Patrick Duquette

Vol de guerre à Gatineau

CHRONIQUE / Dire que des ti-culs de 19-20 ans partaient à la guerre dans ces gros avions-là. J’ai fait une virée à 200 milles à l’heure dans le ciel de Gatineau, lundi matin, à bord d’un vieux bombardier de la Seconde Guerre mondiale.

L’avion est à Gatineau pour une semaine dans le cadre d’une tournée nord-américaine. Il s’agit d’un B-25 Mitchell toujours en parfait état de marche, 75 ans après ses premières missions de guerre.

L’appareil est de toute beauté avec son fuselage métallique souligné de bleu pâle. Les aviateurs de l’époque avaient baptisé leur appareil Maid in the Shade. D’ailleurs, ils ont peint la plantureuse ménagère en question, langoureusement étendue sous le cockpit.

Chronique

Distraction mortelle

CHRONIQUE / La Société de transport de l’Outaouais a commencé à publier des vidéos d’accidents évités de justesse aux abords du Rapibus. Les images sont spectaculaires. Elles nous font réaliser que la vie ne tient parfois qu’à un fil. Et qu’un bref moment de distraction peut s’avérer mortel!

En tout cas, les deux vidéos diffusées cet été font réagir les gens sur les réseaux sociaux, tout en les sensibilisant à l’importance de respecter la signalisation du Rapibus. En plus, c’est une campagne de sensibilisation qui ne coûte presque rien à la STO.

Chronique

Une poffe ou deux poffes?

CHRONIQUE / Beaucoup de médecins hésitent encore à prescrire du cannabis médical à leurs patients qui souffrent de douleur chronique.

C’est que la prescription de pot médical demeure une science moins précise que celle des médicaments traditionnels. Le dosage, entre autre, est problématique.

Patrick Duquette

L’envahisseur québécois

CHRONIQUE / La dame au bout du fil en a long à dire contre les Québécois de plus en plus nombreux qui vont se faire soigner dans des hôpitaux de l’Ontario pour éviter les attentes à l’urgence.

« Ça n’a plus de bon sens. Les Québécois sont en train d’envahir nos hôpitaux. Des hôpitaux que nous payons avec nos taxes d’Ontariens », s’emporte Gisèle Léger, 74 ans, de Saint-Isidore dans l’Est ontarien.

Patrick Duquette

On leur doit bien ça

CHRONIQUE / Le sénateur André Pratte se dit « consterné » de constater que personne au gouvernement fédéral n’ait été tenu responsable du désastre de Phénix. Il a raison !

C’est ce que j’écrivais après le dépôt du rapport du vérificateur général Michel Ferguson en mai dernier. Ce fiasco n’est la faute de personne et de tout le monde en même temps. Ce qui revient un peu au même.

Plutôt que de pointer des personnes du doigt, le vérificateur général avait préféré invoquer un problème de « culture » à l’intérieur de l’appareil gouvernemental.

Les cadres chargés de mettre en place le nouveau système de paie des employés fédéraux étaient à ce point obnubilés par le respect du budget et des échéanciers qu’ils en ont oublié toute prudence.

Même quand il est devenu évident que le train Phénix fonçait à toute vitesse vers un mur, ces cadres ont préféré mentir à leurs supérieurs plutôt que de lever le drapeau rouge.

Avec les conséquences que l’on sait : un système de paie qui devait permettre d’économiser 70 millions par année coûtera au moins 2,2 milliards juste à « stabiliser ».

C’est sans compter les coûts humains du fiasco et la facture pour remplacer éventuellement Phénix par un autre système plus fiable.

Bref, le sénateur André Pratte a raison de déplorer que personne n’ait été tenu responsable de la débâcle.

En même temps, le comité sénatorial qui s’est penché sur le fiasco Phénix, et dont il faisait partie, a peu fait pour identifier des responsables. Même s’il en avait le pouvoir, ce comité piloté par Percy Mockler a choisi de ne pas faire comparaître les trois cadres responsables de l’implantation de Phénix, ceux-là mêmes qui ont omis de lever les drapeaux rouges quand il en était encore temps.

