Les CHSLD de l’Outaouais ont échappé jusqu’ici à l’hécatombe de la COVID-19.
Les CHSLD de l’Outaouais ont échappé jusqu’ici à l’hécatombe de la COVID-19.

Attention à nos CHSLD

CHRONIQUE / Les CHSLD de l’Outaouais ont échappé jusqu’ici à l’hécatombe de la COVID-19. Il ne faudrait pas qu’une directive mal avisée de Québec vienne tout gâcher.

Le gouvernement Legault permet, depuis jeudi, à des proches aidants déjà connus par les directions des CHSLD d’aller prodiguer des soins à leur être cher. On parle de gens qui allaient régulièrement, avant la pandémie, nourrir leur vieux père ou laver leur vieille mère. Du bon monde, quoi!

Permettre le retour des proches aidants a un certain sens dans la région de Montréal. Dans les CHSLD où le virus s’est infiltré, le personnel débordé a besoin de renforts. On fait appel aux médecins spécialistes pour donner un coup de main. Pourquoi pas, à plus forte raison, aux proches aidants? On n’a rien à perdre. La COVID-19 est déjà dans la bergerie…

Mais dans la région de l’Outaouais, la situation est totalement différente. Jusqu’ici, on a réussi à éviter que le virus s’infiltre massivement dans les résidences pour personnes âgées. Pour l’instant, on ne signale que deux foyers d’éclosion. Un au CHSLD Lionel-Émond (2 cas), un autre au CHSLD de Saint-André-Avellin (9 cas). Bien qu’il ne faut jurer de rien avec la COVID-19, la situation semble sous contrôle. Et elle doit le rester.

Dans cette optique, des médecins de l’Outaouais qui travaillent en CHSLD s’opposent carrément au retour des proches aidants. Ils font valoir que le risque est trop grand. Que le jeu n’en vaut pas la chandelle. Non seulement la famille risque d’introduire le virus sans le savoir, elle mobilisera de trop rares équipements de protection. «En Outaouais, cette directive va à l’encontre de toute logique médicale», m’ont confié des médecins exaspérés, sous le couvert de l’anonymat.

Malgré les appels du pied des médecins, le CISSS de l’Outaouais semble vouloir appliquer à la lettre la directive de Québec. Une porte-parole, Patricia Rhéaume, assure qu’une série de conditions doivent être remplies avant d’admettre un proche aidant en CHSLD. Et que toutes les précautions seront prises pour s’assurer qu’il n’est pas contagieux. Au final, seul un petit nombre d’aidants rempliront les critères, précise-t-elle.


« Ne soyez pas mal à l’aise de rester à la maison. Dans les circonstances, ne pas visiter un proche en CHSLD, c’est bien souvent préserver sa santé. »
Marc Desjardins

N’empêche qu’il faut jouer d’extrême prudence, insiste Marc Desjardins, le directeur général de la Table de concertation des aînés et retraités de l’Outaouais. Lui-aussi trouve que d’appeler en renfort les proches aidants dans un CHSLD «rouge» a un certain sens. Mais en Outaouais? Où les CHSLD ont la situation sous contrôle? Où les bains sont donnés en temps, les repas servis à l’heure dite? Où le personnel, finalement, a le temps de soigner les résidents?

«Ce que je dirais aux proches aidants, c’est de ne pas se laisser guider par leur culpabilité, dit M. Desjardins. Beaucoup de gens qui s’occupaient de leur parents avant l’interdiction des visites se sentent obligés d’y retourner. Ne soyez pas mal à l’aise de rester à la maison. Dans les circonstances, ne pas visiter un proche en CHSLD, c’est bien souvent préserver sa santé.»

Souhaitons que le ministère de la Santé laisse au CISSS de l’Outaouais toute la latitude nécessaire pour gérer avec discernement le retour des proches aidants. Il faut être extrêmement prudent. Le coronavirus est pernicieux. «Quand on s’aperçoit que le virus est rentré dans un CHSLD, il est déjà trop tard, il contrôle tout», relate Marc Desjardins.

Oui, je sais.

C’est tellement contre-nature de dire à des proches: n’allez PAS soigner votre vieux père ou votre vieille mère au CHSLD.

Mais c’est ce qu’on fait depuis le début de cette crise. Aller contre la nature humaine qui nous porte à nous rapprocher quand ça va mal.

Sale époque.