Le temps d’un week-end, des étudiants en médecine ont visité des attraits touristiques, de même que des groupes de médecine familiale et l’Unité de médecine familiale de Gatineau — un modèle unique qui fait parler de lui à l’extérieur de la région.

Avoir sa région à cœur

CHRONIQUE / Voilà une jeune étudiante en médecine déterminée à faire une différence en Outaouais.

Même si elle a dû s’exiler à l’Université de Montréal pour ses études en médecine, Sophie Hyland demeure profondément attachée à la région qui l’a vue naître et grandir.

Dans l’esprit de la Gatinoise de 29 ans, c’est clair qu’elle reviendra pratiquer la médecine de famille en Outaouais une fois qu’elle aura son diplôme en poche. « Ma famille, mes amis sont ici. J’ai travaillé ici, j’ai fait du bénévolat ici. J’ai mon réseau et j’aime ma communauté », lance-t-elle tout d’une traite.

La mauvaise presse autour du système de santé de l’Outaouais, Sophie Hyland en entend parler, comme tout le monde. Les urgences bondées, la population qui fume plus et fait plus d’embonpoint que la normale, la pénurie de médecins qui sévit plus durement qu’ailleurs…

Loin d’être un repoussoir, ce sombre portrait est plutôt une source de motivation supplémentaire pour Sophie Hyland.

Alors que bien des jeunes s’exilent pour leurs études avec la ferme intention de ne jamais revenir dans leur patelin, elle, c’est tout le contraire. Elle veut revenir à tout prix, pour faire une différence. Si une fille de la région n’est pas prête à le faire… qui le fera ?

« Je le prends un peu personnel quand je vois les chiffres sur l’Outaouais. Eille, c’est chez moi ! Je me dis : qu’est-ce que je peux faire pour changer cela ? Je veux contribuer à améliorer le portrait. Je vois des médecins aller pratiquer au Tiers Monde avec Médecins sans frontières. Moi, je me dis : pourquoi ne pas aider ceux qui m’ont aidé à l’époque et faire une différence dans ma communauté ? »

Mieux, Sophie Hyland tente de convaincre d’autres étudiants en médecine de la suivre en Outaouais. Elle a contribué à organiser deux opérations de « petite séduction » dans la région auprès de ses camarades de classe.

Le temps d’un week-end, des étudiants en médecine ont visité des attraits touristiques, de même que des groupes de médecine familiale et l’Unité de médecine familiale de Gatineau — un modèle unique qui fait parler de lui à l’extérieur de la région.

L’opération a porté des fruits. Sur les quelque 30 participants aux deux activités, plusieurs ont choisi de faire des stages dans le réseau de santé de l’Outaouais ou de postuler pour une résidence. Qui sait s’ils ne décideront pas de venir pratiquer pour de bon en Outaouais une fois leurs études terminées ?

« Ils ont aimé ce qu’ils ont vu, raconte Sophie Hyland. Ils en ont parlé à leurs amis. Ce sont de petits pas, mais à long terme, ça peut faire une différence. Cela contribue à mieux faire connaître la région. L’Outaouais est souvent la grande oubliée du Québec et elle passe un peu inaperçue à cause de la proximité d’Ottawa. »

Elle-même a prêché par l’exemple en faisant trois stages dans la région. Maintenant, elle espère de tout cœur faire sa résidence à Gatineau et attendait une réponse en ce sens au moment de notre entrevue.

Elle sait qu’une grande ville comme Montréal, avec ses hôpitaux menés par les spécialistes, n’est pas faite pour elle. Elle préfère de loin les petits centres comme Gatineau où elle espère pouvoir suivre ses patients de près, comme à la belle époque. Et même si le ministre de la Santé Gaétan Barrette met de la pression pour que les médecins voient plus de patients, plus vite, elle a bien l’intention de pratiquer la médecine à sa façon.

« C’est sûr qu’on va nous dire de voir plus de patients. Mais c’est notre devoir de médecin de prendre le temps qu’il faut avec les patients. Tant pis si ça veut dire qu’on va nous enlever une partie de notre salaire », glisse-t-elle.

Pas à dire, Sophie Hyland a la santé de sa région à cœur.

Voilà un discours rafraîchissant alors qu’on parle de l’importance de stimuler la fierté et le sentiment d’appartenance à la région de l’Outaouais.