Patrick Duquette

J’ai cru au canular

CHRONIQUE / Mais bien sûr que j’ai cru à l’histoire de cette Torontoise de 11 ans. C’est ce qu’on nous dit de faire sur toutes les tribunes, ces jours-ci. De croire les victimes lorsqu’elles dénoncent leur agresseur.

La jeune écolière prétendait qu’un inconnu avait découpé son hijab avec des ciseaux alors qu’elle était sur le chemin de l’école. Il l’a même attaquée à deux reprises, a-t-elle raconté avec aplomb lors d’une conférence de presse convoquée à son école de Scarborough, quelques heures après la présumée agression. La jeune fille a même ajouté ce détail terrifiant à son récit : l’homme a souri avant de s’enfuir.

J’ai cru à son histoire, comme j’ai cru aux larmes de sa mère éplorée alors qu’elle pleurait à ses côtés sur les images à la télévision. J’ai pensé à mes propres enfants. À ma réaction s’ils étaient attaqués sur le chemin de l’école. Je serais horrifié. Et pourquoi n’aurais-je pas cru à son histoire ? Tout avait l’air si véridique. La présence d’une policière de Toronto à la conférence de presse ajoutait un vernis de crédibilité à toute l’histoire. 

J’y ai cru, comme les premiers ministres Justin Trudeau et Kathleen Wynne qui se sont empressés de dénoncer un geste lâche et incompatible avec les « valeurs canadiennes ». « Aucun enfant ne devrait craindre de se faire attaquer sur le chemin de l’école en raison de ce qu’il est », a renchéri le maire de Toronto, John Tory. Leur intervention a vite donné un retentissement national à toute l’affaire, qui a fait les bulletins de nouvelles d’un bout à l’autre du pays.

Or voilà, c’était un canular.

Il n’y a pas eu d’agression, pas de crime haineux.

Pas d’Asiatique âgé dans la vingtaine, avec des lunettes et une fine moustache. Pas d’attaque par-derrière pour découper un hijab. That « did not happen », a fait savoir lundi matin la police de Toronto dans un laconique communiqué. Pour la police, l’enquête est close. On ne déposera pas d’accusations contre la jeune fille.

Alors c’est tout ? On ne saura pas la fin de l’histoire ? 

Pourquoi la jeune fille a-t-elle menti ? Voulait-elle cacher quelque chose ? A-t-elle été manipulée par des adultes autour d’elle ? Si on en reste là, la porte est grande ouverte à toutes les théories du complot. L’affaire est peut-être classée aux yeux de la police de Toronto. Mais la famille doit, si ce n’est des excuses, au moins des explications à tous ceux qui ont sympathisé avec la jeune fille vendredi dernier.

Toute cette histoire a de quoi faire réfléchir à plus d’un titre. Justin Trudeau, Kathleen Wynne, le maire de Toronto ont dénoncé un geste avant même que l’enquête policière soit conclue. Aujourd’hui, ils ont l’air d’avoir réagi trop vite. Qu’est-ce que ça dit sur notre société ? Qu’à l’ère des médias sociaux, la pression est forte sur les politiciens pour commenter vite, alors que la nouvelle est encore brûlante d’actualité. Surtout quand le sujet est chaud et qu’il s’accorde avec notre discours politique.

Depuis l’affaire Weinstein, nous sommes plus que jamais à l’heure des dénonciations. Sur toutes les tribunes, on nous dit de croire les victimes sur parole. Et il faut continuer de le faire. Les statistiques prouvent que, la majorité du temps, les victimes disent la vérité. Mais c’est inévitable, une fois de temps en temps, un gros mensonge va nous péter en pleine face. Le plus triste, c’est qu’il vient semer le doute sur un prochain témoignage qui, lui, a toutes les chances d’être véridique.

Patrick Duquette

Comprendre d’où l’on vient

CHRONIQUE / Il était temps !

L’histoire locale et régionale sera bientôt enseignée dans plusieurs écoles primaires et secondaires de l’Outaouais, nous apprend mon collègue Mathieu Bélanger.

Deux commissions scolaires, des Draveurs et des Portages de l’Outaouais, fourniront du matériel pédagogique aux profs pour qu’ils puissent enseigner notre passé à leurs élèves.

Je n’y vois que du bon, surtout dans une région comme la nôtre qui se cherche depuis longtemps une identité propre.

Or une identité, ça ne s’invente pas du jour au lendemain. Il faut que ça s’incarne dans quelque chose. Dans l’histoire entre autres. Dans les grands accomplissements du passé. Dans les grandes tragédies aussi. Tout ce qu’on apprendra à nos enfants sur l’histoire locale les aidera non seulement à développer leur sentiment d’appartenance envers la région, mais aussi à mieux comprendre ce qui s’y passe aujourd’hui.

On pourra leur parler de la glorieuse et dangereuse époque de la drave, de Jos Montferrand et de ses affrontements épiques avec les Irlandais, du grand feu de Hull, des expropriations du Vieux-Hull, des allumettières…

L’initiative est d’autant plus intéressante que l’histoire de l’Outaouais a des caractéristiques uniques. Elle est le berceau de l’industrie du bois au Canada. C’est du Pontiac que venaient les grands pins blancs servant à fabriquer les mats des navires britanniques.

