Patrick Duquette

Une question d’équilibre

CHRONIQUE / Mon patron me faisait remarquer que nous vivons une formidable époque où il est devenu impensable de patienter dans une file d’attente… sans avoir les yeux rivés sur son téléphone intelligent.

Dès que nous cessons d’être branchés sur notre bébelle électronique, c’est l’angoisse. Si la barre d’énergie tourne au rouge, c’est comme si notre propre cerveau allait être privé de courant. 

Nous ne pouvons plus supporter un instant de désœuvrement. Faire défiler des pages Web est le nouveau médicament contre la banalité. Il nous faut notre drogue électronique pour anesthésier l’ennui.

J’ai vécu jadis dans un monde sans téléphone intelligent, sans tablette, sans ordinateur (oui, je me fais vieux). Quand on me prive de mon iPhone, je ne suis pas totalement dépourvu. Je me souviens encore de ce que je faisais pour meubler l’ennui… avant. Dessiner. Lire. Jouer dehors. Dire des niaiseries. Mal pris, je serai capable de survivre au désœuvrement si mon téléphone tombe en panne.

Mes enfants… c’est une autre histoire. Je suis toujours sidéré de leur réaction quand je leur annonce que la période d’écran est terminée. Ils sont désemparés. Comme s’ils étaient à bord d’un avion et que le moteur venait de s’arrêter. Je les regarde planer un moment, désœuvrés, en manque… curieux de voir si le moteur de l’avion va repartir ou s’ils vont piquer du nez.

En même temps, je me demande si je m’en fais trop avec les écrans. Les tablettes, les téléphones intelligents, les ordinateurs, les médias sociaux, cette culture de l’instantanéité où il faut réagir à tout, tout de suite, et ne jamais rien manquer, ce sera leur monde à eux. Le seul qu’ils connaîtront. Tout est question d’équilibre dans le fond. Et puis les jeux qu’ils ont sur leurs bébelles électroniques… j’adore ça autant qu’eux. C’est pas mal plus l’fun que le Monopoly !

Lorsque mon ado s’est mis à jouer à Clash Royale sur sa tablette, j’ai pensé que je l’avais perdu pour un bout. On aurait dit qu’il n’y avait que cela qui l’intéressait vraiment. Vu de mon œil d’adulte, c’était un spectacle angoissant. Un ado qui pitonne sur son écran, totalement absorbé, en apparence inconscient du monde extérieur. Tu te demandes s’il ne s’est pas perdu dans un univers parallèle, comme dans un épisode de Stranger Things

Alors j’ai essayé de jouer moi aussi. Pour comprendre. Ce fut la révélation. Parce que je me suis fait prendre au jeu. J’aimais jouer à Clash Royale ! C’est devenu un sujet de conversation avec mon fils. On s’échangeait nos trucs. On discutait stratégie. Curieusement, on s’est connecté l’un à l’autre à travers ce jeu. J’ai vu qu’il se sentait valorisé de donner des conseils à son vieux père. Parce qu’il était pas mal meilleur que moi à ce truc !

La recette marche aussi avec les sports. Depuis qu’on fait de l’escrime ensemble, tous les mardis soir, mon fils et moi passons de belles soirées. On n’en finit plus de discuter de la meilleure manière de parer une fente de l’adversaire ou de feinter une attaque à la main. À l’escrime aussi, il est meilleur que moi, le petit sacripant…

Et puis, autre temps, autres mœurs. Il n’y avait pas tant d’écrans au temps de mon enfance. Ce qui n’empêchait pas mon père de s’agacer en observant l’ado que j’étais passer des heures à étudier les échecs. Lui aussi se demandait si je n’étais pas égaré dans une autre dimension. Il s’inquiétait de son grand gars perché au-dessus d’un échiquier, occupé à étudier des ouvertures, en apparence complètement déconnecté du monde réel.

Et pourtant, si j’avais pu le faire rentrer dans ma tête, mon père aurait compris ce que voulait dire Pierre Mac Orlan avec sa citation. 

« Il y a plus d’aventures sur un échiquier que sur toutes les mers du monde ». C’est ainsi que je le vivais, et c’est ainsi que les amis que je me suis faits à travers ma passion des échecs le vivaient aussi. Encore aujourd’hui, je joue aux échecs avec le même plaisir. Que ce soit avec mes potes du mercredi soir… ou sur ma tablette.

Patrick Duquette

Sortir du cadre

CHRONIQUE / Très enrichissantes, ces discussions amorcées par Tourisme Outaouais en vue de faire de Gatineau une vraie porte d’entrée du Québec pour les touristes de l’extérieur.

Je pense même qu’on devrait en profiter pour admettre une fois pour toutes qu’il faut parler d’Ottawa-Gatineau comme d’une seule région.

Pour les touristes qui arrivent de France, de Grande-Bretagne ou d’Allemagne, les frontières entre nos deux villes n’ont aucune espèce d’importance.

