réalité. Et si on veut que ça cesse, il faut un refus total, une condamnation totale de ce genre de discours, et qu’on applique les lois contre le discours haineux au Canada», dit-il.

Même dans une région comme Ottawa-Gatineau, où l’économie est prospère, les emplois payants et le chômage rare, l’islamophobie, le racisme et la haine sont présents.

Il y a de la «transmission communautaire» pour reprendre une expression à la mode.

À preuve, Ottawa et Gatineau sont montés sur le podium peu enviable des villes canadiennes où le taux de crime haineux était le plus élevé en 2019, rapportait Le Droit l’an dernier.

Le virus nous a tenus éloignés les uns des autres depuis plus d’un an. Souhaitons qu’il ne nous replonge pas dans l’individualisme et le repli sur nous-mêmes.

***

«J’ai peur pour nos enfants, peur pour notre communauté, peur pour toute personne qui porte le hijab», disait lundi Saboor Khan, responsable de l’Association des musulmans de London et proche des victimes.

J’ai écrit à une amie musulmane, une ex-collègue qui m’a toujours ébloui par sa lumineuse intelligence. Je m’inquiétais pour elle: quelle tristesse, les musulmans vont craindre de se promener dans la rue, surtout les femmes.

Vous savez ce qu’elle m’a répondu?

Que des idiots, il y en aura toujours. Des deux côtés. Qu’il ne faut pas cesser d’être fiers de ce qu’on est, peu importe la couleur, le sexe, l’origine. Que derrière ce genre d’attaque insensée, il faut voir les humains meurtris, et pas seulement leur appartenance ethnique ou religieuse.

Au bout du compte, concluait-elle, quatre humains sont morts pour rien dans un pays en paix.