Le maire Maxime Pedneaud-Jobin et la présidente de la STO Myriam Nadeau

Après le Rapibus, le Fiablibus

CHRONIQUE / Ceux qui ont trouvé que le Rapibus était cher, à 300 millions et des poussières, peuvent aller se rhabiller. À en croire l’annonce de mercredi, l’ouest de Gatineau aura son train léger en 2028, pour la bagatelle de 2,1 milliards. Pour desservir combien de monde encore ? Quelques dizaines de milliers d’usagers ?

La vérité, et ce n’est pas une mauvaise chose de le rappeler, c’est que Gatineau n’aurait pas les moyens de se payer un train léger sans l’apport des généreux programmes d’infrastructures fédéral-provincial. Sans cette manne inespérée, les Gatinois devraient probablement se contenter d’un service rapide par autobus pour relier Aylmer au centre-ville.

L’annonce d’un tracé pour le futur train léger de Gatineau, mercredi, était donc surtout un geste politique. Personne ne s’en cachait d’ailleurs. Le maire Maxime Pedneaud-Jobin était pressé de mettre un projet de train léger sur l’orbite politique à Québec et Ottawa. Surtout que des élections provinciales auront lieu cet automne, et des élections fédérales l’an prochain. C’est toujours un bon temps pour forcer les élus de toutes allégeances à prendre des engagements.

Maxime Pedneaud-Jobin voyait aussi ses homologues s’activer dans le reste du Québec. Le premier ministre Philippe Couillard s’est déjà compromis en faveur de gros projets de transport en commun à Québec, Montréal et Lévis. Le maire de Gatineau veut s’assurer d’avoir, lui aussi, sa part du gâteau. Surtout que l’entente Québec/Ottawa sur le nouveau programme d’infrastructure doit être signée la semaine prochaine.

Bref, le temps pressait de faire une sortie publique… et ça paraît.

Le projet de tracé rendu public mercredi est encore imparfait.

Essentiellement, le tracé reprend la proposition du député fédéral de Hull-Aylmer, Greg Fergus. On parle d’un train léger qui desservirait l’ouest de Gatineau sur deux axes : une ligne sur le boulevard du Plateau, une autre sur le boulevard Taché. Les coûts de 2,1 milliards ont été estimés sans faire une analyse détaillée. On s’est plutôt inspiré de projets ailleurs au Canada — notamment à Hamilton et Surrey — pour mettre un chiffre. À prendre avec des pincettes, donc. Ça pourrait coûter plus ou moins cher. Parions que ce sera plus.

Chose certaine, faire passer un train dans une ville comme Gatineau, qui n’a pas été conçue pour ça, coûtera une fortune. Il faudra déplacer des kilomètres et des kilomètres de conduites souterraines sur le tracé du futur train léger. Tout ça pour éviter qu’un bris d’aqueduc, survenu juste sous les rails, ne paralyse un jour tout le transport en commun.

Même incomplète, la proposition de Gatineau a ses mérites. D’abord, parce qu’elle prévoit un arrimage avec Ottawa. Le train léger de Gatineau traverserait la rivière par les ponts Alexandra et Prince-de-Galles. C’est un progrès par rapport à la dernière étude de la Société de transport de l’Outaouais qui « oubliait » de prévoir un lien entre les deux rives. Par contre, on prévoit arrimer le train léger gatinois avec Ottawa… mais pas avec le Rapibus. Cherchez l’erreur !

Est-ce que le train léger sera plus vite que le service d’autobus offert à l’heure actuelle ? Pour l’instant, personne n’a de réponse probante à fournir à cette question de base. Gatineau était tellement pressé de présenter un tracé qu’on n’a pas estimé les temps de déplacement du point A au point B.

En attendant, j’ai remarqué qu’on n’essaie pas de nous vendre le futur train léger gatinois pour sa plus grande rapidité, comme on l’avait fait pour le Rapibus. Cette fois-ci, l’argument massue, c’est la fiabilité du train léger. Plutôt qu’un train plus rapide, on vise un train qui part à l’heure et qui arrive à l’heure. Un Fiablibus plutôt qu’un Rapibus, quoi !