Et peut-être qu’il faut en tirer une leçon comme Gatinois nous qui vivons et dormons à Gatineau, qui envoyons nos enfants à la garderie et à l’école au Québec, mais qui travaillons pour la plupart en Ontario.

Peut-être que la solution pour aviver le sentiment d’appartenance des gens de Gatineau, c’est de cesser de se voir comme des résidents d’une ville, mais comme faisant partie d’un ensemble plus large qui est la région d’Ottawa-Gatineau.

Le succès des fêtes du 150e est en train de nous démontrer ce qui se passe quand on raisonne comme une seule et grande entité au lieu de se voir comme des villes et des provinces différentes.

On a déjà commencé à le faire davantage en transport en commun et en développement économique. Le tourisme est un autre domaine où Ottawa et Gatineau ont tout intérêt à s’entendre.

Avec le succès des Mosaïcultures et de Volta, Gatineau a même démontré qu’elle pouvait à l’occasion damer le pion à Ottawa, sa célèbre voisine, en termes de succès touristique.

Même les tours Brigil, un projet controversé pour toutes sortes de bonnes raisons, part de cette même logique tout à fait légitime, que Gatineau et l’Outaouais doivent prendre davantage leur place dans la région de la capitale.

Avec les célébrations de 2017, Ottawa a été forcé de regarder ce qui se fait de bien de l’autre côté de la rivière. Il y a là un momentum à exploiter pour les gens de l’Outaouais.

Je pense que Tourisme Outaouais fait bien de profiter de ce moment de lucidité collective pour essayer de créer quelque chose de plus permanent, que ce soit une vraie porte d’entrée du Québec ou autre chose.

J’aime beaucoup cette idée qui est ressortie de la rencontre de mardi dernier à la Ferme Moore et qui rassemblaient une centaine des principaux acteurs touristiques, d’affaires et culturels de la région.

On suggérait à Tourisme Outaouais de miser sur la cohabitation entre les cultures francophones, anglophones et autochtones. C’est vraiment une particularité propre à notre région, en plus d’être foncièrement… canadien.

Pas de doute que d’un point de vue touristique, il y a là un filon intéressant à explorer.

Ce débat sur la porte d’entrée est une belle occasion de laisser tomber nos frontières parfois imaginaires. Il faut cesser de rester « pogné dans le cadre », comme l’a si bien résumé la directrice de Tourisme Outaouais, France Bélisle.

J’espère qu’on saura la saisir.

Patrick Duquette

Cercle vicieux

CHRONIQUE / Les filles de Georgette Marcotte sont convaincues que l’hôpital a fait mourir leur mère plutôt que de la soulager. Comment les en blâmer ?

Leur mère ne leur semblait pas si mal en point quand elle est rentrée à l’Hôpital de Hull pour des rougeurs à la jambe droite au début du mois de mars dernier. Dix-huit jours plus tard, l’octogénaire mourait subitement des suites d’une vilaine infection à la jambe. Pour l’instant, rien ne prouve que Mme Marcotte ait été victime d’une erreur médicale ou que sa mort était évitable. Le rapport d’un médecin examinateur, que les deux filles de Mme Marcotte attendent avec impatience, nous éclairera mieux sur cet aspect de l’affaire.

En attendant de savoir si l’hôpital a vraiment « fait mourir leur mère », on peut comprendre les deux filles de Mme Marcotte d’avoir des doutes sur la qualité des soins prodigués à leur proche. Fernande et Marie-France Thivierge ont raconté que le personnel de l’unité de soins, manifestement débordé, a ignoré à plusieurs reprises les appels de cloche de leur mère qui souffrait d’incontinence. Au point qu’un jour, Mme Marcotte aurait été oubliée pendant 45 minutes sur sa chaise d’aisance par le personnel qui l’avait installée là, incapable de se déplacer ou de se libérer. C’est sans compter les fois où ses proches l’ont retrouvée alors qu’elle baignait dans son urine ou ses selles.

Mourir dans la dignité, vous dites ?

Le jour du décès, Fernande est encore sur l’impression que sa mère ne va pas trop mal. D’où sa surprise quand l’hôpital l’appelle et lui dit que Georgette s’en va doucement… Elle a juste eu le temps de se rendre à l’hôpital pour recevoir son dernier souffle. À sa très grande consternation, sa mère était toute seule dans la chambre. Aucun membre du personnel médical n’était avec elle. Il a fallu qu’elle sonne pour que le médecin vienne constater son décès. « C’est fini ? » a demandé Fernande, ahurie par ce dénouement qu’elle n’avait pas vu venir. « C’est fini », a confirmé le docteur.

Alors oui, quand les choses se terminent abruptement de cette façon, c’est normal que les proches se demandent si l’hôpital a bien rempli sa mission. Ça m’a rappelé l’histoire de la veuve de M. De Sale Gauthier. Elle aussi était convaincue que l’Hôpital de Gatineau avait achevé son mari au terme d’un séjour cauchemardesque. Il y a là une crise de confiance assez troublante envers le système de santé.

