Le candidat à la mairie d'Ottawa, Clive Doucet

Clive Doucet, le candidat du peuple

CHRONIQUE / « On ne partage pas du tout la même vision de la ville, M. Watson et moi », insiste Clive Doucet entre deux bouchées de muffin.

Cette phrase, le candidat à la mairie d’Ottawa et ancien conseiller municipal Clive Doucet doit la répéter dix fois par jour. Il vient encore de le faire alors que nous sommes attablés dans un petit restaurant végane de la rue Bank, tout près de son local électoral.

Alors que les projets de construction en hauteur ont la cote sous le règne du maire sortant Jim Watson, Doucet se présente comme le candidat d’une ville bâtie à échelle humaine, où la qualité de vie et l’environnement priment sur les autres considérations.

Sur sa page Web, le politicien et écrivain de 72 ans soutient que l’élection municipale de lundi prochain ne porte pas tant sur le choix d’un maire que sur une vision de la capitale fédérale. Après huit ans au pouvoir, il estime que le maire sortant Jim Watson se tient trop près des promoteurs.

Des évictions de masse comme à Heron Gate ne se produiraient pas sous son administration, soutient-il. Ni ce projet de 65 étages que vient d’approuver le conseil municipal sur Albert. « Ce n’est pas tout de demander l’avis de la population. Encore faut-il en tenir compte ! », répète-t-il inlassablement.

Revêtu d’un survêtement jaune de cycliste et d’une casquette bleue, il s’est rendu en vélo à une entrevue matinale dans les studios de CBC, au centre-ville. L’animatrice du Ottawa Morning show ne le ménage pas. Elle le pousse à chiffrer ses engagements électoraux, que ce soit la construction de son train régional avec des ramifications jusqu’à Gatineau ou le retour à la collecte hebdomadaire des ordures durant l’été.

Clive Doucet, candidat à la mairie d’Ottawa, se veut être une option pour les citoyens d’Ottawa.

M. Doucet est à la peine. Candidat de dernière minute dans cette élection, il paraît souvent hésitant au moment de détailler ses engagements. L’entrevue du matin ne fait pas exception. Le candidat ressort du studio incertain de sa performance. « Elle a insisté sur tous les faux-pas de ma campagne ! », note-t-il, abasourdi.

Clive Doucet est le seul candidat avec une certaine expérience de la politique à se présenter contre le maire sortant Jim Watson. L’ancien conseiller du quartier Capitale a déposé son bulletin de candidature 90 minutes avant la fermeture du bureau d’élection — contre l’avis de ses proches.

« Ma famille me disait que ce serait trop dur, que c’était comme Mohammed Ali qui revient dans le ring alors que son heure de gloire est passée. » Mais lui refusait d’assister les bras croisés au couronnement de Jim Watson qu’il a affronté lors de la campagne à la mairie de 2010 (pour finir troisième derrière M. Watson et Larry O’Brien). « Je ne vois pas un avenir radieux avec Jim Watson. Depuis huit ans, la dette a doublé, il y a moins de logements abordables, moins de monde qui prend le transport en commun et plus de secrets que jamais à l’hôtel de ville », dit-il.

Au coin de Woodroofe et Baseline, Clive Doucet, sa conjointe Claire Johnson et deux partisanes agitent des pancartes à l’intention des centaines d’automobilistes qui se rendent au travail en cette heure matinale. Une séance de « sign waiving » destinée à faire connaître le candidat auprès du plus grand nombre d’électeurs possibles.

Les coups de klaxon sont rares dans ce quartier de l’ouest d’Ottawa où le candidat sait compter peu d’appuis. Mais les réflexions de Clive Doucet sont d’un autre ordre alors qu’il contemple les interminables files de voitures : « Dire que la moitié d’entre eux ne voteront pas ! Les gens ne se préoccupent plus de savoir qui les gouvernent. C’est triste ! »

Dans la voiture qui nous ramène au centre-ville, M. Doucet se dit convaincu d’avoir l’appui des francophones qu’il sent désabusés face au maire Watson. D’origine acadienne, Clive Doucet prône l’étapisme en matière de bilinguisme. Il faut d’abord encourager les anglophones à apprendre et parler le français avant d’instaurer le bilinguisme officiel. Une approche plus lente, mais plus rassembleuse, fait-il valoir.

Alors qu’il fait du porte-à-porte dans les petits commerces branchés de Westboro, il s’emporte contre les promoteurs qui présentent des projets plus hauts que le zonage permis. Et qui finissent par obtenir gain de cause, souvent au prix de la qualité de vie des résidents.

« Est-ce qu’on négocie la vitesse permise dans les rues avec les promoteurs ? Non. Ce devrait être la même chose pour le zonage. Les promoteurs demandent huit étages dans des zones où le maximum est quatre. Quand on leur accorde six étages, tout le monde a l’impression que c’est un bon compromis ! »

L’horaire de la journée est chamboulé par un appel au bureau électoral. Un entrepreneur est en train de couper des arbres centenaires dans un parc de la rue Hilda. À notre arrivée, le voisinage est rassemblé dans la rue. Plusieurs gros arbres ont été abattus. Des travaux justifiés, semble-t-il, par la présence de plomb dans le sol.

Un voisin, Jake Hanna, se plaint de ce que la ville soit arrivée sur place sans crier gare, sans consulter les citoyens. Tous les enfants du voisinage s’amusent dans ce petit parc qui est le poumon du quartier, explique-t-on à Clive Doucet. Il prend fait et cause pour les citoyens et promet de mieux planifier ce type de travaux s’il est élu.

Un peu en retrait, Claire Johnson observe son conjoint discuter avec les citoyens sans se soucier de la pluie qui mouille son survêtement jaune. « C’est vraiment ce genre de dossier qui allume Clive. Quand ça touche la qualité de vie des citoyens », note-t-elle.