Patrick Duquette

Les maux invisibles

CHRONIQUE / On ne pense jamais aux aqueducs. Sauf quand un trou béant s’ouvre soudainement dans la chaussée et qu’un torrent d’eau se répand dans le quartier. C’est ce qui s’est produit lundi soir sur le boulevard Alexandre-Taché à Gatineau. Résultat ? Tout un secteur privé d’eau potable. Des sous-sols inondés. Des écoles fermées. Le résultat de 40 ans de négligence, a résumé le maire Maxime Pedneaud-Jobin.

Eh oui.

Patrick Duquette

La résistance au quotidien

CHRONIQUE / La résistance est le mot de l’heure depuis que le gouvernement de Doug Ford a coupé dans les services en français en Ontario. Mais pour Michel Thibaudeau, un Gatinois qui vit depuis 12 ans dans de petites communautés francophones hors Québec, la résistance est depuis longtemps une réalité quotidienne.

Ce natif de Thurso, comptable de profession, a accepté un emploi en Saskatchewan en 2006. Avec son épouse anglophone et ses quatre jeunes enfants, il est parti pour Regina, la capitale de cette province. En se disant qu’il n’aurait plus l’occasion de parler français aussi souvent…

Patrick Duquette

La petite histoire du monde [PHOTOS]

CHRONIQUE / Dans une récente chronique, j’évoquais cette boîte d’archives que je garde au sous-sol. Elle renferme de vieux papiers qui datent de mon adolescence. Des poèmes, des journaux intimes, des photos… Chaque fois que je retombe sur cette vieille boîte, je remonte dans le passé. Un pan oublié de ma vie ressurgit, celle de mes jeunes années de révolte et d’idéalisme…

Je croyais ces vieux documents sans intérêt. D’ailleurs, s’il n’en tenait qu’à ma blonde, la boîte aurait pris le bord du recyclage depuis longtemps. Mais je suis incapable de m’en débarrasser. J’aime me replonger dans mes vieilles affaires. Un historien de l’Outaouais, Alain Roy, m’a écrit pour me dire que mes archives étaient peut-être plus précieuses que je l’imaginais.

Patrick Duquette

Révolue, l’ère des petits cadeaux

CHRONIQUE / Le grand patron de la Commission de la capitale nationale (CCN), Mark Kristmanson, a accepté des cadeaux qu’un homme dans sa position n’aurait pas dû accepter. Et il a reçu un blâme bien mérité de la part du commissariat aux conflits d’intérêts et à l’éthique.

Parfois accompagné de sa conjointe, M. Kristmanson a accepté des invitations à des réceptions, des concerts et des spectacles de la part d’organisations qui devaient transiger avec la société d’État et qui avaient intérêt à l’influencer, d’une manière ou d’une autre.

Patrick Duquette

De la graine de premier ministre

CHRONIQUE / Nos ados rêvent de grands voyages ou de rencontrer des vedettes. Aiden Anderson, lui, rêvait de vivre la vie d’un premier ministre du Canada. Un vœu qu’il exauce ces jours-ci grâce à Make-a-Wish Canada.

Le jeune homme de 15 ans, atteint d’une rare maladie cardiaque, a droit à la totale. On lui a organisé un voyage plein de surprises de 5 jours dans la capitale fédérale dont le point culminant était une rencontre en privé avec le premier ministre Justin Trudeau.

Patrick Duquette

Conseil de village

CHRONIQUE / Avez-vous écouté les discussions du conseil municipal de Gatineau, mardi après-midi ?

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin et son parti Action Gatineau attendaient de pied ferme la conseillère Louise Boudrias. Celle-ci a prétendu, la semaine dernière, que Gatineau se classait en tête des grandes villes du Québec en ce qui trait au pourcentage du budget consacré à la masse salariale. Il est temps de stopper cette hausse, disait-elle, qui gruge l’épargne des Gatinois…

Partick Duquette

Pot légal : le monde à l’envers

CHRONIQUE / Ai-je la berlue ? Le Québec est-il en train de devenir plus puritain que l’Ontario, sa prude voisine ?