Ce qui est particulièrement intéressant dans le cas du décès de Mme Marcotte, c’est qu’elle a clairement fait les frais d’une pénurie de personnel médical et d’une réorganisation au 7e étage de l’Hôpital de Hull. C’est écrit noir sur blanc dans le rapport du commissaire aux plaintes qui s’est penché sur le cas à la demande de la famille. « Vous avez raison d’être insatisfaite et vous pouvez être certaine que notre équipe assurera le suivi nécessaire auprès de la direction concernée », écrit le commissaire aux plaintes Louis-Philippe Mayrand dans son rapport.

Le CISSS de l’Outaouais a reconnu sa part de torts. « Nous sommes toujours ébranlés chaque fois qu’une situation comme celle-ci nous est rapportée, d’abord parce qu’elle est inadmissible et ensuite parce que ces témoignages nous font oublier qu’il se fait aussi de belles choses dans notre organisation. »

Je ne doute pas un instant qu’il se fait de belles choses dans le réseau de la santé. Mais en attendant, qu’on arrête de nous faire croire que la réforme Barrette n’a pas eu d’impact sur la qualité des soins prodigués aux patients.

En mars dernier, 700 employés du système de santé de l’Outaouais étaient en congé de maladie, notamment pour des cas d’épuisement professionnel et de dépression. 

Le cas de Mme Marcotte montre bien ce qui se passe quand il manque de personnel sur un étage. Le personnel disponible court au plus pressé et on ne peut l’en blâmer. Mais ça se fait au détriment de cas moins urgents qui risquent de se détériorer très vite. Un cercle vicieux difficile à arrêter.

Patrick Duquette

Guerre de guenilles

CHRONIQUE / Gatineau n’aura plus le choix. Elle devra maintenant suivre l’exemple d’autres villes et adopter un règlement pour mettre fin à la guerre des boîtes de dons qui sévit sur son territoire.

Ce n’est pas d’hier que les organismes de charité et l’entreprise privée se disputent nos vêtements usagés. Le marché mondial de la guenille est apparemment très lucratif. Mais la concurrence entre le privé et les organismes de bienfaisance semble plus féroce que jamais ces jours-ci à Gatineau.

Non seulement les boîtes de dons prolifèrent sur le territoire, mais des organismes de charité se font voler leurs bacs les plus rentables par des malfaiteurs déterminés et bien équipés.

Les Grands Frères Grandes Sœurs de l’Outaouais, mais aussi la Saint-Vincent-de-Paul, se sont fait dérober plusieurs gros bacs de dons cette semaine et estiment leur manque à gagner à plusieurs milliers de dollars.

Quant aux pauvres donateurs, ils ne savent plus à quel bac se vouer tellement l’affichage porte à confusion. Donnent-ils à un organisme charitable ? Ou plutôt à une entreprise privée qui se contente de convoyer leurs dons en Tunisie ou en Inde moyennant quelques dollars la livre de tissu ? 

« C’est du n’importe quoi en ce moment et il faut que ça arrête », a bien résumé la conseillère Louise Boudrias, en militant avec raison pour l’adoption d’une réglementation qui mettrait fin à la confusion ambiante.

C’est que tout ce climat d’anarchie est amplifié par une espèce de flou juridique. En théorie, les boîtes de dons caritatifs sont interdites à Gatineau. Mais en pratique, elles sont tolérées par la Ville.

Ce genre d’approche peut fonctionner tant qu’elle ne cause pas de problèmes et qu’elle ne donne pas lieu à une avalanche de plaintes. Ces jours-ci, non seulement Gatineau est en proie à une mystérieuse vague de vols, mais l’inaction de la Ville incite à la désobéissance civile.

La directrice des Grands Frères Grandes Sœurs de l’Outaouais, Yvonne Dubé, a admis à Radio-Canada qu’elle avait décidé de se faire justice elle-même. Elle a fait remorquer trois boîtes de dons d’une entreprise concurrente qu’elle juge illégitimes. Ce faisant, elle est bien consciente de défier la loi.

« Ce que je crains, c’est de me mettre dans le trouble, dit-elle. Ce que je crains, si je ne le fais pas, c’est que mon organisme va fermer ses portes. »

On en est là. Gatineau devra trouver le moyen d’exercer un certain contrôle sur ce qui se passe. Mme Boudrias suggérait de s’inspirer de l’exemple de Sherbrooke. La ville de l’Estrie a barré la porte à l’arrivée massive de boîtes de dons sur son territoire en adoptant un règlement qui favorise les organismes locaux de bienfaisance.

Longueuil a aussi songé à exclure les organismes de l’extérieur. Mais ses avocats s’y sont opposés de crainte qu’un tel règlement soit invalidé en fonction d’une discrimination basée sur le lieu. Gatineau a donc intérêt à y penser à deux fois avant de délivrer des permis seulement aux organismes situés sur son territoire.

Personnellement, j’aime bien l’approche d’Ottawa. En 2013, la capitale fédérale a adopté un règlement qui force les propriétaires des boîtes de dons à afficher clairement s’ils sont enregistrés comme organisme de bienfaisance ou pas. Dans ce système qui prône la transparence, c’est au donateur que revient le choix final de donner ses vêtements usagés à qui il veut.