J’espère qu’on en profitera aussi pour parler du passé autochtone et du fait qu’une bonne partie des terres de la région sont en territoire algonquin non cédés. 

En fait, il faudrait enseigner l’histoire locale non seulement aux enfants, mais aussi à leurs parents. Par bonheur, il semble y avoir un mouvement en ce sens ces dernières années. Qu’on pense au projet de musée régional, aux Chemins d’eaux, au sentier culturel ou à la mise en valeur des chutes Chaudières.

Comme beaucoup d’habitants de le région, je ne suis pas originaire de l’Outaouais. Je m’y suis établi pour des raisons professionnelles. Il m’a fallu du temps avant de ressentir un véritable sentiment d’appartenance envers ma région d’adoption. Pourquoi ?

Il y a plusieurs raisons. Mais l’une d’elles, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de repères historiques qui permettent aux nouveaux-venus de s’identifier à l’Outaouais. Des quartiers entiers ont disparu au siècle dernier. Que ce soit en raison d’incendies, d’expropriations ou au nom du développement économique. Peut-être aussi à cause d’un certain je-m’en-foutisme à l’endroit patrimoine.

Encore aujourd’hui, je m’étonne chaque fois que je passe devant le cimetière St. James. C’est là, en bordure du boulevard Taché, qu’est enterré Philemon Wright, le fondateur de Hull. Pourtant, il n’y a pas un panneau, pas une mention, pas le moindre effort pour mettre sa présence en valeur. C’est fou, non ?

L’été dernier, je marchais le long de la rivière des Outaouais, dans le secteur Hull, avec Michel Prévost, le président de la Société d’histoire de l’Outaouais. Il voulait me montrer les nombreuses plaques historiques volées dans le secteur. Il s’indignait, avec raison, de ce que la plupart n’étaient pas remplacées. 

À mi-parcours, M. Prévost s’était soudainement arrêté au milieu d’une sente étroite longeant la rivière. Nous étions sur un vieux sentier de portage, le même qu’empruntaient les grands explorateurs du début de la colonie. « Réalises-tu, me dit-il d’un ton grave, que Samuel de Champlain a marché sur ce sentier ? Qu’il a foulé l’endroit précis où tu te trouves présentement ? »

Non, je ne le réalisais pas. Et je ne suis certainement pas le seul.

En Outaouais, on dirait que ce sont toujours les mêmes irréductibles qui montent aux barricades quand une maison centenaire est en péril ou qu’un projet immobilier menace un quartier historique.

Les seuls à pouvoir nous donner une perspective historique sur des décisions qu’on prend aujourd’hui.

En enseignant l’histoire régionale dans nos écoles, on peut espérer que d’autres viendront grossir leurs rangs. 

Après tout, il est toujours plus facile de décider où l’on va quand on sait d’où l’on vient.

Patrick Duquette

Une approche clémente du pot

CHRONIQUE / J’ai l’impression que le débat sur la marijuana va se polariser de plus en plus à mesure qu’on s’approche de la date d’entrée en vigueur de la légalisation au Canada.

Voilà déjà que le maire de Saint-Jérôme s’énerve et souhaite interdire la consommation de cannabis dans les lieux publics.

S’il n’en tenait qu’à lui, on irait plus loin que les interdictions en vigueur pour le tabac.

On n’aurait pas le droit de fumer du pot dans les festivals, pas le droit d’en fumer dans la rue. Tout ça sous prétexte que l’on connaît mal les effets de la fumée secondaire de la marijuana.

« Autoriser immédiatement le cannabis dans les espaces publics, ce serait une erreur majeure », insiste le maire Stéphane Maher.

Alors qu’on s’approche de la date fatidique, il va s’en trouver beaucoup pour « redémoniser » le pot, me faisait remarquer Yves Séguin, directeur du Centre d’intervention et de prévention en toxicomanie de Gatineau.

Des gens vont insister sur les préjugés et les craintes liés à la drogue. Au point de faire oublier les raisons qui ont mené à la légalisation du pot. Notamment que la prohibition, en plus d’être inefficace, cause beaucoup de dommages.

Après tout, les gens qui consomment aujourd’hui du pot de manière responsable, sans en abuser, doivent se cacher pour s’approvisionner au marché noir. Et ils ne sont jamais sûrs de la qualité et de la composition du produit qu’ils achètent.

Quant à ceux dont la consommation est problématique, ils se retrouvent avec des casiers judiciaires. Alors qu’au fond, ils ont souvent davantage besoin d’aide que d’un séjour en prison.

Rappelez-vous ce juge de la Cour du Québec, à Gatineau, qui s’était fait solidement taper sur les doigts, en 2015, après avoir dénoncé sur le banc les lois « désuètes et ridicules » sur la marijuana au Canada. Ce jour-là, ces lois l’obligeaient à condamner un homme malade pour possession illégale d’une certaine quantité de marijuana.

« On est dans une société où on accuse les gens de possession et consommation de marijuana alors que plus de la moitié de la population en a déjà consommé », s’était emporté le juge Pierre Chevalier.

