Une visite au restaurant Edgar dans Val-Tétreau s’est bien déroulée pour le maire sortant, sauf lorsqu’il a été interpellé par une voisine du commerce mécontente du projet d’agrandissement du resto.

Pas le temps de souffler

CHRONIQUE / Notre chroniqueur Patrick Duquette suit pas à pas des candidats à la mairie de Gatineau durant leur périple électoral. Aujourd’hui, le maire sortant Maxime Pedneaud-Jobin.

Mardi matin, 7 h 30. Maxime Pedneaud-Jobin est attablé au Tim Hortons du Plateau en compagnie de sa candidate dans le district, Maude Marquis-Bissonnette, et de son attachée de presse, Laurence Gillot.

Le maire sortant est d’excellente humeur. Le sondage du Droit, divulgué le matin même, le place largement en avance sur son plus proche rival, Denis Tassé. Avec Mme Gillot, il prépare sa réponse aux journalistes qui voudront recueillir ses réactions au sondage.

« Même si c’est bon pour mes adversaires, tu sais ce que j’ai envie de dire ? Que rien n’est joué. En 2013, je traînais à 17 points derrière à deux semaines du vote. Quand votre sondage est sorti, je pleurais en position fœtale dans un coin ! On n’allait absolument nulle part. »

Deux semaines plus tard, il remportait pourtant la mairie, sa campagne revigorée par la grogne à l’endroit du nouveau Rapibus.

Quand mon collègue Mathieu Bélanger s’arrête au Tim Hortons pour une brève entrevue, le candidat insistera sur sa campagne d’idées.

Et tant pis pour ceux qui aimeraient le voir faire plus de déclarations-chocs.

« Les tripeux de politique veulent du sang. Mais la majorité des gens veulent surtout savoir où on s’en va avec la ville. » 

Pendant ce temps, Maude se prépare pour un débat à la radio contre son adversaire Patrick Doyon. Le dossier du chemin Pink devrait figurer au cœur de l’affrontement. Mais c’est la question de l’immigration, son domaine d’étude et professionnel, qui passionne la jeune mère et doctorante en politiques publiques. « Le quart des habitants de mon quartier ne sont pas nés au Canada », dit-elle.

Le maire saisit la balle au bond. L’immigration est une de ses marottes. Il milite pour obtenir une antenne du centre de prévention contre la radicalisation à Gatineau, en plus de préparer un sommet du vivre-ensemble. 

C’est bien beau les soupers multiculturels, dit-il, mais l’intégration passe d’abord par l’emploi. « Comme le dit la conseillère Mireille Apollon : on s’échangera des recettes quand on aura trouvé une job ! »

Avec Laurence Gillot, Maxime Pedneaud-Jobin prépare sa journée et ses interventions auprès des journalistes.

Vers 9 h, départ pour la Maison du citoyen. Chacun prend son auto. Le maire conduit une petite Ford hybride qui lui sert pour ses déplacements entre son domicile de Buckingham et l’hôtel de ville. Lorsqu’il est en fonction, Laurence Gillot le conduit dans sa camionnette.

Pourquoi ne pas embaucher un chauffeur comme l’ex-maire Yves Ducharme ? M. Pedneaud-Jobin n’y songe même pas. Trop risqué politiquement. Même s’il craint parfois de s’endormir au volant quand il revient tard le soir sur la 50.

À l’hôtel de ville, il remet son chapeau de maire. Son chef de cabinet, Melvin Jomphe, a besoin de son approbation dans plusieurs dossiers.

Puis il se prépare pour la conférence de presse conjointe du matin avec le maire d’Ottawa, Jim Watson.

Les deux villes se sont alliées pour attirer dans la région le deuxième siège social américain du géant Amazon. Les enjeux sont énormes : 55 000 emplois potentiels et 5 milliards de retombées.

Mais la concurrence est vive. Plusieurs grandes villes canadiennes sont sur les rangs, y compris Montréal. 

Avec un sourire amusé, M. Pedneaud-Jobin raconte qu’il était avec Denis Coderre lorsque le partenariat entre Ottawa et Gatineau a été annoncé.

Non, le maire de Montréal n’était pas content d’avoir de la concurrence à l’autre bout de la 50…

En arrivant à la conférence de presse à Ottawa, M. Pedneaud-Jobin salue des journalistes avant de s’engouffrer dans un local pour un bref conciliabule avec le maire Watson. « Félicitations pour votre sondage », l’encense son homologue.

La conférence de presse se déroule rondement. Les journalistes n’insistent pas pour connaître les détails de la soumission qui sont confidentiels.

M. Pedneaud-Jobin réussit à passer son message. Peu importe que la candidature d’Ottawa-Gatineau soit retenue ou non par Amazon, le seul fait que les deux villes ont travaillé ensemble dans un dossier de développement économique est une victoire en soi, dit-il.

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De retour dans la camionnette, Laurence Gillot prévient le maire : « On switche de cerveau, on redevient un candidat à la mairie ».

Bref arrêt au local électoral de la rue Eddy, le temps d’enregistrer un message automatisé à l’intention des membres d’Action Gatineau. Les deux stratèges du maire, Patrick Robert-Meunier et François Léveillé, me taquinent sur ma chronique du matin où je parle du « ton professoral » du maire. « Bienvenue dans l’antre du spin », rigole Pedneaud-Jobin.

Ensuite, bain de foule sur le campus de l’Université du Québec en Outaouais. Des profs et des étudiants dînent à la cafétéria. Accompagné de la candidate du district, Melisa Ferreira, M. Pedneaud-Jobin serre des mains.

L’accueil est cordial. Mais une dame en a long à dire au maire. Elle l’entretient longuement de ses démêlées avec l’urbanisme pour un problème récurrent d’accumulation d’eau dans son sous-sol. Son histoire ressemble à s’y méprendre à un cas rapporté par l’ombudsman. Le maire l’écoute patiemment, promet de voir ce qu’il peut faire.

« Le problème, ce n’est pas vous, conclut la dame. Ce sont les fonctionnaires. »

Une autre dame s’insurge contre la demande d’agrandissement du restaurant Edgar, dans Val-Tétreau. Voisine du commerce, elle s’inquiète pour sa tranquillité. Le maire insiste sur la nécessité du dialogue pour en arriver à une entente dans ce dossier.

Il est déjà 13 h 30 quand le maire et sa suite prennent la pause du lunch… au Edgar, justement. Au début du mois, le maire a signé une lettre d’appuis en faveur de l’agrandissement. De fait, le petit local est plein à craquer. On avale nos assiettes en vitesse. Le sandwich au porc effiloché est excellent.

Retour au local électoral en milieu d’après-midi. M. Pedneaud-Jobin s’enquiert du débat du midi au 104.7. On lui dit que Maude s’est bien défendue. Pas le temps de souffler : il doit se préparer pour le débat du Droit, en soirée. Alors qu’il s’apprête à s’enfermer avec ses stratèges, son téléphone bippe. Un texto de son père. Il sourit en reconnaissant l’extrait d’une chanson de Kenny Rogers.

« There’ll be time enough for countin’ when the dealin’s done. »

Traduction libre : Courage fils, t’auras bien le temps de souffler après l’élection.