Les pauvres donateurs ne savent plus à quel bac se vouer tellement l’affichage porte à confusion.

Patrick Duquette

Le mauvais choix de Nez Rouge

CHRONIQUE / Quoi ? Pour vrai ?

C’est la réaction de stupeur qu’ont eu bien des gens en apprenant que l’ex-morning-man vedette Daniel Séguin, condamné l’été dernier à 90 jours de prison pour conduite avec facultés affaiblies, avait été nommé ambassadeur… de l’Opération Nez Rouge en Outaouais.

Nez Rouge a comme mission de combattre l’alcool au volant. Et voilà qu’elle se choisit comme ambassadeur un gars qui vient tout juste de finir de purger sa peine pour avoir frappé une femme enceinte avec sa voiture, alors qu’il revenait ivre d’une soirée bien arrosée en 2010.

Surréaliste, vous dites ?

Bien sûr que je crois à la réhabilitation. Tout le monde a droit à une seconde chance. Y compris Daniel Séguin qui est tombé d’autant plus haut qu’il était très populaire dans la région.

Nez Rouge justifie son choix en disant que Daniel Séguin est la meilleure personne pour sensibiliser les gens aux conséquences parfois tragiques de prendre le volant alors qu’on a trop bu.

Et c’est vrai que M. Séguin est très éloquent lorsque vient le temps de décrire à quel point cette soirée fatidique du mois d’août 2010 a eu des conséquences fâcheuses sur sa vie. Encore mercredi, il nous a raconté qu’il n’était plus le même homme depuis cet épisode qui a nui à sa carrière, à sa vie familiale et brisé sa vie de couple.

M. Séguin a l’impression que les médias et le système de justice lui ont fait payer plus cher qu’il ne le méritait le geste qu’il a posé. Et une partie de moi sympathise avec lui.

Ce gars-là, à cause de son statut de vedette, a eu un procès plus médiatisé que la moyenne des ours pour un cas d’alcool au volant. Les procédures judiciaires ont duré 7 ans, il a dû apparaître 36 fois en cour et, à la fin, le juge lui a quand même asséné une peine de prison qu’il a purgée les fins de semaine.

Alors oui, il a payé le prix fort pour son geste. S’il veut se réhabiliter et « boucler la boucle », comme il le dit, en s’engageant auprès de Nez Rouge, je n’ai aucun problème avec ça. Au contraire !

Ça ne fait pas pour autant de Daniel Séguin un ambassadeur idéal pour Nez Rouge. Pas de la manière dont il a parlé mercredi en tout cas. Comme chaque fois que j’entends Daniel Séguin raconter ses déboires, c’est le peu de cas qu’il fait de sa victime qui me rend mal à l’aise.

Dans son allocution en début de conférence de presse, pas une fois M. Séguin n’a fait référence directement à la femme enceinte qu’il a frappée et qui a eu peur de perdre son enfant. Durant la mêlée de presse qui a suivi son discours, il a fallu qu’un journaliste lui pose la question pour qu’il évoque sa victime. Et là, oui, il a été clair : c’est ma faute ce qui est arrivé ce soir-là, a-t-il admis.

Le problème, il est là, dans cet aveu qui vient à la toute fin, dans ces regrets qu’on a l’impression de devoir lui extraire de la bouche.

Le problème de l’alcool au volant, c’est qu’il brise des vies. Et ça brise d’abord les vies des victimes qui n’ont pas choisi de se retrouver sur la route d’un gars soûl au volant.

Si Daniel Séguin avait commencé en exprimant ses regrets d’avoir failli tuer ou blesser quelqu’un, qu’il avait exprimé de la compassion ou un minimum d’intérêt avant d’évoquer ses propres ennuis, je pense que ça passerait. Ça remettrait les choses dans le bon ordre. C’est vrai qu’il y a des victimes des deux côtés dans une affaire comme celle-là.

Mais il n’a pas exposé les choses ainsi. Au contraire, il a insisté sur ses problèmes avant ceux de la victime. Selon moi, ce n’est pas le message que devrait livrer un ambassadeur de Nez Rouge. 

Si Nez Rouge avait voulu réussir un coup fumant, elle n’aurait pas créé un, mais deux postes d’ambassadeur. Sur la tribune, il y aurait eu la femme enceinte à l’époque et Daniel Séguin.

Dans cet ordre.

Patrick Duquette

Tout le monde a besoin de musique

CHRONIQUE / Pourquoi pas, après tout ? Depuis le temps qu’on dit que les bibliothèques doivent cesser d’être de simples entrepôts de livres. Voilà qu’on pourra désormais emprunter tout à fait gratuitement des instruments de musique à la Bibliothèque publique d’Ottawa.

Depuis mardi, Ottawa est la 6e ville canadienne à offrir le prêt d’instruments de musique dans certaines de ses bibliothèques après Vancouver, Toronto, Calgary, Kitchener et Montréal.