Les sénateurs ont eu peur que leur comité se transforme en tribunal. Et qu’en rejetant la faute sur trois gestionnaires, on passe à côté du problème plus large de la « culture de gestion » et du manque de mécanisme de surveillance indépendants qui ont miné le projet Phénix. L’argument est valable. Il y avait effectivement un danger que les sénateurs aient l’air de se lancer dans une chasse aux sorcières.

Il reste qu’on est passé à côté d’une belle occasion en refusant de faire témoigner des acteurs clés de la débâcle. Leur comparution aurait permis de clarifier cette fameuse culture de gestion, cette « peur de l’erreur » qui a fait dérailler Phénix et qui demeure pour l’instant un concept intangible.

Or comment changer une culture qu’on est incapable de définir avec clarté ? Une culture, faut-il le rappeler, dont l’existence même est niée par Michael Wernick, grand patron de la fonction publique fédérale et greffier du conseil privé.

Au moins, les sénateurs tentent de remettre un peu d’imputabilité dans l’affaire Phénix.

Des milliers de fonctionnaires vivent encore dans l’incertitude et ignorent le moment où ils seront payés correctement. Le comité sénatorial recommande au gouvernement de s’engager formellement envers ses employés en leur disant à quel moment leurs problèmes de paie seront réglés une fois pour toutes. Se fixer des cibles de la sorte, même au risque de se compromettre, c’est une bonne idée. Le gouvernement fédéral doit bien ça à ses employés.

Patrick Duquette

Nous ne sommes pas des cobayes

CHRONIQUE / Big Brother n’est pas toujours là où on l’attend.

Voilà que des centres commerciaux de la société immobilière Cadillac Fairview se font faits pincer à utiliser des logiciels de reconnaissance faciale à l’insu de leurs clients au Canada. On avait dissimulé des caméras derrière les écrans tactiles des bornes d’information.

Chronique

On devrait échouer plus souvent

CHRONIQUE / L’être humain est curieux de nature. D’ailleurs, le monde se porterait mieux si l’Homme et sa fiancée suivaient cette inclinaison naturelle à s’intéresser à tout — y compris aux idées les plus folles.

Surtout aux idées les plus folles, ajouterait Andrew Pelling. Ce brillant biophysicien de l’Université d’Ottawa a fondé, il y a 10 ans, un laboratoire unique en son genre dans un obscur sous-sol du campus.

Patrick Duquette

À la conquête du monde virtuel

CHRONIQUE / Il fait nuit. Vous êtes seule, assise dans un abribus de la Société de transport de l’Outaouais. Un individu louche sort du bar d’en face. Quand il vous aperçoit, il entreprend de traverser la rue.

Bien vite, son corps s’encadre dans l’ouverture de l’abribus. Vous réalisez qu’il est trop tard. Que toute retraite est impossible. L’homme s’approche, il s’assoit près de vous. Il avance le bras. Pour vous enlacer. Pour vous coincer. Pour vous forcer.

Patrick Duquette

À en décourager le bon citoyen

CHRONIQUE / Quelque chose cloche avec la nouvelle collecte des encombrants à Gatineau. Si des citoyens responsables peinent à se départir d’un simple matelas ou d’un vieux canapé, il y a un problème.

Parlez en Charles Vinet, propriétaire d’une maison en rangée dans le secteur d’Aylmer. Samedi dernier, il a entrepris de se défaire d’un lit. C’est qu’il doit faire de la place dans son logement. Sa copine emménage avec lui le mois prochain.

Voilà donc M. Vinet qui charge sa petite remorque avec le matelas, le sommier, le support à matelas ainsi que la tête de lit. Il se rend jusqu’à la Saint-Vincent-de-Paul. L’organisme de charité prend tout — sauf le matelas qui est cerné et donc irrécupérable.

