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Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette

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CHRONIQUE / Voilà que la crise permanente du logement à Gatineau résonnera jusqu’à un comité de l’ONU sous la forme d’un rapport de mission de la Ligue des droits et libertés.

Rien de moins!

Un rapport qui conclut que le droit fondamental au logement est bafoué à Gatineau où sévit depuis vingt ans une crise du logement permanente, aggravée par la proximité d’Ottawa de même que par deux inondations et une tornade en 3 ans.

Ironique quand même que pour réveiller les décideurs d’ici, il faille interpeller les plus hautes instances de la planète en matière de droits économiques, sociaux et culturels…

Je dis les décideurs, mais je devrais dire les gens en général.

Avouez que le droit au logement, on le tient tous pour acquis du moment qu’on a un toit au-dessus de nos têtes. Si on a la chance d’avoir un bon salaire capable de couvrir l’hypothèque, on ne s’en fera jamais vraiment avec ça.

Même qu’on va se conforter dans l’idée que le droit au logement est largement acquis dans une société riche et prospère comme le Canada.

Si on voit apparaître un campement de fortune pour sans-abri près du Gîte Ami, on dira: c’est le fait d’une minorité, il y a des gens pour s’occuper d’eux…

Peut-être même qu’on ajoutera: qu’attend la police pour démanteler le campement? Ça fait malpropre, ça fait désordre…

On tolère mal que le spectacle de la misère nous rende coupables de notre bonne fortune. 

Alors on préfère fermer les yeux. Jusqu’à ce que la réalité nous rattrape et qu’un refuge parle de s’installer dans notre quartier.

Alors là, tout d’un coup, la crise du logement nous intéresse grandement! Hé, pas dans ma cour, le refuge!

À LIRE AUSSI: Crise du logement: le maire de Gatineau «partage les constats» du rapport de la LDL

> Logement: Gatineau vit une «situation d’urgence» et une «crise permanente»

>> Logement: un rapport qui a un «poids politique», selon François Roy

***

Le grand mérite de ce rapport de la Ligue des droits et libertés, c’est de nous remettre en pleine face une réalité qu’on refuse trop souvent de voir.

Dans le cas de Gatineau, on peut parler d’une crise permanente.

Les gouvernements ont beau investir des millions, c’est comme en santé, on a l’impression de ne jamais en voir le bout.

Les principales victimes de cette crise?

Les femmes, les familles nombreuses, souvent issues de l’immigration, et celles qui ont de la misère à joindre les deux bouts.

Dans leur cas, la violation du droit à un loyer décent se traduit par une cascade d’autres violations à leurs droits fondamentaux: sécurité, alimentation, santé, éducation…

Le rapport nous rappelle que pour une femme sans logis, trouver un toit, c’est parfois accepter de retourner vivre avec un conjoint violent ou qui exige des faveurs sexuelles.

Pour une famille d’immigrés noirs, c’est la quasi-certitude de se faire exiger un dossier de crédit ou des références qu’elle n’a pas. Ou de se faire revirer de bord par un propriétaire raciste: c’est déjà loué, meilleure chance la prochaine fois.

La solution?

À court terme, c’est plate, mais il faut continuer d’investir davantage dans le logement abordable et social. Même si ce n’est qu’un plaster sur le bobo.

À plus long terme, il faut viser une société plus juste, plus égalitaire. À la base, la crise du logement est aussi un problème de pauvreté. Les gouvernements doivent aussi intervenir davantage pour que le secteur immobilier ne soit pas dominé uniquement par la recherche du profit, et ménage une place aux moins nantis.

Nous avons aussi une responsabilité collective: s’ouvrir les yeux sur cette triste réalité. La crise du logement est le révélateur de nos pires inégalités sociales.