Les femmes ont le droit d'être seins nus en Ontario depuis 1996.

Cacher ou ne pas cacher ce sein

CHRONIQUE / Il y a de ces questions qu'on aimerait mieux ne pas avoir à se poser tellement on n'est pas prêts à y répondre. Celle-ci par exemple: êtes-vous pour ou contre la baignade seins nus au parc aquatique Calypso, à l'est d'Ottawa?
Pour l'homme d'affaires Louis Massicotte, qui a pris les rênes du groupe Calypso-Val-Cartier, la réponse est clairement non étant donné la vocation familiale du lieu d'amusement.
Grosso modo, il ne voit pas de problème à ce que des femmes se promènent seins nus dans un endroit où on est entre adultes. Mais avec des enfants, argue-t-il, ça peut être différent. Et sans doute que bien des gens seront d'accord avec lui sur ce point.
Le hic, c'est que les femmes ont le droit d'être seins nus en Ontario depuis 1996. Après s'être informée de la politique du parc Calypso, une cliente a donc porté plainte auprès du Tribunal des droits de la personne.
Et voilà relancée la vieille controverse sur les seins nus en public. Elle pourrait déborder de l'Ontario où la question est réglée depuis 20 ans et s'étendre au Québec.
On se demandera bientôt s'il est approprié que des femmes circulent les seins nus au Village Vacances Val-Cartier, au zoo de Granby ou à la Ronde !
Personnellement, ces débats sur l'éthique vestimentaire et la moralité des plages ont le don de m'agacer prodigieusement. Qu'on se baigne en monokini, en bikini, en burkini, en djellaba ou en combinaison spatiale, je m'en fiche. On finit par s'habituer à tout, et ce qui est acceptable ou non change avec chaque époque.
Je pense que nos enfants sauraient se remettre du traumatisme subi à la vue d'une femme aux seins nus qui les précède dans la file d'attente du Vertigo, du Zoomerang ou d'une autre glissade d'eau de Calypso.
Si leurs parents n'en font pas de cas, ils auront vite fait de passer à autre chose eux aussi.
Mais il faut bien admettre que la vue de seins nus en public ne passe pas aussi bien au Canada que dans certains pays d'Europe. Peut-être est-ce dû à notre vieux fond puritain.
Il n'est pas si étonnant que si peu de femmes se prévalent de leur droit de se dénuder la poitrine en public en Ontario même si elles en ont tout à fait le droit depuis 20 ans. Elles n'ont pas le goût de s'attirer des regards appuyés ou outrés, des sifflets, voire des insultes...
C'est dire comment les mentalités ont peu évolué depuis cette chaude journée de juillet 1991 alors qu'une jeune fille de 19 ans, Gwen Jacob, décidait de retirer son chandail pour se soulager de la canicule. En dévoilant ainsi ses seins à la vue de tous, elle avait causé une véritable commotion dans les rues de Guelph en Ontario.
Mais après avoir vu des hommes faire du sport le torse nu, il lui apparaissait inconvable que des hommes aient le droit de se dévêtir la poitrine, et pas elle. Accusée d'indécence, Mme Jacob avait porté sa cause jusqu'en cour d'appel de l'Ontario. En 1996, le tribunal a statué que son geste n'avait rien d'indécent, forçant ainsi le gouvernement de l'époque à modifier sa loi.
Il faut croire que Gwen Jacob était en avance sur son temps. Deux décennies plus tard, il n'est toujours pas considéré normal qu'une femme arbore des seins nus en public.
Alors qu'une série de plaintes semblent sur le point de forcer de nouveau le débat, il sera intéressant de voir si nous avons acquis la maturité nécessaire pour débattre de l'égalité homme-femme sans s'entredéchirer collectivement.