« Ce sont des lois qui sont désuètes et ridicules, avait-il ajouté. On est en présence de lois où il faudrait que plus de la moitié de la population ait un dossier criminel au Canada… Alors je pense qu’il est temps qu’on regarde de façon beaucoup plus clémente les choses qui se passent. »

C’est en plein ce qu’on est sur le point de faire aujourd’hui : regarder de façon plus clémente ce qui se passe. Trop vite au goût de certains, mais ça, c’est une autre histoire !

J’en entendais s’inquiéter de l’exemple qu’on donnera aux enfants avec la légalisation de la marijuana. Pauvres petits, qui verront des adultes s’allumer des pétards en toute impunité dans l’espace public.

Mais en quoi ce sera différent de la bière ou du vin ?

Quand on s’ouvre une petite frette devant les enfants, par une belle soirée de canicule, on a le choix. On peut montrer à nos enfants l’exemple d’un adulte qui boit comme un trou. Ou on peut leur enseigner que la modération a bien meilleur goût.

Quant à la marijuana dans les festivals, il y a moyen de prévoir des espaces où la fumée secondaire n’incommodera pas les non-fumeurs.

À partir du moment où, comme société, on décide de légaliser le pot, allons-y.

Si toutes les villes se mettent à interdire par la porte d’en arrière ce qu’on s’apprête à autoriser par la porte d’en avant, on n’en sortira pas.

Si mes enfants sont pour consommer de la marijuana un jour, ce n’est pas leur vieux père qui les en empêchera. J’aime autant qu’ils s’approvisionnent de manière légale, avec un produit supervisé, et dans un environnement où ils ne seront pas obligés de se cacher s’ils ont besoin de soutien.

Patrick Duquette

Déneiger les pistes cyclables ou pas ?

CHRONIQUE / J’avais affaire au centre-ville d’Ottawa lundi après-midi. Vous vous rappelez ? Il neigeait à plein ciel. De gros flocons lourds qui recouvraient la chaussée et les trottoirs. La circulation était difficile, les voitures patinaient avant de repartir aux intersections…

Pourtant, sur la rue Laurier, la piste cyclable était déneigée. Et quand je dis déneigée, ce n’est pas des farces, elle était mieux déneigée que le trottoir juste à côté ! En l’espace de trois heures, j’ai vu la chenillette de la ville repasser au moins deux fois sur la piste cyclable pour la gratter jusqu’à l’asphalte. Un travail impeccable.

Et pourtant… pas un cycliste à l’horizon. 

En fait, ce sont les piétons qui empruntaient en grand nombre la piste cyclable, mieux déneigée que leur trottoir ! Tout ça pour dire qu’une ville aura beau déneiger ses pistes cyclables, il y a des jours où ça ne convaincra personne de se rendre au boulot en vélo. On reste un pays d’hiver, avec de la neige, des froids sibériens et du verglas. Bref, avec un climat qui ne se prête pas toujours à la pratique du vélo, à moins d’être un peu casse-cou.

C’est sans compter les distances à parcourir. Contrairement au pays d’Europe où les centres-villes sont plus concentrés, les villes nord-américaines sont conçues pour l’automobile. Les parcours entre le boulot, la maison, le centre commercial et la garderie des enfants sont plus grands et ils ne sont pas nécessairement desservis par une belle piste cyclable. Un autre facteur qui complique les efforts pour augmenter la part modale du vélo.

*****

Quand j’entends le conseiller Daniel Champagne, grand amateur de vélo devant l’Éternel, insister depuis trois ans pour qu’on déneige les pistes cyclables de Gatineau durant l’hiver, je le comprends.

Si Gatineau est sérieuse dans son projet de devenir une ville de vélo, elle devra bien favoriser le cyclisme d’hiver un jour ou l’autre.

Il est donc à peu près temps qu’on tente le coup du déneigement hivernal des pistes cyclables, du moins sous la forme  d’un modeste projet-pilote comme on envisage de le faire au centre-ville, l’hiver prochain.

On verra à tout le moins combien ça coûte et si le retour sur l’investissement en vaut la peine. 

En même temps, je comprends les réticences de l’administration gatinoise qu’on ne sent pas très entichée à l’idée de M. Champagne. 

Faut dire que les employés municipaux en ont déjà plein les bras avec le déblaiement des rues et des trottoirs. Tout ça dans un contexte où le moindre pépin dans les opérations de déneigement provoque une avalanche de plaintes au service 311…

C’est sans compter qu’avant de déneiger des pistes cyclables, il y aurait des protocoles d’entente à signer avec la Société de transport de l’Outaouais pour la piste qui longe le Rapibus, et avec la CCN pour ce qui est du sentier des Voyageurs.

Il faudrait s’entendre sur qui déneige quelle piste, sur qui paye les coûts d’entretien, sur qui paye pour les dommages infligés par les déneigeurs aux propriétés qui bordent les sentiers. C’est sans compter toutes les questions d’assurances. Si un cycliste se casse la margoulette sur une piste mal déneigée, et qu’il intente une poursuite contre les autorités, qui paiera pour les dédommagements ?

L’affaire est plus compliquée qu’il n’y paraît.

En outre, même si Gatineau a investi beaucoup ces dernières années pour compléter les tronçons manquants de son réseau cyclable, beaucoup de cyclistes ont encore l’impression que pédaler jusqu’au boulot demeure une aventure périlleuse. 

