Depuis que les encombrants ont cessé d’être ramassés de façon régulière à la mi-juillet, le nombre de plaintes pour des dépotoirs illégaux sur le territoire est en hausse.

À en décourager le bon citoyen

CHRONIQUE / Quelque chose cloche avec la nouvelle collecte des encombrants à Gatineau. Si des citoyens responsables peinent à se départir d’un simple matelas ou d’un vieux canapé, il y a un problème.

Parlez en Charles Vinet, propriétaire d’une maison en rangée dans le secteur d’Aylmer. Samedi dernier, il a entrepris de se défaire d’un lit. C’est qu’il doit faire de la place dans son logement. Sa copine emménage avec lui le mois prochain.

Voilà donc M. Vinet qui charge sa petite remorque avec le matelas, le sommier, le support à matelas ainsi que la tête de lit. Il se rend jusqu’à la Saint-Vincent-de-Paul. L’organisme de charité prend tout — sauf le matelas qui est cerné et donc irrécupérable.

Qu’à cela ne tienne, M. Vinet se dirige au centre de transbordement municipal du boulevard de la Carrière pour se départir de son vieux matelas de manière écologique. Pas question de le jeter dans un champ ou près d’une boîte de dons comme le font ces jours-ci des citoyens peu scrupuleux.

Au centre de transbordement, surprise. Un employé lui explique sèchement qu’il lui en coûtera 50 $, soit le tarif minimum, pour se départir de son matelas.

Cinquante piastres ?

C’est pas un peu cher pour se départir d’un matelas que j’ai pris la peine de vous amener jusqu’ici avec ma remorque ?, demande M. Vinet.

Le préposé est catégorique. Il explique à M. Vinet que l’autre option qui s’offre à lui, c’est d’attendre la prochaine collecte des encombrants sur sa rue pour se départir sans frais de son matelas.

Or cette collecte, qui passait aux deux semaines, a été réduite à 4 fois par année depuis le 15 juillet.

C’est donc dire que M. Vinet devrait attendre jusqu’en octobre pour se débarrasser sans frais de son vieux matelas. En octobre ? Alors que sa blonde emménage en août et qu’il n’y a pas d’espace de rangement chez lui ? Vous n’y pensez pas ! a lancé M. Vinet au préposé.

Mais il a eu beau plaider sa cause, l’employé était décidé à appliquer le règlement à la lettre. À la fin, M. Vinet a ravalé sa frustration. Il a sorti son 50 $ et il est parti.

« Deux jours se sont écoulés depuis cette expérience des plus désagréables. J’en suis toujours ulcéré et je peine à décolérer, moi qui recycle, qui composte, et qui gère mes déchets de façon responsable », raconte-t-il.

Compte tenu de tout le trouble qu’il s’est donné, M. Vinet trouve que le tarif est abusif et qu’on aurait pu faire preuve d’un minimum de souplesse à son égard.

« Bien des gens auraient simplement quitté le centre de transbordement sans décharger le matelas. Ils seraient allés le décharger à côté d’une boîte de dons, à côté d’une poubelle municipale, sur le bord de la rue Lamoureux à Deschênes ou encore sur le bord d’un chemin de campagne au nord d’Aylmer », note-t-il.

Là-dessus, difficile de le contredire.

Depuis que les encombrants ont cessé d’être ramassés de façon régulière à la mi-juillet, le nombre de plaintes pour des dépotoirs illégaux sur le territoire est en hausse, rapportait plus tôt cette semaine Radio-Canada.

Plutôt que de payer, des gens préfèrent se délester de leurs vieilles affaires dans la nature. Un comportement prévisible, même si la Ville de Gatineau affirmait que ça n’arriverait pas au moment d’annoncer les changements.

Chose certaine, la Ville de Gatineau y est allée raide en passant subitement d’une collecte des encombrants aux deux semaines à une collecte tous les trois mois.

On semble avoir oublié que ce n’est pas tout le monde qui dispose d’une remorque ou d’un camion pour transporter ses vieux meubles jusqu’au centre de transbordement.

Si Gatineau fait des économies sur le contrat de collecte, mais qu’elle les réinvestit dans le nettoyage des dépotoirs à ciel ouvert, elle ne sera guère avancée !

Les choses se replaceront peut-être avec le temps. Pendant la transition, qu’on fasse donc preuve de souplesse avec les citoyens qui collaborent comme M. Vinet.

Mon collègue Daniel Leblanc a découvert que des villes québécoises acceptent gratuitement les vieux matelas. Peut-être est-ce une voie à explorer à Gatineau ?