Qu’à cela ne tienne, M. Vinet se dirige au centre de transbordement municipal du boulevard de la Carrière pour se départir de son vieux matelas de manière écologique. Pas question de le jeter dans un champ ou près d’une boîte de dons comme le font ces jours-ci des citoyens peu scrupuleux.

Au centre de transbordement, surprise. Un employé lui explique sèchement qu’il lui en coûtera 50 $, soit le tarif minimum, pour se départir de son matelas.

Cinquante piastres ?

C’est pas un peu cher pour se départir d’un matelas que j’ai pris la peine de vous amener jusqu’ici avec ma remorque ?, demande M. Vinet.

Le préposé est catégorique. Il explique à M. Vinet que l’autre option qui s’offre à lui, c’est d’attendre la prochaine collecte des encombrants sur sa rue pour se départir sans frais de son matelas.

Or cette collecte, qui passait aux deux semaines, a été réduite à 4 fois par année depuis le 15 juillet.

C’est donc dire que M. Vinet devrait attendre jusqu’en octobre pour se débarrasser sans frais de son vieux matelas. En octobre ? Alors que sa blonde emménage en août et qu’il n’y a pas d’espace de rangement chez lui ? Vous n’y pensez pas ! a lancé M. Vinet au préposé.

Mais il a eu beau plaider sa cause, l’employé était décidé à appliquer le règlement à la lettre. À la fin, M. Vinet a ravalé sa frustration. Il a sorti son 50 $ et il est parti.

« Deux jours se sont écoulés depuis cette expérience des plus désagréables. J’en suis toujours ulcéré et je peine à décolérer, moi qui recycle, qui composte, et qui gère mes déchets de façon responsable », raconte-t-il.

Compte tenu de tout le trouble qu’il s’est donné, M. Vinet trouve que le tarif est abusif et qu’on aurait pu faire preuve d’un minimum de souplesse à son égard.

« Bien des gens auraient simplement quitté le centre de transbordement sans décharger le matelas. Ils seraient allés le décharger à côté d’une boîte de dons, à côté d’une poubelle municipale, sur le bord de la rue Lamoureux à Deschênes ou encore sur le bord d’un chemin de campagne au nord d’Aylmer », note-t-il.

Là-dessus, difficile de le contredire.

Depuis que les encombrants ont cessé d’être ramassés de façon régulière à la mi-juillet, le nombre de plaintes pour des dépotoirs illégaux sur le territoire est en hausse, rapportait plus tôt cette semaine Radio-Canada.

Plutôt que de payer, des gens préfèrent se délester de leurs vieilles affaires dans la nature. Un comportement prévisible, même si la Ville de Gatineau affirmait que ça n’arriverait pas au moment d’annoncer les changements.

Chose certaine, la Ville de Gatineau y est allée raide en passant subitement d’une collecte des encombrants aux deux semaines à une collecte tous les trois mois.

On semble avoir oublié que ce n’est pas tout le monde qui dispose d’une remorque ou d’un camion pour transporter ses vieux meubles jusqu’au centre de transbordement.

Si Gatineau fait des économies sur le contrat de collecte, mais qu’elle les réinvestit dans le nettoyage des dépotoirs à ciel ouvert, elle ne sera guère avancée !

Les choses se replaceront peut-être avec le temps. Pendant la transition, qu’on fasse donc preuve de souplesse avec les citoyens qui collaborent comme M. Vinet.

Mon collègue Daniel Leblanc a découvert que des villes québécoises acceptent gratuitement les vieux matelas. Peut-être est-ce une voie à explorer à Gatineau ?

Patrick Duquette

Erreur sur la personne

CHRONIQUE / Dites-moi, seriez-vous Isabelle par hasard ?

La femme blonde attablée au petit café du département de sciences sociales de l’Université d’Ottawa a tourné son visage vers moi. Avant même qu’elle n’ouvre la bouche, j’avais compris mon erreur. Ce n’était pas la femme de la photo.

