Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton

Parodie spatiale

CHRONIQUE / (Juillet 2009, quelque part dans l’espace, à 400 km de la Terre…)«Houston. Ici le commandant de la station spatiale internationale. Répondez Houston.

—Ici Houston. On vous écoute.

—Houston, nous avons un problème.

—Pouvez-vous répéter, commandant ?

—Nous avons un problème.

—On vous écoute.

—Une astronaute qui est avec nous depuis quelques jours mine le moral de l’équipage.

—Vous avez dit UNE astronaute, commandant ?

—Oui.

—La Canadienne ?

—10-4, Houston.

—Quel est le problème, commandant ?

—D’abord Houston, elle exige qu’on lui aménage son propre bureau loin des regards du reste de l’équipage. Nous n’avons pas d’espace pour ça.

—Ne pouvez-vous pas accrocher une toile ou une pièce de tissu autour de son poste de travail pour l’isoler des autres astronautes, commandant ?

—C’est que… voyez-vous Houston, nous n’avons pas de pièces de tissu qui traînent ici. Nous sommes une station spatiale, pas un Bouclair.

—Compris, commandant.

—Ça ne s’arrête pas là, Houston. L’astronaute canadienne est aux commandes du bras robotisé spatial de la navette, le Canadarm, ainsi que du bras robotisé Canadarm2 de la station spatiale.

—En effet. Elle possède une expertise dans ce domaine, dans la robotique.

—Je ne remets pas ses compétences en question, Houston. C’est qu’hier, elle a décidé de rénover en exigeant que l’on «switch» ces deux bras.

—Avez-vous dit «switch», commandant ?

—«Switch», Houston. Elle veut prendre le bras robotisé de la navette pour l’installer sur la station spatiale, et prendre le bras de la station spatiale pour l’installer sur la navette. Elle veut rénover en les «switchant» de place.

—Que lui avez-vous répondu, commandant ?

—Rien. Lorsqu’elle m’a présenté sa demande, les deux bras me sont tombés.

—Lui avez-vous expliqué que sa demande est irréalisable, coûteuse et inutile ?

—Oui. Mais elle affirme que, en tant que Canadienne, les deux bras robotisés Canadarm lui appartiennent et qu’elle peut en faire ce qu’elle veut. Elle demande même que ce soit elle qui puisse sortir dans l’espace pour effectuer le «switch».

—Pouvez-vous répéter, commandant ?

—Elle veut sortir dans l’espace. Et sans qu’on la voit.

—Sans que vous la voyiez faire quoi ?

—Sortir, Houston ! Sortir ! Elle veut sortir de la station spatiale quand bon lui semble ! Et elle exige qu’on lui construise une petite échelle afin qu’elle puisse rejoindre la porte et sortir sans l’aide de quiconque.

—Lui avez-vous expliqué qu’une sortie dans l’espace nécessite un travail d’équipe minutieux, commandant ?

—Oui, Houston. J’ai même levé le ton.

—Et… ?

—Dans l’espace, personne ne vous entend crier.

—Où se trouve l’astronaute canadienne en ce moment, commandant ?

—Elle s’est installée dans la navette Endeavour jusqu’à ce que son poste de travail privé dans la station spatiale soit aménagé, que la petite échelle soit construite et que le «switch» des bras robotisés soit approuvé par NASA. Elle n’est pas sortie de la navette depuis trois jours, Houston. Nous avons un problème.

—Compris, commandant. Alors, annulez la mission. Vous et votre équipe revenez immédiatement sur Terre.

—10-4, Houston. Mission annulée. La navette Endeavour quittera la station spatiale internationale à 06:00, huit jours avant son départ prévu. Devrait-on ramener l’astronaute canadienne avec nous, Houston ?

—Bien entendu.

—Sera-t-elle mutée à une autre branche de la NASA ?

—On verra. Mais le gouvernement canadien lui trouvera sûrement un autre poste à occuper… »