L’idée derrière le projet est de démocratiser la musique. 

De permettre à des enfants, des ados, et même à des plus vieux, de s’essayer à un instrument qu’ils n’auraient pas autrement les moyens de se procurer.

Après tout, « tout le monde a besoin de musique dans sa vie », comme l’a si bien résumé Sarah McLachlan, de passage à Ottawa pour le lancement de ce projet fort intéressant.

La chanteuse canadienne, qui a vendu plus de 30 millions d’albums dans le monde, en plus de remporter de nombreux prix Grammys et Juno, trouve formidable que des bibliothèques commencent à prêter des instruments de musique.

« La musique devrait être un moyen d’expression accessible à tout le monde. Dans les cas des enfants, c’est même indispensable », a insisté la chanteuse qui a elle-même lancé deux écoles de musique à Vancouver et Edmonton à l’intention de jeunes et d’aînés démunis ou à risque.

« Il y a tellement d’études qui démontrent les effets bénéfiques de la musique sur les enfants, poursuit-elle. Les notes s’améliorent, tout comme le quotient intellectuel, l’habileté de communiquer, de concevoir le monde… Sans compter la confiance en soi-même qu’elle peut procurer.

«Quand j’ai ouvert ma première école de musique à Vancouver, il y a 16 ans, nous avions des enfants qui rentraient la tête basse, en se regardant le bout des orteils.

«Et j’ai vu ces enfants cheminer dans le programme, apprendre à maîtriser leurs instruments, écrire leurs propres chansons et réussir à l’école. Certains ont même poursuivi des études postsecondaires et obtenu des bourses», raconte-t-elle.

Patrick Duquette

La victoire de l’indifférence

CHRONIQUE / À Gatineau, 120 000 électeurs ont décidé, oublié ou choisi de ne pas aller voter dimanche.

Cent vingt mille personnes sur 196 000 qui n’exercent pas leur droit de vote aux élections municipales. Ça donne le vertige!

Dans le fond, c’est triste, mais ce sont eux qui ont gagné le scrutin de dimanche. Eux qui ont volé la vedette à la victoire de Maxime Pedneaud-Jobin à la mairie. L’élection de dimanche, c’est un peu la victoire des désabusés, des indifférents et des cyniques.

Aujourd’hui, Gatineau se retrouve avec un maire qui a été élu par seulement 18 % de la population.

Même Maxime Pedneaud-Jobin avait l’air de prendre ce taux famélique de participation comme une défaite personnelle, lundi matin.

Et je le comprends.

Plus de 50 candidats au poste de maire et de conseillers ont débattu, serré des mains, donné des conférences de presse et fait du porte à porte pendant des semaines afin de partager leurs idées pour développer Gatineau.

D’accord, ce n’était pas toujours très élégant. Il y a eu des dérapages, des attaques personnelles, des coins ronds qui ont été tournés allègrement.

Mais dans l’ensemble, on a eu une belle campagne, honnête, avec des candidats engagés à fond et des médias qui se démenaient pour couvrir tout ça et bien en expliquer les enjeux.

Et à la toute fin, six personnes sur dix ne vont pas voter.

Mets-en que je le prendrais personnel.

Surtout quand je lis sur les médias sociaux les excuses de ceux qui ne sont pas allés voter. C’est la faute des autres. Ce sont les politiciens qui sont tous pareils, ou bien menteurs ou bien corrompus. Ce sont les médias qui ne font pas bien leur travail.

Et l’autre gang, la gang de ceux qui sont allés voter, s’empresse de leur faire la morale: « Vous n’êtes pas allés voter? Ça vous enlève le droit de chialer pour les quatre prochaines années! » Si au moins c’était vrai. Mais rien dans nos lois n’interdit à un abstentionniste de continuer à chialer.

Je peux concevoir que certains choisissent de ne pas aller voter pour exprimer une opinion. Ce serait leur façon, disons, de protester contre un système démocratique dans lequel ils ne se reconnaissent plus. Où ils ont l’impression que leur vote, de toute manière, ne changera rien.

Ce n’est qu’une hypothèse. Parce que l’ennui, avec les abstentionnistes, c’est qu’ils n’ont pas de candidats ou de porte-voix pour nous expliquer leurs motivations. Faut deviner!

Alors je me permets une hypothèse: et si ce désintéressement de la population envers les élections municipales à Gatineau avait un lien avec la grosseur de la ville?

Sachez qu’à Fassett, près de 70 % de la population est allée voter. Même phénomène à Fort-Coulonge, Plaisance, Litchfield, Rapides-des-Joachims, Bois-Franc et Campbell’s Bay. Partout, les électeurs sont sortis en masse pour voter, avec des taux de participation variant entre 69 et 77 %.

Vous me direz que ce sont de toutes petites agglomérations d’un millier d’habitants ou moins. Rien à voir avec une grande ville de 280 000 habitants comme Gatineau.

Bien justement.

En devenant la 4e plus grande ville du Québec, Gatineau a certainement accru son pouvoir politique et économique. Pas de doute là-dessus.