En tout cas, le gouvernement de François Legault vient de faire passer à 21 ans l’âge légal pour acheter ou posséder du cannabis récréatif dans la Belle Province. En Ontario, cette limite demeure fixée à 19 ans - le même âge que pour la cigarette et l’alcool.

J’ai de la misère à comprendre la décision de François Legault. Il me semble que le premier ministre cède devant le discours de peur qui prévalait AVANT la légalisation, quand on craignait encore que les poteux de tous acabits envahissent les rues et les parcs de nos villes. Une menace qui ne s’est pas réalisée.

En haussant la limite à 21 ans, le premier ministre Legault veut décourager les jeunes de consommer du pot. Dans les faits, il risque surtout surtout de pousser cette belle jeunesse à s’approvisionner en cannabis auprès de leur pusher… comme avant la légalisation. Les revendeurs de rue pourront refiler à peu près n’importe quelle cochonnerie aux jeunes. C’est le crime organisé qui va être content.

J’écoutais le député libéral de Pontiac, André Fortin, talonner le ministre délégué à la Santé et aux services sociaux, Lionel Carmant, à l’Assemblée nationale. Je l’entendais répéter que l’approche caquiste va à l’encontre de la science et de l’avis des experts de la santé publique. « Le projet de loi qu’il dépose aujourd’hui ne fait rien pour protéger les jeunes ! », insistait André Fortin.

Moi aussi je me demande en quoi les nouvelles restrictions protégeront mieux les jeunes, y compris les jeunes à risque de développer des troubles psychotiques, une des préoccupations tout à fait légitimes du gouvernement Legault.

Si on veut envoyer un message très clair aux jeunes, à savoir que la consommation de pot peut provoquer de graves problèmes de santé mentale, une bonne campagne de sensibilisation ferait mieux l’affaire qu’un durcissement de la loi.

La légalisation du cannabis est au départ une démarche de santé publique. En augmentant les restrictions, le gouvernement Legault dénature cette approche. Il en refait un problème de sécurité publique. Hausser l’âge légal, interdire le pot dans presque tous les lieux publics, c’est un retour à une forme de prohibition. La prohibition qui a prouvé son inefficacité, qui gaspille des fortunes en répression policière, qui fait emprisonner des innocents… sans empêcher les gens de consommer.

Oui, la CAQ avait promis de faire passer l’âge légal à 21 ans en campagne électorale. M. Legault a juré de tenir ses promesses, ce qui est tout à son honneur. Mais il a aussi promis de reconnaître ses erreurs. Il en fait une en repoussant dans la cour des hors-la-loi tous ces jeunes Québécois de 18-21 ans. 

Dans la région frontalière d’Ottawa-Gatineau, la hausse de l’âge légal pourrait créer un tourisme du pot vers l’Ontario. Au temps peu glorieux des bars de la promenade du Portage, les Ontariens traversaient le pont interprovincial pour venir boire un coup au Québec. 

Bientôt, ce sont les jeunes Gatinois de 19-21 ans qui iront rouler leurs joints en Ontario. Le monde à l’envers !

Patrick Duquette

Les sceptiques de la vaccination

CHRONIQUE / Beaucoup de parents sceptiques face à la vaccination se reconnaîtront dans l’histoire de Tara Hills, une mère d’Ottawa qui refusait d’immuniser ses enfants de crainte de les rendre malades.

Il en fut ainsi pendant 7 ans jusqu’à ce que quelqu’un accepte de répondre patiemment, et sans condescendance, à toutes les questions de la jeune mère sur la vaccination.

Patrick Duquette

Il faut plus que des condos sur les plaines

CHRONIQUE / Que reste-t-il des beaux projets pour redévelopper les plaines LeBreton ?

