Chroniques

Si Zachary avait su

Je lisais l’histoire de cette mère d’Ottawa, Heather Mitchell, qui part en croisade pour forcer Santé Canada à resserrer les lois sur les boissons énergisantes au pays.

Son fils Zachary, un jeune homme de 21 ans en pleine forme et amateur de sports extrêmes, est mort noyé dans un lac de Val-des-Monts après avoir consommé au moins deux Red Bull à l’été 2016 lors d’un party de chalet avec des chums. L’enquête de la coroner Pascale Boulay avait établi un lien entre son décès et la consommation des breuvages énergisants.

Patrick Duquette

Une nuit blanche dans son fauteuil roulant

CHRONIQUE / Steve Dolesch refuse de se plaindre ou de se faire plaindre. Il reste qu’il dépend des autres pour ses soins quotidiens. Que ce soit pour se laver, s’habiller, préparer ses repas ou faire ses besoins (juste le numéro 2, précise-t-il en rigolant).

Mais récemment, un dimanche, Steve Dolesch a passé la nuit entière dans son fauteuil roulant, seul dans son logement du boulevard Sacré-Cœur à Gatineau. « Je n’avais personne pour venir me coucher dans mon lit », m’a-t-il dit. J’ai senti mon cœur se serrer. « Quoi, vous êtes resté toute la nuit assis sur votre chaise ? »

Patrick Duquette

Les voies ensoleillées de l’UQO

CHRONIQUE / C’est fou ce qu’on peut accomplir avec de la volonté politique.

Vous vous rappelez, cette saga autour des cours en anglais à la future faculté satellite de médecine de l’Université McGill à Gatineau ? C’est réglé.

Patrick Duquette

Terre plate et cannabis

CHRONIQUE / Je trouve qu’il faut un certain courage au maire Maxime Pedneaud-Jobin pour aller exposer son point de vue sur la légalisation du cannabis en commission parlementaire à Québec.

Le gouvernement de François Legault a de toute évidence déjà fait son nid dans ce dossier pour des raisons essentiellement idéologiques. Peu importe ce qui se dira à cette commission parlementaire, il semble clair que le premier ministre ira de l’avant avec une hausse de l’âge légal à 21 ans et le bannissement de la substance de tous les espaces publics.

Patrick Duquette

O-Train : du grand théâtre

CHRONIQUE / Dans la grande salle de l’hôtel de ville d’Ottawa où se réunissait le comité des finances, mardi matin, une seule et même question était sur toutes les lèvres. Après déjà deux reports, le train léger d’Ottawa sera-t-il enfin prêt à la date prévue du 31 mars ?

Le maire Jim Watson a posé d’entrée de jeu la question à Peter Lauch, le grand patron de Groupe de transport Rideau (GTR), et donc l’homme à la tête du consortium chargé de coordonner la mise en oeuvre de ce gigantesque chantier de 2,1 milliards.

Patrick Duquette

Docteur, où êtes-vous?

CHRONIQUE / Vous ai-je dit que j’ai un médecin de famille ?

Il m’a été attribué dans les derniers mois du règne libéral de Philippe Couillard, alors que c’était la course pour donner un médecin de famille à tout le monde. À l’époque, il y avait beaucoup de pression pour atteindre les objectifs de la réforme Barrette. C’était le monde à l’envers : les médecins se battaient pour avoir des patients. Les listes d’attente se sont vidées dans le temps de le dire.

Chroniques

La fois où c’est passé proche

CHRONIQUE / Le jour où une dame trop pressée a failli faucher un enfant qui sortait de son autobus scolaire, Michel Malette a vu rouge. « Il n’y a rien que je ne lui ai pas dit, à cette femme-là », raconte le chauffeur de la compagnie Bigras Transport à Gatineau.

Il s’en souvient comme si c’était hier, c’était sur le chemin de Chambord, dans le secteur Gatineau. Son autobus clignotait de tous ses feux rouges, le panneau d’arrêt était déployé, de même que le bras d’éloignement.

Patrick Duquette

Pas si différents, ces gens-là

CHRONIQUE / Un ex-diplomate qui travaille avec les réfugiés, Jacques Laberge, était outré des déclarations de Nathalie Lemieux, cette élue de Gatineau qui dit que les musulmans ne s’intègrent pas, qu’on a raison d’en avoir peur. Viens avec moi, m’a dit M. Laberge, je vais t’en présenter des immigrants qui s’intègrent.