Dans ce contexte, on peut se demander s’il vaut la peine de consacrer des efforts au déneigement hivernal des pistes cyclables, alors qu’il reste tant à accomplir pour promouvoir les déplacements en vélo… durant l’été.

Patrick Duquette

Changer les habitudes

CHRONIQUE / Voilà des années que je traîne mes sacs réutilisables à l’épicerie. C’est devenu une habitude.

Pour qu’un sac de coton soit plus écologique qu’un sac en plastique, il faut l’utiliser au moins 173 fois, selon certaines statistiques. Je passe le test: certains de mes sacs sont tellement usés qu’ils ont commencé à se décomposer…

J’ai l’air d’un militant écolo? Pas vraiment. Mon choix d’utiliser des sacs réutilisables a si peu à voir avec des considérations environnementales. Je les trouve simplement plus pratiques que les sacs en plastique. Plus solides aussi. 

Accessoirement, oui, j’ai l’impression de faire ma petite part pour l’environnement. Quand je vois un sac en plastique qui ballotte au vent ou qui flotte sur un océan lointain, je me dis: au moins, ce n’est pas mon sac qui finira dans l’estomac d’une baleine.

Bref, je n’ai pas eu de misère à effectuer la transition, il y a quelques années, quand les épiceries se sont mises à facturer cinq sous le sac en plastique. Pas eu de problème non plus quand la Société des alcools du Québec les a bannis de ses succursales en 2009. Je me suis acheté une dizaine de sacs réutilisables, et voilà tout.

J’avais l’impression que la grande majorité des gens s’étaient aussi convertis. En entendant que Gatineau songeait à imiter Montréal et à interdire les sacs de plastique, ma première réaction a été: mais pourquoi? Pourquoi sortir le bâton quand la sensibilisation a si bien fait le travail?

Parce que, justement, la sensibilisation n’a pas si bien fait le travail. 

Jeudi, je suis arrêté à l’épicerie IGA de mon quartier. J’ai intercepté le gérant: « Dites-moi, monsieur, quelle proportion de vos clients utilisent des sacs réutilisables?»

Il a réfléchi un moment. «Je dirais… 50%? » Je me suis étonné: « Seulement la moitié?» Un emballeur qui passait par là a renchéri: «Et encore, 50%, c’est généreux. Moi je dirais moins que la moitié.»

« En tout cas, a calculé le gérant, des sacs en plastique, j’en passe encore 15 000 par semaine. C’est quand même un nombre considérable… »

En effet. Surtout quand on sait qu’un sac de plastique mettra des siècles à se décomposer dans un site d’enfouissement. Dans un centre de tri, c’est à peine mieux. Ils se coincent dans la machinerie, le prix de revente est très bas… Pas étonnant que de grandes quantités de nos sacs en plastique soient envoyées à l’étranger. Pas assez payant !

Au Provigo du quartier voisin, on fait la même évaluation: la moitié des clients réclament encore des sacs en plastique. L’assistante-gérante a sa petite théorie: «Ils ont manqué leur coup, il y a quelques années, en facturant les clients pour les sacs en plastique. C’est à ce moment-là qu’il aurait fallu les interdire. Les gens auraient suivi sans rechigner…»

Le monsieur à la caisse a mis son grain de sel: «Je suis Européen et, là-bas, les magasins n’ont pas de sacs en plastique. Si tu oublies tes sacs dans ta voiture, tu ressors, tu vas les chercher. Pas le choix ! Alors qu’ici, tu les oublies dans le coffre, tu dis à l’emballeur: donne-moi des sacs en plastique. À cinq sous du sac, ça ne vaut pas la peine de retourner à la voiture…»

Peut-être que la conseillère Maude Marquis-Bissonnette a raison et que Gatineau doit interdire les sacs de plastique. «C’est un pollueur sur lequel on peut agir assez rapidement et assez facilement, tout cela dans l’optique de devenir une ville plus verte», a-t-elle déclaré à Radio-Canada. Benoît Delage du Conseil régional de l’environnement (CREDDO) est du même avis: «On est rendus là comme société.»

À moins que la solution soit de facturer plus cher? 

Si on demandait 25 sous du sac de plastique à l’épicerie, ça reviendrait à 2,50 $ par semaine, à 130 $ par année… Ça commencerait à faire pas mal d’argent. Assez pour que bien des gens changent leurs habitudes!

Patrick Duquette

Quelques prédictions pour 2018

CHRONIQUE / En cette année qui s’achève, je vous offre quelques-unes de mes modestes prédictions pour l’année 2018. À discuter en terminant vos restes de dinde…

Les amateurs de politique en seront ravis. Les autres un peu moins. Toujours est-il qu’il y aura des élections provinciales au Québec l’automne prochain.

Quels seront les principaux enjeux de cette campagne en Outaouais ?

La santé, comme toujours, figurera en tête de liste. C’est inévitable avec ces nombreux rapports accablants du coroner sur les décès « évitables » dans les hôpitaux. Les députés libéraux de l’Outaouais auront des comptes à rendre non seulement sur l’accès, mais aussi sur la qualité des soins offerts dans la région.

Avec ses gros sabots, la réforme Barrette a fait des victimes collatérales, notamment dans des régions comme le Pontiac ou la Haute-Gatineau qui ont perdu une partie de leur pouvoir d’influence.