Mais en devenant une grande ville, Gatineau a aussi sacrifié une partie du sentiment d’appartenance et de fierté que ses citoyens ressentaient par rapport aux anciennes villes, plus petites, plus près d’eux.

Depuis la fusion à Gatineau, il y a moins d’élus municipaux, moins de séances publiques du conseil où le citoyen peut s’exprimer directement sur des enjeux municipaux. En plus, le droit de parole aux séances du conseil est limité à 2 minutes par intervenant. Et gare à ceux qui dépassent le temps imparti!

Il ne faut pas s’étonner après cela qu’une partie de la population ait l’impression d’avoir moins d’emprise sur les décisions qui se prennent à l’hôtel de ville. Et qu’elle ait moins le goût de voter.

Patrick Duquette

Un maire affaibli

CHRONIQUE / Cette victoire doit avoir un goût amer pour Maxime Pedneaud-Jobin.

Oui, il est réélu à la mairie de Gatineau. Mais il y retourne sans cette majorité de conseillers issus de son parti Action Gatineau qu’il souhaitait obtenir pour réaliser son programme électoral à la vitesse grand V.

Au contraire, certains des candidats vedettes d’Action Gatineau ont mordu la poussière dimanche, notamment l’ex-conseiller Aurèle Desjardins, l’avocate Véronic Boyer et la directrice de Centraide, Nathalie Lepage. Le conseiller sortant Richard Bégin a été vaincu dans son fief de Deschênes contre ce curieux animal politique appelé Mike Duggan, qui siégeait avec lui dans l’ancien conseil.

De toute évidence, les Gatinois sont encore méfiants face à cette bibitte qu’on appelle un parti politique. Ils ont renvoyé M. Pedneaud-Jobin à la mairie, mais sans lui donner cette majorité dont il rêvait. Gatineau se retrouve donc avec un maire sous surveillance pour encore quatre ans. Le message est clair: les électeurs de Gatineau ont encore besoin d’être convaincus que leur ville a besoin d’un parti politique à la Maison du Citoyen, à plus forte raison d’un parti politique composé d’élus d’Action Gatineau.

Mais vous pouvez être sûr d’une chose. Le temps du parti politique unique à Gatineau est révolu. Un, peut-être même deux nouveaux partis verront le jour d’ici au prochain scrutin. Les candidats indépendants ont vu à l’oeuvre la machine électorale d’Action Gatineau sur le terrain. Et même si les résultats finaux sont décevants pour le parti du maire, ils vont sérieusement penser à s’allier pour lui donner la réplique.

L’autre aspect décevant de cette élection pour M. Pedneaud-Jobin, c’est qu’il a obtenu moins de la majorité des votes, contrairement à 2013. Même que si cette élection avait été une course à deux, au lieu d’être une course à 5, le maire sortant aurait très bien pu perdre dimanche soir. Il peut remercier ses adversaires, notamment Denis Tassé et Sylvie Goneau, d’avoir divisé le vote en sa faveur.

M. Pedneaud-Jobin ressort donc écorché de cette élection. Même s’il aura réussi à faire élire un conseiller de plus de son parti à la table (ce n’était pas clair au moment de mettre sous presse), il démarre ce mandat moins fort qu’en 2013. Dans son discours de victoire, le maire réélu se réjouissait que son programme, le programme d’Action Gatineau, ait été choisi par la population. Peut-être, mais avec seulement 45 % des suffrages en sa faveur, c’est déjà moins clair qu’en 2013 alors qu’il avait obtenu 53 % des appuis.

Dans l’autre camp – j’allais dire dans le «parti» des indépendants – plusieurs des conseillers qui ont critiqué le maire au cours des quatre dernières années ont été réélus. C’est le cas de Louise Boudrias, Jocelyn Blondin ou Marc Carrière pour n’en nommer que quelques-uns. D’autres élus indépendants qui ont travaillé avec le maire, comme Daniel Champagne ou Gilles Carpentier, sont pressentis comme de futurs candidats à la mairie en 2021. Il faudra voir s’ils collaboreront aussi bien cette fois, ou s’ils décideront de créer leur propre parti politique.

L’autre grande déception de cette élection n’a rien à voir avec les candidats. C’est le taux de participation, toujours aussi anémique. Et toujours aussi incompréhensible. Les médias ont abondamment couvert cette campagne. Les candidats à la mairie ont participé de bonne grâce aux débats électoraux. Ils ont serré des milliers de mains. Ils ont élaboré des cadres financiers, des programmes électoraux détaillés…

Que faudra-t-il donc pour intéresser la population à la politique municipale? Deux partis politiques au lieu d’un?

Patrick Duquette

L’enjeu du parti politique

CHRONIQUE / La chose à surveiller lors du vote de dimanche à Gatineau, c’est si le parti politique du maire sortant Maxime Pedneaud-Jobin réussira à obtenir une majorité de sièges au conseil municipal.

