Marie-Ève Lambert
La Voix de l'Est
Marie-Ève Lambert
Me semble que les parents sont à boutte depuis pas mal plus longtemps que six mois... et que cette pandémie n’est que la goutte qui fait déborder le vase.
Me semble que les parents sont à boutte depuis pas mal plus longtemps que six mois... et que cette pandémie n’est que la goutte qui fait déborder le vase.

Parents en détresse

CHRONIQUE / «Maman, c’est quand que la COVID finit?»

Hey boy! J’étais préparée à lui expliquer pourquoi les feuilles changent de couleur ou pourquoi on doit porter un masque en public. À la limite, j’étais même prête à lui dire la vérité sur le père Noël ou à lui expliquer comment on fait des enfants. Mais sur cette question, j’ai séché.

«Cocotte, personne le sait. On est 8,5 millions de Québécois à se le demander. Au même titre que les 7,6 milliards d’autres êtres humains sur la planète. Pis on a tous hâte en maudit que ça finisse!»

Je n’ai pas osé lui avouer que le Dr Arruda venait de déclarer l’arrivée «officielle» de la 2e vague. Ni même lui montrer mon découragement face au troisième refus de bébé à sa garderie depuis son entrée il y a trois mois pour cause de «possibles symptômes». Et pourtant!

C’est un secret de Polichinelle maintenant: l’automne voire l’hiver s’annonce difficile pour bien des parents. Aux mots terroristes «gastro» et «pédiculose» s’ajoutent maintenant «nez qui coule» et «simple rhume».

«[Ma petite] a toussé une fois à la garderie hier et évidemment, je dois rester avec les deux pour 24 heures. Je pense aussi qu’ils ont appelé l’armée, mais je ne suis pas sûr», écrivait dérisoirement un collègue cette semaine, découragé par la situation.

Étant dans le même bateau que lui, je l’ai bien ri. Après avoir sacré pendant deux jours pendant que je tentais tant bien que mal de télétravailler tout en prenant soin d’une petite «malade» d’un an en pleine forme.

Un stress immense

On sent venir la catastrophe. Des parents à boutte, qui ne savent plus où donner de la tête pour concilier un minimum travail et famille. À la Ligne Parents, organisme dédié à l’écoute et au soutien des parents depuis 1981, on note depuis mars une augmentation d’appels de 30% de parents préoccupés, ou même désespérés. Et on anticipe que ça va s’accentuer dans les prochains mois.

L’automne est généralement la période de l’année la plus achalandée pour la Ligne Parents, et cette année, il risque de l’être particulièrement, prévoit Geneviève Henry, intervenante pour l’organisme depuis plus de 20 ans.

«Aux sujets déjà abordés usuellement avant la pandémie s’ajoute un stress immense qui touche plusieurs aspects de la vie des parents. On sent qu’ils sont à bout de souffle. Qu’ils ne savent plus sur quel pied danser. On reçoit plus d’appels de parents dépassés, qui ont de la difficulté à conjuguer télétravail, vie familiale et nouvelle réalité», concède-t-elle.

Les parents de jeunes enfants rapportent surtout des difficultés en lien avec la conciliation travail-famille. «C’est l’enjeu majeur en ce moment. C’est lourd pour eux, on sent beaucoup leur fatigue, et ça peut exacerber des comportements d’opposition chez leurs enfants, ce qui rajoute au stress», souligne-t-elle.

Ceux d’adolescents rapportent pour leur part plus de conflits avec leurs jeunes depuis le début de la pandémie. C’est d’ailleurs la tranche d’âge des 12-17 ans qui occupe 40 % des appels, note Mme Henry, contre 29% pour les 0-5 ans et 25% pour les 6-11 ans.

«Les parents sont nombreux à se demander comment faire de la discipline dans un contexte de distanciation. Pour les ados, les amis, c’est toute leur vie. Ça donne des discussions assez explosives dans bien des foyers et crée une ambiance vraiment désagréable», rapporte-t-elle.

Dans les deux cas, l’anxiété de tout le monde, autant les parents que les enfants, «ressort aussi beaucoup», ajoute l’intervenante. «Le confinement, le retour à l’école, la deuxième vague... Les parents sont à vifs, les enfants aussi, et c’est loin d’être terminé.»

Une pilule une p’tite granule

Pas étonnant, donc, que dans les circonstances, le nombre de Québécois sous antidépresseurs — déjà nombreux avant la pandémie et en hausse constante depuis 2006 — ait augmenté depuis le mois de mars, tel que le rapportait Le Devoir cette semaine.

Selon l’article, le nombre de réclamations pour antidépresseurs effectués auprès d’assureurs privés au Québec entre janvier et août 2020 a fait un bond de 20% par rapport à la même période l’an dernier. C’est «très significatif», selon le Dr Dorian Lo. «Cela signifie que le nombre réel [de personnes prenant des antidépresseurs] est plus élevé », disait-il au Devoir, précisant que «le télétravail, avec les enfants sur les genoux, pourrait (...) avoir eu raison de certains travailleurs».

Toujours dans l’article, la présidente de l’Association des médecins psychiatres du Québec, Dre Karine J. Igartua, affirme quant à elle noter une hausse des prescriptions d’anxiolytiques. « Ce que les médecins me disent sur le terrain, c’est qu’ils sont en train de prescrire de l’Ativan à tour de bras », dit-elle.

Même s’il faudra probablement attendre plusieurs mois encore avant de mesurer l’effet réel de la pandémie de COVID-19 sur la santé mentale des gens, je me questionne.

Vrai que toute cette situation est exceptionnelle et qu’elle demande qu’on s’ajuste. Mais ne vient-elle pas souligner à gros traits et exacerber une tangente préoccupante depuis plusieurs années déjà? Me semble que les parents sont à boutte depuis pas mal plus longtemps que six mois... et que cette pandémie n’est que la goutte qui fait déborder le vase.

Comment en est-on rendu là?