Les coûts des travaux d’asphaltage du boulevard Saint-Joseph à Gatineau ont augmenté.

18 millions sous le tapis

CHRONIQUE / Une chance que des journalistes ont l’œil ouvert.

Sinon, cette nouvelle, pourtant loin d’être anodine, serait passée totalement inaperçue.

Je parle de cet emprunt de 18 millions que prévoit faire la Ville de Gatineau, dont 16 millions serviront à financer des travaux d’asphaltage sur le boulevard Saint-Joseph.

C’est qu’il a fallu revoir les plans de réaménagement de cette artère après les récentes consultations publiques. L’ajout d’un lien cyclable, de même que l’enfouissement des fils, ont fait augmenter la facture des travaux.

Bref, ça coûtera plus cher et la ville se devait de trouver l’argent manquant.

Le conseil municipal aurait pu retarder d’autres travaux pour donner la priorité à Saint-Joseph. Pourquoi pas ? C’est l’un des boulevards les plus importants de la ville. Mais il aurait fallu « prioriser » et donc remettre à plus tard d’autres travaux ailleurs sur le territoire. Il y aurait inévitablement eu du « tirage de couverte » entre conseillers municipaux. Trop compliqué !

S’ils l’avaient voulu, les élus auraient pu augmenter les taxes, voire instaurer une taxe spéciale pour financer le réaménagement de Saint-Joseph. Une décision qui aurait été, on le devine, très impopulaire. Trop risqué !

Les élus ont choisi la solution la plus facile : emprunter de l’argent à la banque, même si ça déroge à leurs propres règles en matière de gestion de la dette publique.

En soi, ce n’est pas le scandale du siècle. S’il y a une ville qui a de la marge de manœuvre sur sa dette au Québec, c’est bien Gatineau ! Le service de la dette ne représente que 10,5 % du budget (contre 16,7 % à Québec, par exemple).

Il reste que ce recours à l’emprunt pour financer des travaux sur Saint-Joseph demeure inusité. D’habitude, quand Gatineau emprunte, c’est pour profiter au maximum de généreux programmes gouvernementaux d’infrastructures.

Et c’est normal. Il est toujours plus avantageux pour Gatineau de s’endetter quand Québec et Ottawa acceptent de partager la facture des travaux d’infrastructures. Le contribuable en a plus pour son argent.

Or dans le cas de l’emprunt pour le boulevard Saint-Joseph, il n’y a aucun programme gouvernemental à l’horizon.

Gatineau emprunte 18 millions parce que... ses plans d’investissements coûtent plus cher que prévu. Point à la ligne.

D’ailleurs, on ne sait pas trop pourquoi les coûts ont tant augmenté sur Saint-Joseph. Les explications données mercredi étaient tout sauf limpides.

Je le dis encore une fois : cet emprunt n’est pas un scandale. Tout ici est dans la manière de présenter cette information à la population.

Le conseil municipal a discuté de tout cela à huis clos. Si ce n’était de la vigilance de certains journalistes, cet emprunt serait passé sous le radar. C’est ça qui me dérange.

Cette façon de glisser sous le tapis une décision hautement inhabituelle.

Dans la vie d’une ville, un emprunt de 18 millions, qui déroge à la politique de la gestion de la dette, ce n’est pas un événement anodin.

C’est peut-être une bonne décision. Mais il y a une obligation morale pour les élus de l’expliquer. Dans une optique de transparence, ça exige une discussion en public.

Dans ce cas-ci, tous les élus ont voté pour l’emprunt lors de la séance publique de mardi soir… et on est vite passé à la résolution suivante. Sans aucun débat.

C’est quand même ahurissant quand on y pense.

Ce conseil municipal a démontré par le passé qu’il pouvait discuter longuement, en public, d’un programme de réduction des couches jetables qui a peu d’impact sur le budget.

Alors que sur un emprunt quand même appréciable de 18 millions, les élus préfèrent débattre entre eux, à huis clos.

Cherchez l’erreur !