À moins d’une surprise, la Commission de la capitale nationale (CCN) mettra fin à son association avec le groupe Rendez-Vous LeBreton en janvier. Le torchon brûle entre les deux partenaires du projet, à tel point que leurs positions semblent irréconciliables. Qu’on se rappelle que le propriétaire des Sénateurs, Eugene Melnyk, a déposé une poursuite de 700 millions contre son partenaire Trinity Development Group. Rien pour améliorer leurs relations d’affaires…

Dans les circonstances, la CCN pourrait se tourner vers l’autre groupe en lice pour redévelopper les plaines LeBreton. Devcore-Canderel DLS deviendrait ainsi le nouvel interlocuteur privilégié de la société d’État. Ce groupe compte sur de puissants appuis financiers (André Desmarais de Power Corporation et l’homme d’affaires Guy Laliberté entre autres). Le président de Devcore, Jean-Pierre Poulin, a d’ailleurs signifié lundi son désir de discuter plus avant avec la CCN si celle-ci tourne le dos à Rendez-Vous LeBreton en janvier.

De fait, Devcore-Canderel DLS avait présenté un projet emballant, il y a deux ans. Tout comme le groupe d’Eugene Melnyk, le consortium misait sur la construction d’un amphithéâtre de la LNH pour redonner une seconde vie aux plaines LeBreton. Bonus intéressant : le groupe proposait d’inclure à son projet la future bibliothèque municipale d’Ottawa.

Pour gagner les faveurs de la CCN, Devcore-Canderel avait pimenté son offre d’une série d’attraits récréatifs et touristiques qui verraient le jour autour du futur amphithéâtre des Sénateurs : aquarium, skate-parc, simulateur de chute libre, musées, planétarium, en plus de la construction de quelques milliers de logements.

Même si la proposition de Devcore-Canderel était plus flamboyante que celle de Rendez-Vous LeBreton, c’est pourtant cette dernière qui avait remporté le droit de négocier avec la CCN. Pourquoi ? Je ne vois qu’une explication : tant pour la CCN que pour la Ville d’Ottawa, la revitalisation des plaines LeBreton passait par la construction d’un amphithéâtre de la LNH. Et tant que Melnyk est propriétaire des Sénateurs d’Ottawa, c’est lui qui détient la clé pour dénouer toute l’affaire.

D’ailleurs, Devcore-Canderel est clair à ce sujet. Le groupe ne bâtira pas d’amphithéâtre sur les plaines LeBreton sans la garantie d’y faire jouer une équipe de hockey professionnel. Personne à Ottawa ne veut se ramasser avec un éléphant blanc comme le centre Vidéotron à Québec. Tout au plus, Devcore-Canderel s’engage à réserver un terrain pour un amphithéâtre, près d’une station du train léger.

Or sans l’amphithéâtre, que reste-t-il du projet de Devcore ? La Ville d’Ottawa a décidé d’installer ailleurs sa bibliothèque municipale. C’est bien beau un aquarium, un musée de la bière, un skate-parc ou un planétarium. Mais est-ce que ces seuls attraits suffiraient à attirer les foules sans le pouvoir d’attraction d’un amphithéâtre de la LNH ? Ça reste à démontrer.

Chose certaine, on ne peut pas se limiter à construire des condos sur les plaines LeBreton. Ce serait du gaspillage. Un terrain d’une telle valeur doit compter des institutions de prestige – amphithéâtre, musée national ou autre. Mon impression ? Tout cela est loin d’être réglé. La CCN tente de concilier l’intérêt public avec des intérêts privés dans ce dossier.

Un objectif honorable, mais difficile à atteindre quand la valeur du projet se calcule en milliards de dollars.

Patrick Duquette

Denise Bombardier a tort

CHRONIQUE / Quand Doug Ford a coupé dans les services en français en Ontario, des petits malins m’ont écrit pour me narguer. C’est bien la preuve que Denise Bombardier avait raison, hein, monsieur le chroniqueur?

Non, justement.

