Accepteriez-vous de travailler sans savoir à quelle heure vous allez finir ?

Avant de penser à un nouvel hôpital

CHRONIQUE / Je suis retombé sur un extrait du livre noir des urgences de l’Outaouais, lundi, alors que les infirmières faisaient la grève du temps supplémentaire obligatoire.

Une infirmière raconte avoir un jour refusé de rester pour un quart de travail supplémentaire, comme le lui demandait son supérieur. Complètement épuisée, elle se sentait inapte à travailler.

Le gestionnaire aurait alors insisté. « C’est mieux d’avoir une infirmière en temps supplémentaire obligatoire – même brûlée, même qui fait des erreurs – que pas d’infirmière pantoute. »

Cet extrait, qui date d’un peu plus d’un an, résume bien à mes yeux le dilemme de notre système de santé. Un système en pénurie de personnel, géré parfois à la petite semaine, qui se retrouve devant des choix déchirants.

Le gestionnaire n’a pas tort. À la place d’un patient confiné à son lit d’hôpital, j’aimerais mieux, moi aussi, avoir une infirmière au bout du rouleau à mon chevet que pas d’infirmière pantoute.

N’empêche…

C’est aberrant de forcer des infirmières à travailler des 16 heures en ligne, sans préavis. Surtout dans un domaine aussi délicat que la médecine. Des vies humaines sont en jeu. Même les camionneurs ont droit à un minimum de repos entre leurs quarts de travail.

Je comprends les infirmières de faire la grève du temps sup… Partir travailler, sans pouvoir dire à ta famille si tu seras absente 8 ou 16 heures d’affilée, c’est intenable à la longue. Comment peut-on imaginer mener une vie normale dans de telles conditions?

J’entendais un représentant syndical décrire la réalité de ces infirmières. Elles rentrent à minuit pour un premier quart de travail. Le matin venu, elles se font dire : on manque de monde. Peux-tu faire un autre 8 heures? Elles n’ont pas le choix de dire oui…

Elles reviennent à la maison vers 16 h. Juste à temps pour accueillir les enfants qui reviennent de l’école. Elles n’ont que quelques heures pour voir la famille, se restaurer, dormir un peu. Avant de recommencer leur quart de travail suivant à minuit.

C’est fou, complètement fou.

Le recours à du temps supplémentaire obligatoire se justifie lors d’une situation exceptionnelle et urgente. Mais si l’exception est devenue la norme, si vraiment les hôpitaux confectionnent des horaires en planifiant des quarts de travail avec du temps supplémentaire obligatoire, le Québec a un sérieux problème.

On va transformer les hôpitaux en milieux de travail toxiques. En nids à surmenage. Les infirmières qui ont témoigné dans le livre noir disaient toutes adorer leur métier. Mais la surcharge de travail, le manque de reconnaissance, la peur de commettre des erreurs étaient en train de tuer la flamme qui les habite.

La nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann, semble résolue à s’attaquer au problème. Elle promet d’investir 200 millions de plus dans l’embauche de personnel soignant. Le gouvernement caquiste veut instaurer des quotas de patients par infirmière. Un bon pas pour éviter les surcharges de travail. À condition qu’on trouve assez de personnel pour respecter les quotas.

En Outaouais, le recours abondant au temps supplémentaire obligatoire démontre, une nouvelle fois, l’absurdité d’une promesse caquiste : celle de construire un nouvel hôpital de 170 lits d’ici 2023 à Gatineau. Avant même de songer à bâtir un nouvel hôpital, la CAQ doit s’assurer d’avoir assez de personnel médical pour le faire fonctionner. Ce qui implique de garder attrayant le métier d’infirmière et de réduire les horaires de fou. Une grosse commande.