Le drapeau franco-ontarien

On parle français. Bien oui...

CHRONIQUE / Vous êtes francophones et vous êtes nés et vivez à l’extérieur du Québec ? Oui ? Alors je vous parie qu’un Québécois vous a déjà posé la question qui suit : « Hein !? T’habites (ville de votre choix) et tu parles français !? ».

On m’a (re)posé cette question alors que je me trouvais à Québec dans le cadre du 400e anniversaire de cette magnifique ville, à l’été 2008.

« Vous venez de quel coin du Québec ?, me demande le serveur d’un restaurant.

— Je viens d’Ottawa, que je lui réponds. (Si j’avais répondu Vanier, il aurait sûrement cru que j’étais natif du quartier Vanier en banlieue de Québec).

— Vous venez d’Ottawa !?, me réplique-t-il d’un air étonné.

— Oui. Né, élevé et grandi à Ottawa.

— Et vous parlez français !?».

Misère…

Bien oui, mon chum. Je parle français. Imagine-toi donc. Comme les 136 000 autres francophones d’Ottawa, comme les 625 000 autres Franco-Ontariens en province, et comme les 2,7 millions de francophones de l’extérieur du Québec, de l’Acadie jusqu’au Yukon, je parle français. Comme vous. On n’a pas tous le même accent que vous, mais on parle tous la même langue. Croyez-le ou non. (Et si j’étais le moindrement malin, j’ajouterais : « vous devriez sortir plus souvent »).

J’ai pris un long détour par la Ville de Québec, mais j’aurai bien pu revenir sur une anecdote survenue pas plus tard que l’été dernier, ici, lorsqu’un policier de Gatineau m’a arrêté pour excès de vitesse. Ce policier - un francophone évidemment - s’est adressé à moi en anglais. Pourquoi ? Parce que ma voiture est plaquée en Ontario. Tout simplement. Dans sa tête, qui vit en Ontario est anglophone, point à la ligne. 

Ainsi, Denise Bombardier a déclaré à Tout le monde en parle, dimanche dernier, que toutes les communautés francophones à travers le Canada ont à peu près disparu. « Il en reste encore un peu en Ontario, a-t-elle dit. Au Manitoba, j’y suis allée encore au mois de janvier chez les Métis, on ne parle plus le français », a-t-elle ajouté.

Je regardais Tout le monde en parle lorsque Mme Bombardier a fait cette déclaration. J’ai haussé les épaules et deux personnes me sont revenues en tête en l’écoutant : le serveur de Québec et le policier de Gatineau.

Parce que j’avoue que je n’ai pas été offusqué par les propos de Denise Bombardier. Mais pas du tout. C’était de l’ignorance de sa part. Et peut-être aussi de la provocation compte tenu que l’ancien premier ministre Jean Chrétien prenait place à ses côtés. C’était du n’importe quoi, bref. 

Et sa déclaration a bel et bien fait parler, à en juger par les réactions des francophones hors Québec dans les médias et sur les réseaux sociaux. Mission accomplie, Mme Bombardier. On parle de vous « from coast to coast ». Et le fait que vous venez de lancer votre autobiographie est sûrement une pure coïncidence…

Pourquoi s’offusquerait-on de ces propos ? On le sait bien, nous, Franco-Ontariens, Acadiens, Franco-Manitobains, Franco-Albertains et tous les autres francophones au pays que nous sommes là, bien vivants, et que nous y sommes pour rester. 

Pourquoi s’arrêter à des paroles lancées en l’air qui n’avaient pour but que de provoquer et de faire grimper les cotes d’écoute et les ventes de livre ?

Il faudrait arrêter de s’inquiéter du jugement des Québécois à notre égard. Surtout du jugement des Québécois qui n’ont visiblement jamais ou rarement visité les communautés francophones de l’extérieur de leur province, mais qui se permettent tout de même de dire n’importe quoi à notre sujet. Ne perdons pas notre temps et nos énergies avec eux.

Ce que pensent les autres de nous ne nous regarde pas. Si certains Québécois veulent croire que nous sommes voués à la disparition, c’est leur problème, pas le nôtre. 

Enfin Mme Bombardier, si vous lisez cette chronique (ce que je doute fortement), j’accepterais l’invitation de Denis Desgagné, le président-directeur général du Centre de la francophonie des Amériques.

Dans une lettre publiée sur notre application et sur ledroit.com, M. Desgagné conclut en vous invitant à vous joindre à lui la prochaine fois qu’il effectuera une mission en francophonie canadienne. Allez-y, Mme Bombardier.

J’ai visité les francophones de la Saskatchewan avec M. Desgagné il y a deux ans et j’ai passé cinq agréables journées là-bas avec lui et en compagnie de ces irréductibles Fransaskois qui sont fiers de leur langue et de leur culture.

Vous en serez surprise, Madame.