Émilie Salesse Gauthier, représentante régionale de l’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED)

Apprendre au rythme de l’enfant

CHRONIQUE / La beauté de l’école à la maison ? « Tu suis le rythme de ton enfant », répond Émilie Salesse-Gauthier, une mère de Gatineau qui n’a jamais envoyé ses quatre enfants à l’école.

Ses trois plus vieux sont d’âge scolaire. Ils seraient aujourd’hui en 1re, 2e et 3e année. La plus jeune serait en âge d’entrer à la maternelle.

« Avec elle, la plus jeune, on voit déjà de la matière de première année. Elle est rendue là. La beauté de l’école à la maison, c’est qu’on peut suivre le rythme de chaque enfant, mais aussi profiter de la fratrie. La plus jeune voulait suivre ses grands frères. Elle en voulait plus, on lui en a donné plus », raconte la mère.

Les Salesse-Gauthier habitent près d’une école primaire du secteur Aylmer. Quand ils entendent la cloche annoncer la rentrée des classes à 7h50, ils sont encore en train de déjeuner en famille. « Chez nous, on se réveille calmement le matin. Il n’y a pas de course pour préparer les lunchs. On commence l’école quand on est prêts. Généralement autour de 9 h », raconte-t-elle.

« Le midi aussi, on s’assoit pour manger tranquillement ensemble, poursuit-elle. J’ai fait beaucoup de suppléance dans les écoles. Et c’est une des choses qui me choquait beaucoup. La disparition des cafétérias. Les enfants qui mangent, vite fait, à leur pupitre. Avec l’école à la maison, on a un rythme de vie plus sain. On ne court pas après notre temps et après les enfants. Il y a moins de stress en général. »

L’école à la maison proprement dite commence vers 9 h. En principe, le parent-éducateur doit faire approuver son plan d’apprentissage par le ministère de l’Éducation. Le français, les mathématiques ainsi qu’une deuxième langue doivent être enseignés.

« Donc de 9 h à midi à peu près, on est assis dans notre salle de classe qui est aussi la salle de jeu. Chaque enfant a son programme hebdomadaire à faire. Ils ont la liberté de choisir par quoi commencer. Moi, je suis là en soutien », explique Émilie Salesse-Gauthier.

L’école à la maison est pratique pour les enfants qui ont la bougeotte. « J’ai un petit garçon qui a besoin de bouger. Il saute, il se déplace… Il peut donner l’impression de ne pas être attentif. Au début, je lui disais de s’asseoir tranquille, de m’écouter… Mais je me suis rendu compte que lorsque je lui posais une question pour valider, il avait toujours la réponse. Donc il suit ! Dans le système actuel, je ne suis pas sûr qu’il trouverait sa place. Alors qu’il a cette liberté-là chez nous. »

Et l’après-midi ?

« On est plus à l’extérieur, continue Émilie. Deux fois par semaine, on a aussi des groupes d’études. On se rencontre dans un local loué, plusieurs familles ensemble, et on partage des enseignements. C’est bon pour la socialisation des enfants. Les miens, c’est de loin la journée qu’ils préfèrent ! »

Environ 5000 enfants seraient scolarisés à la maison au Québec. L’Outaouais compterait entre 100 et 200 familles où l’enseignement se fait à domicile, estime Émilie Salesse-Gauthier qui est représentante régionale de l’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED).

Depuis quelques semaines, l’AQED multiplie les manifestations. Québec veut serrer la vis aux parents qui donnent l’école à la maison. Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, affirme viser surtout les écoles religieuses et les enfants sans papiers. Mais les changements toucheraient aussi les enfants scolarisés à la maison. L’AQED en a surtout contre l’obligation de faire passer les examens ministériels et de suivre le programme québécois des apprentissages. « Deux mesures qui viendraient complètement dénaturer notre approche », s’insurge Émilie Salesse-Gauthier.

Les parents éducateurs ne s’opposent pas au programme québécois.

Ils veulent juste pouvoir l’aborder à leur rythme, en suivant les intérêts et les besoins de leurs enfants. L’obligation de passer les examens du ministère n’a aucun sens pour eux.

« Nous y allons beaucoup avec les apprentissages naturels, reprend Émilie Salesse-Gauthier. On calcule en allant à l’épicerie. On divise en tranchant le pain. Dans le système scolaire, on prépare les enfants des semaines à l’avance à passer l’examen ministériel. Nous, ce n’est pas le genre de choses qu’on veut faire avec nos enfants. Ça ne cadre pas avec notre approche alternative. »