En supposant que le maire sortant lui-même soit réélu, il faudrait que 9 conseillers sur 18 proviennent de son parti pour lui donner la majorité qu’il souhaite. Non, ce n’est pas gagné d’avance. Et si le maire sortant échoue à obtenir cette majorité, il n’aura que lui à blâmer !

Parce qu’il a peu fait, au cours du dernier mandat, pour convaincre la population qu’un parti politique, et à plus forte raison un parti politique majoritaire, serait une bonne chose pour Gatineau. Au contraire, le parti politique du maire a toujours refusé de s’assumer pleinement jusqu’ici.

Certains diront que ce n’est qu’un détail, mais les élus d’Action Gatineau n’ont jamais été assis d’un même bloc autour de la table du conseil municipal au cours des 4 dernières années. Les sièges des conseillers sont disposés, comme avant, par ordre de numéro de district. Le maire aurait pu décider d’asseoir ensemble sa gang d’Action Gatineau. Il aurait donné le signal que son parti est là pour rester. Mais il a préféré gouverner le plus souvent comme si son parti, minoritaire il est vrai, n’existait pas.

Même durant la présente campagne électorale, le maire évite le plus souvent d’employer le mot parti — sauf si un journaliste lui pose directement des questions sur le sujet. Sur les affiches électorales des candidats d’Action Gatineau, on a aussi retenu l’appellation « Équipe Pedneaud-Jobin », encore une fois pour éviter toute référence au parti politique.

Alors je vous pose la question : peut-on reprocher aux Gatinois d’être méfiants vis-à-vis des partis politiques quand même les élus d’Action Gatineau ne s’assument pas pleinement ?

Pour bien des gens, les partis politiques n’ont pas leur place au conseil municipal. Ils ont encore une vision romantique du conseiller municipal qui vote en fonction des intérêts de son quartier en toute indépendance d’esprit. Alors que la réalité d’une grande ville est beaucoup plus complexe et oblige souvent les conseillers soi-disant « indépendants » à nouer entre eux des alliances — comme s’ils formaient un parti.

Les adversaires du maire vous diront aussi que le parti politique favorise la confrontation et la partisanerie. Pourtant, l’expérience a démontré que les conseils municipaux composés exclusivement d’indépendants ne sont pas à l’abri de la petite politique, des chicanes de clocher et du tirage de couverte…

Il y a des avantages réels à avoir des partis politiques sur la scène municipale. Action Gatineau a démontré sa capacité à mobiliser et intéresser beaucoup de monde à la politique municipale, ce qui n’est pas négligeable en cette époque de désillusion et de désintérêt par rapport à la chose politique. Action Gatineau a aussi accouché d’une plate-forme cohérente et structurée, pas d’un cadre financier improvisé à la dernière minute.

Pour avoir suivi quatre des cinq candidats à la mairie sur le terrain, je dois dire que l’avantage du parti politique est particulièrement évident sur le terrain. Où qu’il aille, le maire sortant a du monde qui travaille pour lui, en tout temps, et dans tous les districts électoraux. Et pas seulement pendant la campagne électorale, mais aussi entre les élections. Toute cette organisation se met également au service des candidats d’Action Gatineau.

En comparaison, les adversaires du maire sortant travaillent avec des moyens limités. Sylvie Goneau n’a pas de local électoral. Denis Tassé est mieux entouré. Il disait même disposer de l’appui de tous les conseillers indépendants. L’ennui, c’est qu’on voit mal des conseillers indépendants sortir en bloc pour appuyer un candidat indépendant à la mairie. Pensez-y, ils auraient eu l’air… de former un parti politique !

Je pense que le grand constat qui nous attend au lendemain de l’élection, surtout si le parti du maire rentre majoritaire, c’est qu’il y aura bientôt un second parti politique à Gatineau. Si ce n’est pas un parti, ce sera en tout cas une « équipe » mieux organisée, capable de faire contrepoids à Action Gatineau.

Patrick Duquette

Candidat de dernière minute

CHRONIQUE / Les fonctionnaires à l’air endormi qui attendaient l’autobus près du stationnement incitatif Rivermead, mercredi matin, semblaient se demander : c’est qui, lui ?

Un grand homme au teint basané, aux yeux légèrement bridés et aux cheveux noirs se présente à eux en leur tendant la main. « Bonjour, je m’appelle Clément Bélanger, je suis candidat à la mairie de Gatineau… »

Certaines personnes lui lancent un regard indifférent. D’autres réclament un dépliant électoral que sa tante Margaret, qui l’accompagne ce matin-là, transporte pour lui. Rien d’étonnant à ce que le visage de Clément Bélanger ne sonne pas une cloche chez une majorité d’électeurs. 

Ce haut fonctionnaire fédéral est rentré sur le tard dans la campagne à la mairie en promettant de faire de la politique positive et d’insuffler un sentiment de fierté aux Gatinois. « Sunny Ways! », avait-il déclaré en septembre dernier pour résumer son approche, dans un clin d’œil au discours victorieux de Justin Trudeau en 2015.