« Non, désolé », m’a-t-elle répondu en souriant gentiment, sans doute pour soulager mon embarras. J’ai rougi en réalisant que j’avais l’air du gars qui fait erreur sur la personne lors d’un rendez-vous galant.

J’ai retraité sans demander mon reste.

C’est ironique parce que j’étais à l’Université d’Ottawa non pas pour une blind date, mais pour faire une entrevue avec une chercheuse dont le domaine est justement… la reconnaissance faciale. Un champ de recherche fascinant à notre époque où les enjeux de sécurité prennent toute la place.

Quand la vraie Isabelle Boutet est arrivée — une blonde aux yeux bleus, avec des fossettes sur les joues, comme sur sa photo de profil universitaire — je lui ai raconté ma méprise. J’ai pointé discrètement la femme qui lui ressemblait, à l’autre bout du café.

Elle a ri, en remarquant que je m’étais fié à ses cheveux pour l’identifier. Alors que ce sont les yeux qui offrent le plus d’indices pour reconnaître un visage familier, m’expliquera-t-elle en entrevue.

Dans leurs plus récentes recherches, Mme Boutet et son équipe du département de psychologie se sont intéressées à une question fascinante : pourquoi se trompe-t-on lorsque vient le temps d’identifier un visage qui nous semble familier ?

La question peut sembler anecdotique.

Mais elle ne l’est pas lorsqu’on est policier, douanier ou encore le témoin oculaire d’un crime.

Dans de telles situations, la capacité de reconnaître correctement un visage est vitale, que ce soit pour assurer la sécurité du pays ou pour guider le tribunal vers la vérité.

C’est dans ce domaine que Mme Boutet et son équipe ont fait une percée intéressante. Deux types d’erreurs peuvent survenir lors de la reconnaissance faciale.

Soit on prend un étranger pour quelqu’un qu’on connaît. Soit on ne reconnaît pas quelqu’un qu’on connaît. Les jeunes adultes commettent les deux types d’erreurs. Mais pas les adultes de 55 ans et plus. C’est ça la découverte d’Isabelle Boutet : les plus vieux sont coupables seulement de la première erreur. Ils ont tendance à confondre de parfaits étrangers avec des connaissances.

Ce n’est pas si grave, vous dites ?

Pas si ça se produit une fois ou deux. Mais ce genre de méprises, si elles surviennent à répétition, peuvent amener une personne âgée à douter de sa santé mentale et la plonger dans l’isolement, explique la chercheuse. Et ça, c’est plus grave. Surtout que la sénilité n’aurait rien à voir avec ce type d’erreur sur la personne.

La coupable, ce serait plutôt la vue qui baisse avec l’âge.

Ça, et le fait que les gens âgés ont emmagasiné tellement de visages dans leur mémoire qu’il leur est plus facile de les confondre entre eux.

« L’affaiblissement de la vision serait un des principaux facteurs à l’origine des erreurs de reconnaissance faciale, contrairement à la croyance selon laquelle la perte de mémoire serait généralement en cause », explique Mme Boutet.

Avec ses études, Isabelle Boutet vient ajouter son grain de sel à d’autres recherches réalisées ailleurs dans le monde. En Allemagne, des recherches ont démontré que les douaniers d’expérience performent moins bien que les novices lorsqu’il s’agit de reconnaître un visage sur un passeport. 

Une autre étude a démontré le même phénomène chez des notaires. Un résultat inattendu que les chercheurs peinent à s’expliquer.

Est-ce parce que les employés plus vieux sont blasés ? Moins attentifs ?

L’étude de Mme Boutet vient apporter un éclairage nouveau. Ces douaniers vieillissants auraient peut-être intérêt à porter davantage leurs lunettes pour mieux accomplir leur travail et éviter un départ à la retraite prématuré. Quant à moi, il me faudrait sans doute m’en procurer une bonne paire pour éviter d’autres rencontres embarrassantes !