Mme Bombardier a déclaré à l’émission Tout le monde en parle qu’à peu près toutes les communautés francophones du pays avaient disparu en dehors du Québec. Or pour une espèce en voie de disparition, je trouve que les Franco-Ontariens ont l’air plutôt bien vivants ces jours-ci.

Et ils font bien de se débattre de la sorte car il en va de la survie de leur langue et de leur culture.

J’en entends dire que la bataille contre l’assimilation est perdue d’avance dans les communautés francophones au Canada. Je ne compte plus les courriels de lecteurs qui me rappellent les propos d’Yves Beauchemin. L’auteur du Matou qualifiait les minorités francophones hors Québec de «cadavres encore chauds» en… 1990.

Trente ans plus tard, elles sont toujours là, ces minorités, même si elles perdent du terrain. Une minorité est toujours perdue d’avance contre une majorité quand elle n’a pas de lois ou d’institutions fortes pour la soutenir. C’est pourquoi les décisions récentes de Doug Ford sont inacceptables pour les Franco-Ontariens et que même un contexte budgétaire serré ne peut les justifier.

Je suis Québécois de naissance. Mais à force de travailler en Ontario pour un journal qui est né précisément pour défendre les droits des francophones en 1913, je suis devenu - un peu - Franco-Ontarien. Par solidarité. Par admiration même.

Certains Québécois regardent de haut les Franco-Ontariens. Ils se moquent de leur accent. De leur tendance à «switcher» à l’anglais dès qu’un anglophone est dans la pièce. S’ils ne sont pas contents en Ontario, ils n’ont qu’à déménager au Québec, m’ont écrit des lecteurs. Tellement facile à dire. Moi, je n’oserais jamais les regarder de haut. Je les ai vus trop de fois se battre pour conserver leurs fragiles acquis.

Contrairement aux Québécois qui avaient l’avantage du nombre pour prendre le contrôle de leurs institutions lors de la Révolution tranquille, les Francos, eux, se battent constamment en désavantage numérique. Ils ne peuvent se permettre de se diviser entre eux s’ils veulent avoir la moindre chance de faire entendre raison à des Anglos sûrs de leur fait et insensibles à la fragilité de la communauté francophone — comme Doug Ford.

Les Québécois sont chanceux. Ils peuvent tenir pour acquises leurs institutions francophones. Le droit de s’exprimer en français dans les instances du gouvernement, dans les assemblées délibérantes ou sur leur lieu de travail est protégé par la Charte de la langue française. Ils ont le privilège de pouvoir étudier en français de la maternelle au doctorat, puis de travailler majoritairement dans leur langue maternelle.

D’ailleurs, si les Québécois ont moins d’appétit pour la souveraineté qu’à une certaine époque, c’est largement, je pense, parce qu’ils ont le sentiment qu’ils peuvent vivre dans leur langue et avec leur culture au sein du Canada. Au fil des ans, le Québec a aussi acquis un certain contrôle sur des domaines clés de compétence fédérale comme la main-d’oeuvre, la culture et l’immigration. Sans nécessairement former un pays, le Québec peut largement contrôler sa destinée.

Les Franco-Ontariens, eux, ne peuvent jamais rien tenir pour acquis. En un seul énoncé budgétaire, Doug Ford leur a retiré deux institutions essentielles pour leur avenir, le Commissariat aux services en français et le projet d’Université de l’Ontario français. En un seul discours, dehors le commissaire, aux oubliettes l’Université de l’Ontario français.

«You bet», qu’ils vont se battre. Comme ils l’ont fait en 1912 contre le règlement 17 qui interdisait l’usage du français comme langue d’enseignement et de communication. Comme ils l’ont fait en 1997 pour éviter la fermeture de l’Hôpital Montfort. C’est la preuve qu’ils sont vivants. Le jour où ils ne se lèveront plus pour défendre leurs droits, ce jour-là, vous pourrez dire qu’ils sont des cadavres encore chauds.