En ce mercredi matin de fin de campagne, le soleil n’est pas exactement au rendez-vous sur le chemin d’Aylmer. L’heure de pointe matinale tire à sa fin. Clément Bélanger serre encore quelques mains parmi les gens qui attendent l’autobus dans la grisaille matinale.

« J’essaie de faire des gains à Aylmer, dit-il. Les gens ici se sentent délaissés. Il ne s’y est rien passé depuis quatre ans et je veux changer cela. C’est aussi un secteur où il y a beaucoup de jeunes familles comme la mienne (il est père d’enfants de 7, 11 et 15 ans). Je veux aussi aller chercher le vote anglophone (il est parfaitement bilingue) et le vote ethnique. »

Le vote ethnique ? À cause de ses traits, Clément Bélanger se fait souvent demander s’il est d’origine autochtone. Pas du tout. Son père est un pure laine originaire d’une famille de 16 enfants du Saguenay. Sa mère, décédée subitement quelques jours avant le lancement de sa campagne, était d’origine indonésienne. Quant à son épouse, fonctionnaire fédérale comme lui, elle est équatorienne.

L’heure de pointe terminée, direction la demeure du candidat, boulevard Taché. Il prend le temps de revêtir un complet bleu et une chemise rose (il doit assister au match en rose des Olympiques le soir même) avant de s’installer au comptoir pour rédiger quelques notes en prévision de son allocution du midi devant des étudiants de 17 à 19 ans au cégep Héritage.

Il prévoit leur parler de sa promesse de rendre le transport scolaire gratuit. Et de son projet d’harmoniser l’heure de fermeture des bars du secteur Hull avec le reste du Québec, une promesse potentiellement payante auprès d’un jeune auditoire.

Avant de repartir, il s’arrête devant sa bibliothèque. Un livre de Platon trône en bonne place parmi d’autres ouvrages de philosophie. On y trouve aussi les biographies de Pierre Elliot Trudeau et Brian Mulroney. De même qu’un livre du poète José Rizal, héros national des Philippines. « J’ai visité la maison à Manille où il a été exécuté. Savais-tu qu’il y a un buste de lui à la Maison du Citoyen ? », me dit-il.

Bain de foule aux Galeries de Hull. Le candidat m’explique que c’est l’ex-maire de Gatineau, Robert Labine, qui lui a donné des conseils sur la manière de serrer les mains. « Pas trop fort pour les personnes âgées, la main gauche par-dessus pour un contact plus chaleureux », résume-t-il. Malgré tout, il ne raffole pas de cet exercice, passage obligé de tout candidat à une élection. « Je trouve ça un peu superficiel. J’aime mieux jaser et avoir de vraies discussions avec les gens. »

Oui, mais ça prend plus de temps, remarque sa tante.

Oui, c’est ça le problème, reconnaît le candidat, qui aurait aimé commencer sa campagne plus tôt, mais n’a pu obtenir les autorisations de son employeur avant.

Entre deux poignées de main, Clément Bélanger revient sur sa promesse de créer une maison du Québec sur les terrains de Guertin. Il a fait rire de lui en évoquant une cabane à sucre, des ceintures fléchées et des sets carrés. Mais il ne renie rien.

« Il faut créer un effet wow à Gatineau. Ça fait longtemps qu’on se fait dire qu’on est la ville la plus laide du Québec et que c’est mort au centre-ville. C’est pour ça qu’il faut être positif et avoir de grands projets. »

Clément Bélanger est pour les tours Brigil. À une table, un électeur s’inquiète justement des dommages potentiels du projet sur le quartier patrimonial du Musée. Le candidat a vite fait de balayer ses objections. « Si je ne m’abuse, il faudrait sacrifier seulement deux maisons patrimoniales sur les 60 du secteur. »

Il s’arrête chez les Grands Frères, Grandes Sœurs de l’Outaouais. L’organisme invite les candidats à la mairie pour les sensibiliser à la mission de son organisme. « Moi, j’en profite pour parfaire mon réseau de contacts », me dit Clément Bélanger qui pose beaucoup de questions à la directrice, Yvonne Dubé. Il en profite aussi pour parler de son propre engagement chez les scouts et dans le milieu scolaire, et des cours de tennis qu’il donne bénévolement à des jeunes le samedi matin.

À la fin, la directrice lui dit : vous aurez mon vote.

Au cégep Héritage, le directeur Michael Randall le prévient que les questions des étudiants risquent de porter sur le transport en commun… et la loi 62 qui choque certains musulmans de l’école.

Les questions porteront effectivement là-dessus. Mais l’auditoire est décevant : une quinzaine de jeunes sont présents. Seulement trois ont le droit de vote. La faute, semble-t-il, d’un gros examen de chimie prévu en après-midi.

Le candidat aura plus de succès lors de sa visite à la cafétéria. Plusieurs étudiants lui réservent un accueil sympathique. Il se permettra même une partie de jeu vidéo avec un jeune garçon.

« Vous avez du charisme, on le voit dans vos contacts avec les étudiants », le félicite le directeur à la fin de la visite.