Les libéraux nous ont fait mille promesses pour se faire élire en 2017. Parmi celles-ci, cette fameuse faculté de médecine avec des cours en anglais qu’on attend encore. À leur décharge, ils ont livré une première « superclinique » à Gatineau. 

Comme par magie, des centaines de patients orphelins de l’Outaouais se sont fait attribuer un médecin de famille au cours des dernières semaines. Merci au ministre Gaétan Barrette qui a forcé les médecins à vider les listes d’attente. Reste à voir si ces patients pourront rapidement voir leur nouveau médecin le jour où ils tomberont malades. C’est la grande question.

Le transport est l’autre enjeu qui devrait retenir l’attention lors des élections provinciales. À commencer par l’autoroute 50 et ses nombreux accidents mortels. Le futur lien de transport en commun vers Aylmer devrait aussi faire l’objet de débats. Train léger ou service rapide par bus ? Les avis sont partagés.

Maintenant, est-ce que les sièges des députés libéraux de la région seront menacés l’automne prochain ? J’en doute. 

C’est vrai, les libéraux de Philippe Couillard semblent en perte de vitesse après presque 15 ans de pouvoir sans interruption à Québec.

Mais François Legault a beau avoir le vent dans les voiles, l’Outaouais n’a jamais été une terre fertile pour sa Coalition Avenir Québec ni pour son ancêtre, l’Action démocratique du Québec.

Quant au Parti québécois de Jean-François Lisée, troisième dans les récents sondages, il n’est pas en état de menacer l’hégémonie libérale dans une contrée aussi fédéraliste que l’Outaouais.

Espérons que les élections provinciales forceront la ministre régionale Stéphanie Vallée et son caucus à défendre leur bilan de rigueur budgétaire. Sans adversaires politiques pour les critiquer ici, dans la région, ils l’ont eu facile ces 5 dernières années.

Puisqu’on parle d’élections, il y en aura aussi en Ontario en 2018, tant au palier provincial en juin prochain qu’au municipal, le 22 octobre.

Ça sent déjà les élections à Ottawa où le maire Jim Watson a été contesté comme jamais par l’aile gauche du conseil municipal lors du débat sur le déménagement de l’Armée du Salut à Vanier et des discussions sur le budget 2018.

Est-ce que ce sera suffisant pour ébranler un maire qui semble bien en selle après 7 ans au pouvoir, et malgré une crise d’appendicite qui l’a cloué au lit en fin d’année ? L’avenir nous le dira.

Une petite prédiction cependant : le débat sur le bilinguisme officiel s’invitera lors de la campagne à la mairie d’Ottawa, gracieuseté des libéraux provinciaux de Kathleen Wynne.

En quête d’appuis pour favoriser sa réélection, la première ministre de l’Ontario a multiplié les cadeaux aux francophones en cette année préélectorale. Dans le lot, ce projet de loi provincial qui vient préciser, à défaut d’affermir, le fragile statut bilingue de la Ville d’Ottawa.

En fait, ce projet de loi ouvre toute grande la porte à une enquête du commissaire aux services en français de l’Ontario, François Boileau, sur l’offre de services en français à la Ville d’Ottawa.

Parions que le maire Watson se trouverait fort embarrassé d’avoir à commenter pareille enquête durant une campagne à la mairie, surtout si elle contredit ses prétentions comme quoi le bilinguisme actuel est satisfaisant pour la communauté francophone…

Patrick Duquette

Le médicament maudit

CHRONIQUE / Atteinte d’arthrite rhumatoïde depuis son enfance, Danielle Larivière avait enfin trouvé un médicament capable de soulager efficacement sa douleur : l’hydromorphone, un opioïde cinq fois plus puissant que la morphine.

Quand son médecin a commencé à lui en prescrire, il y a plusieurs années, cette enseignante à la retraite s’est sentie revivre. Enfin, un médicament qui marche ! Ses vieilles douleurs aux os sont redevenues tolérables.

« J’arrivais de nouveau à marcher, à dormir, à manger », raconte la dame de 70 ans qui habite le secteur Orléans, à Ottawa.

C’était avant que le « monde ne vire fou », pour reprendre ses propres mots. Avant que la crise des opioïdes ne frappe de plein fouet les États-Unis et le Canada et force les médecins à réduire radicalement les doses d’opioïdes prescrites à leurs patients.

D’une certaine manière, Danielle Larivière est devenue une victime collatérale de la crise des opioïdes. En janvier 2017, elle est convoquée par son médecin de famille. Il lui annonce qu’il réduit considérablement sa prescription d’hydromorphone. En un an, la dose prescrite passera de 100 mg à 14,5 mg par jour.

De son point de vue, on la prive du seul médicament qui l’ait jamais soulagée. D’ailleurs, la douleur est revenue en force. Violente, lancinante, brûlante. « Pas besoin d’aller à la guerre pour subir la torture », dit-elle.

Le grand public a pris la pleine mesure de la crise des opioïdes en raison de l’épidémie de surdoses de fentanyl, un antidouleur jusqu’à 100 fois plus puissant que la morphine qui s’est répandu dans le marché de la drogue aux États-Unis et au Canada.