On s’est retrouvé au Shawarma Santé, un restaurant tenu par deux immigrés libanais rue Principale, à Aylmer. Osama Jassim, 19 ans, y travaille depuis trois ans. Osama comme dans Osama ben Laden. Un nom à faire fuir les Nathalie Lemieux de ce monde…

Patrick Duquette

Ça se passait de même

CHRONIQUE / Bien des gens de Gatineau ont encore sur le cœur les expropriations massives des années 1970 afin de faire place à l’autoroute McConnell-Laramée, qui a fini par devenir le boulevard des Allumettières.

On peut les comprendre. Des dizaines de familles des rues Saint-Laurent, Richelieu ou Laramée ont été expropriées cavalièrement à l’époque, afin de permettre la construction de cette autoroute qui ne sera inaugurée qu’en 2007, soit 35 ans plus tard.

Patrick Duquette

Ces gens-là

CHRONIQUE / Que faire contre la bêtise crasse, celle qui fait dire d’un même souffle à une élue de Gatineau que l’islamophobie n’existe pas au Québec… et qu’on a raison d’avoir peur des musulmans ?

« Ces gens-là, a ajouté la conseillère Nathalie Lemieux en parlant des musulmans, ces gens-là font beaucoup de choses mal, avec leurs camions et toutes ces choses-là, et c’est normal d’en avoir peur. »

J’étais sidéré en lisant les propos de Mme Lemieux, une jeune politicienne fraîchement élue en 2017, qui a rapidement gravi les échelons pour siéger au comité exécutif de la Ville de Gatineau et obtenir le titre de maire suppléante.

En quelques phrases bien tassées, elle vient probablement de torpiller sa carrière politique. Même une rétractation ne la sauvera pas. Pas dans une ville comme Gatineau, dont le maire a fait du vivre-ensemble et de l’intégration des immigrants un point d’orgue de son programme.

En voulant féliciter le premier ministre François Legault de sa position sur l’islamophobie, Mme Lemieux a plutôt fait étalage d’un racisme larvé, révélant au monde ses préjugés sur les musulmans. « Ce peuple ne s’intègre pas », a-t-elle ajouté, après avoir laissé entendre que les musulmans étaient des terroristes potentiels, à l’affût d’une occasion de foncer dans une foule au volant d’un poids lourd.

Je lisais les propos de Mme Lemieux qui parlent de « ces gens-là » pour désigner les musulmans. Et je me suis demandé si elle incluait dans sa grande généralisation les six victimes de la tuerie de la mosquée de Québec. Est-ce que « ces gens-là » incluent Aymen Derbali, survivant de cette fusillade, qui est venu participer plus tôt cette semaine à une cérémonie de commémoration à la mosquée de Gatineau ?

M. Derbali s’est pris sept balles en tentant de maîtriser le tueur, Alexandre Bissonnette. Un geste héroïque qui a contribué à sauver des vies, mais qui l’a aussi condamné à se déplacer en fauteuil roulant. Même s’il avait toutes les raisons d’être désabusé, cynique et amer, M. Derbali continue de parler d’ouverture aux autres, de tolérance et même de pardon face au tireur. Un bel exemple de résilience et d’humanisme, à une époque qui en a beaucoup besoin. Et qui démontre assez éloquemment que ces « gens-là » ont des choses intéressantes à partager avec leur société d’accueil.

Mme Lemieux voulait donner raison à François Legault qui soutient qu’il n’y a pas de « courant » islamophobe au Québec. Jusque là, j’étais d’accord. Je pense que les Québécois sont en général tolérants envers les musulmans. La question des signes religieux, notamment le port du hijab, a le don d’en agacer plusieurs. 

Mais pourvu que la religion demeure une affaire privée et individuelle, ils ne feront pas de chichis.

Il n’y a pas de courant islamophobe, mais il y a des actes qui le sont. En témoignent ces 117 crimes haineux ciblant des musulmans rapportés au Québec en 2017. Il ne faut pas fermer les yeux, ça existe. Mais la pire réaction est de blâmer tout le monde. 

De mettre tout le monde dans le même panier. Ça a pour effet d’exciter les sots, comme le dirait Kipling.

C’est là un réel danger et c’est ce qu’a fait Mme Lemieux avec ses malheureuses déclarations. Ce faisant, elle représente bien mal Gatineau, l’Outaouais et le Québec, comme l’a signalé fort à propos le député libéral André Fortin. Sur les délicates questions d’immigration, on attend de nos politiciens qu’ils élèvent le débat au-dessus des préjugés. Pas qu’ils y plongent tête première.