Un aspect méconnu de cette pandémie, ce sont ces milliers de patients « ordinaires » qui se sont retrouvés à l’urgence pour des surdoses d’opioïdes… alors qu’ils suivaient à la lettre la prescription de leur médecin. Les autorités médicales ont ainsi réalisé que la crise était alimentée en partie par la méconnaissance du milieu de la santé. Des médecins prescrivaient ces puissants antidouleurs sans être pleinement conscients de la dépendance qu’ils pouvaient créer chez certains patients.

La réaction a été particulièrement vive en Ontario où le niveau de prescription était plus élevé qu’ailleurs au Canada. Près d’un Ontarien sur sept avait reçu une prescription d’opioïdes en 2015-2016, soit 2 millions de personnes.

Les experts de Qualité des services de santé Ontario, un organisme qui conseille le gouvernement en matière de soins de santé, ont émis de nouvelles normes en janvier 2017.

Les médecins ont reçu comme consigne de réduire les prescriptions d’opioïdes à des niveaux acceptables.

C’est à ce moment que le monde de Danielle Larivière a basculé…

Son organisme s’était habitué à l’hydromorphone au point où il avait fallu augmenter considérablement les doses. Le réveil a été brutal. « Je ne peux plus sortir de mon lit sans marchette, se désole-t-elle. La douleur est épouvantable. C’est comme avoir des clous dans les pieds. On me dit de persévérer. Mais je ne suis plus capable… Je suis en train de perdre toute mon autonomie parce qu’on me refuse mon médicament. »

Elle pleure.

Depuis des mois, Mme Larivière harcèle sans succès son médecin pour qu’il augmente sa prescription malgré les risques pour sa santé. « Dans mon cas, c’est plus dangereux de me sevrer que de continuer à m’en donner. J’aime mieux vivre moins longtemps, mais mieux, sans cette douleur qui me torture jour et nuit. Je revendique l’aide médicale à vivre avec moins de douleur. »

Elle poursuit : « Je suis convaincue de ne pas être la seule à souffrir de cette folie autour des opioïdes. C’est comme le péché mortel de 2017. Alors qu’il y en a, des bienfaits ! »

Vérification faite, près de 260 000 Ontariens ont reçu une ordonnance d’hydromorphone en 2016, l’année qui a précédé l’entrée en vigueur des nouvelles normes de prescription. Combien d’entre eux vivent aujourd’hui le même cauchemar que Mme Larivière ?

Patrick Duquette

La vieille dame d’à côté

CHRONIQUE / Ce pourrait être un beau conte de Noël, d’entraide et de solidarité, si la fin n’était aussi triste.

C’est l’histoire vraie d’une vieille dame sourde, qui vivait seule avec ses obsessions, et qui serait morte dans l’oubli total si ce n’était de la bonté de son voisin.

Il y a quelques semaines, j’écrivais une chronique sur la liste des 300 corps non réclamés au bureau du coroner du Québec. Une douzaine de dépouilles venaient de l’Outaouais. Je m’attristais de leur sort, de leur mort que j’imaginais triste et solitaire.

Or ce n’est pas vrai, pas toujours.

Touchés par ma chronique, des gens m’ont écrit pour me parler de certains défunts figurant sur la liste. Notamment de Lucille Dubé, une dame de 87 ans, décédée seule dans sa demeure de la rue Bourque, à Gatineau, le printemps dernier.

« Elle habitait à quelques portes de chez nous, m’écrit une lectrice. Je ne lui ai jamais parlé parce qu’entièrement sourde, elle ne parlait à personne. Elle était morte depuis plusieurs jours lorsqu’on s’est aperçu de son décès. J’ai su qu’elle avait été infirmière et qu’elle avait passé une bonne partie de sa vie et de ses ressources à combattre un règlement municipal qui lui interdisait de louer des chambres dans une maison achetée à cette fin. On me dit que la Ville possède sur elle un dossier très épais et qu’elle aurait fait un sit-in devant l’Assemblée nationale. »

« Ce sont des ouï-dire, concède cette lectrice. Mais je me suis demandé si cette dame ne méritait pas de sortir de son anonymat, bien que de façon posthume. Tout cela est sans doute une lubie de ma part. Mais je vous la lance, au cas où ! »

Or voilà, ce ne sont pas que des ouï-dire.

De fait, Lucille Dubé est à la source d’une longue saga judiciaire qui a coûté cher à l’ex-ville de Hull. Ses démarches se sont étirées sur presque 30 ans et prendront fin avec le refus de la Cour suprême d’entendre sa cause, en 1995.

L’affaire remonte à 1968. Lucille Dubé est trouvée coupable d’avoir tenu une maison de chambres dans une zone résidentielle de Hull, en contravention avec les règlements municipaux. En 1972, l’entrepreneur Jos Pelletier est aussi jugé en lien avec cette affaire. Il est reconnu coupable d’avoir agi de manière frauduleuse pour obtenir le permis de construction à l’encontre du règlement, lit-on dans les archives judiciaires.

Convaincue d’être victime d’une injustice, Mme Dubé poursuivra son avocat en 1985 pour la somme de trois millions. Elle alléguera un complot impliquant l’ex-ville de Hull pour lui faire perdre ses recours. Dans les années 1990, elle reviendra plusieurs fois à la charge, sans obtenir gain de cause. Un juge soulignera la « nature délictuelle » de ses démarches — donc visant essentiellement à nuire à autrui.

« Sa cause était devenue toute sa vie. C’était devenu une obsession », raconte celui qui fut son voisin immédiat sur la rue Bourque, Michel Prévost.

Le président de la Société d’histoire de l’Outaouais a connu Mme Dubé en déménageant dans le quartier, en 1987. Elle était déjà sourde, ce qui contribuait à son isolement, note-t-il. Elle n’avait pas de famille, pas d’enfant. Il s’est occupé de sa voisine solitaire jusqu’à la toute fin, tondant son gazon, déneigeant sa cour. Durant toutes ces années, pas une fois où il n’est allé voir Lucille Dubé sans qu’elle lui parle de sa « cause ». M. Prévost la surprenait parfois, absorbée dans ses papiers. Elle cherchait sans relâche un moyen d’obtenir réparation, dépensant au passage des sommes considérables en honoraires d’avocats.

Dans sa quête pour obtenir justice, elle a même manifesté plusieurs semaines devant l’Assemblée nationale au début des années 1980. « Je lui disais de tourner la page. Elle répondait : non, c’est moi la victime ! », raconte M. Prévost.

Voyant l’état de sa voisine décliner ces dernières années, M. Prévost insistait auprès d’elle pour qu’elle soit placée en institution. Lucille Dubé refusait. Elle voulait mourir chez elle.

Il allait faire son épicerie, un dimanche par mois. Ne pouvant être là une fin de semaine, il a laissé une note sur sa porte comme quoi il irait plutôt le lundi. En revenant le dimanche soir, il s’est inquiété de découvrir sa note à la même place.

Il est rentré se coucher. Incapable de trouver le sommeil, il a fini par appeler la police. Ils l’ont découverte dans la cuisine, près d’une chaise brisée. Pourquoi une chaise brisée ? L’a-t-elle entraînée dans sa chute après une crise de cœur ? Ou est-elle morte des suites de sa chute ? On ne le saura jamais.

Même s’il n’a rien à se reprocher, même s’il a tout fait pour l’aider, les derniers moments de sa voisine hantent Michel Prévost. A-t-elle souffert avant de mourir, seule, dans sa maison de la rue Bourque ?

J’ai presque oublié de lui poser la question : dites-moi, M. Prévost, pourquoi vous être occupé d’elle? Rien ne vous y obligeait. Vous auriez pu faire comme tout le monde. Faire comme si vos voisins n’existaient pas…

La question le fait sourire : « Elle était très reconnaissante, vous savez. Quand j’allais la voir, elle disait que c’était le pape ou le frère André qui m’envoyait. C’était une femme brillante. Bien mise aussi. Pas du tout l’image qu’on se fait d’une femme abandonnée. On vit en société. Je trouve que nos voisins sont importants. Comme elle, je n’ai pas d’enfants. Ça m’apparaissait naturel d’aider une voisine qui vivait seule. »

Patrick Duquette

La première dinde du petit

CHRONIQUE / Le dîner de Noël, c’est une grosse affaire à l’unité 6 de la polyvalente Nicolas-Gatineau, l’aile des élèves avec de grandes difficultés d’apprentissage.

D’habitude, à ce temps-ci de l’année, les classes de l’unité 6 sont à moitié vides. À quelques jours de Noël, la motivation n’est pas à son meilleur parmi les 250 élèves qui y suivent des cours. La moitié d’entre eux viennent de milieux très défavorisés.

Mais jeudi midi, c’était la folie. Les corridors grouillaient de monde. Sitôt rentré, je me suis retrouvé au milieu d’une faune de jeunes gens surexcités.

Des profs s’affairaient à installer les plats sur une longue table. Du ragoût, de la dinde, des tourtières… un vrai festin !

Partout, des éclats de voix joyeux, des rires, des singeries. Avec de la grosse musique pour emballer tout cela.

Tout juste si on s’entendait parler !

« Toute la semaine, les jeunes nous ont parlé du dîner de Noël », me raconte Isabelle Dinel, une enseignante en adaptation scolaire de l’unité 6, tout en m’entraînant à l’écart pour qu’on puisse s’entendre.

Voilà cinq ans, l’équipe de travail de Mme Dinel cherchait un moyen pour inciter les élèves à fréquenter l’école à l’approche du temps des fêtes.

« Nos élèves nous disaient que ça ne leur tentait pas de venir à l’école. On s’est juste dit qu’on pourrait cuisiner quelque chose pour eux sur l’heure du dîner. On allait pouvoir s’asseoir ensemble dans un contexte différent de la salle de classe et vivre un moment différent et privilégié avec eux. »

C’est ainsi que les profs ont organisé un premier « vrai » repas de Noël traditionnel pour leurs élèves en 2013. Au menu : de la dinde, de la tourtière, du ragoût, des desserts, etc.

Leur plan a fonctionné au-delà de toute espérance. De 120 élèves la première année, le dîner en a attiré 175 l’an dernier.

« Ça a commencé tout petit avant de faire boule de neige, raconte Isabelle Dinel. Ça donne une motivation à nos élèves pour continuer à venir à l’école. Ils savent que leur journée va être l’fun. C’est le jour de l’année où ils ont le plus de liberté, où ils se font gâter. C’est aussi l’idée de donner au suivant, de partager. »

Jusqu’à l’an dernier, les profs payaient l’essentiel des coûts de l’activité. Le budget était assez limité. Cette année, le dîner a pris une tout autre dimension.

« Nous avons un partenariat incroyable. Un conseiller de la ville (Daniel Champagne), un député (Marc Carrière), de même que le IGA Saint-Jacques nous ont offert des dons », raconte-t-elle.

Pendant qu’Isabelle me racontait tout cela, les élèves faisaient la file pour remplir leurs assiettes. « Ils travaillent fort ces jeunes-là, m’a-t-elle dit. Notre mission, c’est de rallumer des étincelles. On n’est pas obligés de faire ce qu’on fait aujourd’hui. Mais on le fait de bon cœur, dans un élan de bonté et de générosité. On est une équipe de projets et on aime ça quand ça bouge. Et les jeunes embarquent ! »

Le plus émouvant, raconte Mme Dinel, ce fut de découvrir que plusieurs jeunes n’avaient jamais eu la chance de manger un vrai repas de Noël. Elle se souvient de ce petit garçon qui était venu la voir en lui tendant son assiette. « Madame, madame, c’est tellement bon. Est-ce que je peux en ravoir un autre morceau ? »

Le petit n’avait jamais mangé de dinde de sa vie.

Patrick Duquette

Et la gestion des barrages, elle?

CHRONIQUE / Comment peut-on prétendre faire un bilan des inondations du printemps dernier, à Gatineau, sans analyser la gestion des barrages ? Je vous l’avoue, ça me dépasse.

Pourtant, c’est à peine si on a effleuré le sujet mardi à Québec, alors que des dizaines d’experts, d’élus et de sinistrés dressaient un nouveau bilan de la crue printanière.

Plus de cinq heures de discussions et pas un mot, ou presque, sur la gestion des barrages pendant la crise. 

D’accord, le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a abordé timidement le sujet à la toute fin des échanges. Il a demandé à Québec de fournir des explications sur le rôle des barrages, sur ce qu’ils peuvent faire et ne pas faire pour éviter des inondations printanières. 

Visiblement, l’intervention tardive de M. Pedneaud-Jobin n’a pas ébranlé le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux. En tout cas, celui-ci n’a pas cru bon de relever l’allusion du maire, quelques instants plus tard, au moment de résumer sa compréhension des discussions de la journée. 

Pourtant, bien des sinistrés se demandent si une meilleure gestion des barrages aurait permis de réduire les dommages causés par la crue printanière à Gatineau.

Lors des discussions à Québec, quelqu’un a donné l’exemple de Rio Tinto, au Saguenay-Lac-Saint-Jean. L’entreprise a géré ses barrages de façon à éviter que des inondations énormes touchent la région. A-t-on eu le même souci de limiter les dégâts en Outaouais ?

On l’ignore.

Il me semble que le gouvernement du Québec et Hydro-Québec devraient répondre aux questions tout à fait légitimes des citoyens sur cet enjeu.

Les gens ont été traumatisés par les effets dévastateurs de la crue. Tant qu’on ne répondra pas de manière satisfaisante à leurs questions, ils surveilleront d’un œil inquiet les variations du niveau de la rivière. 

En mettant le couvercle là-dessus, Québec a l’air de couvrir les fesses d’Hydro-Québec. Ça ouvre la porte à toutes sortes de théories du complot.

Pas besoin d’une enquête publique pour faire la lumière sur la question. Juste d’un bon rapport qui explique la manière dont les barrages ont été gérés le printemps dernier.

Est-ce si compliqué ?

Le pire, c’est que le gouvernement du Québec détient une partie des réponses.

Vous vous souvenez de cette pétition lancée par le Gatinois Jason Leblanc ? Il réclamait une enquête publique sur la gestion des barrages pendant la crue printanière. Okay, la pétition a fait chou blanc. Elle a recueilli à peine 621 signatures… moins que pour la chasse à l’écureuil. Sauf que M. Leblanc, lui-même un sinistré de Gatineau, a obtenu une réponse écrite de la part du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau.

Une belle lettre pédagogique où le ministre explique que les mesures qu’Hydro-Québec peut prendre contre la crue printanière ont un « impact limité ». Il précise que les 4 principaux réservoirs d’Hydro-Québec et de ses partenaires situés sur le bassin de la rivière des Outaouais permettent de contrôler seulement 40 % des apports en eau.

« Cela laisse donc 60 % des précipitations et de l’eau provenant de la fonte des neiges s’écouler de façon naturelle vers Gatineau ou Montréal », écrit le ministre Moreau.

Il ajoute que les réservoirs sont déjà à leur plus bas niveau à la fin de l’hiver, précisément pour faire de la place aux crues printanières. Mais bon, quand tu as des précipitations records ET une fonte rapide de grosses accumulations de neige, il y a so much que tu peux faire.

C’est déjà un début de réponse. N’empêche que si la gestion des barrages a été à ce point impeccable, pourquoi Québec se montre-t-il si réticent à aborder le sujet ?