Le milieu de la santé est à la recherche de solutions de rechange à l’hospitalisation pour ne pas se retrouver avec un tas d’établissements vides après le départ des baby-boomers.

On attend trop des hôpitaux

CHRONIQUE / Quand on vit dans la région d’Ottawa-Gatineau, impossible d’éviter la comparaison entre les systèmes de santé des deux provinces.

Au Québec, on a souvent l’impression que les malades sont traités comme des numéros. En Ontario, ils s’excusent pour cinq minutes de retard…

Pourquoi une telle différence? J’ai posé la question à Bernard Leduc, PDG de l’hôpital Montfort, en entrevue éditoriale au Droit.

La question l’a fait sourire.

Il a évoqué ces grandes réformes de la santé consistant à tout centraliser et à créer de mégastructures. On peut penser à la réforme du ministre Gaétan Barrette au Québec. Ou à celle de l’ex-premier ministre Mike Harris, dans l’Ontario des années 1990, qui a failli faire fermer Montfort.

Sur papier, remarque Bernard Leduc, cette idée de centraliser les pouvoirs entre les mains d’une grande entité est séduisante. En théorie, les décideurs ont les deux mains sur le volant, comme le proclamait un certain slogan électoral. Le ministère contrôle tous les gouvernails, ça devrait mener le paquebot à bon port, non? Dans les faits, c’est autre chose.

«Même si logiquement je contrôle tout, c’est difficile de trouver la démonstration concrète et réelle que ça marche», résume le pdg de Monfort.

On l’a vu au Québec, et là, c’est moi qui parle, pas Bernard Leduc, la centralisation à outrance crée un lot de problèmes. C’est vrai, la réforme Barrette a permis à plus de Québécois de se voir attribuer un médecin de famille. À Gatineau, l’arrivée d’une superclinique aide à désengorger les urgences. Il reste que la création de la superstructure a mis énormément de pression sur le personnel soignant, en plus de déposséder les régions du Québec d’une partie de leur pouvoir de décision.

En Ontario aussi, les hôpitaux ont dû faire face à des vagues de compressions et à des tentatives de centralisation depuis 20 ans. Pas pour rien que le nombre de lits d’hôpitaux per capita dans cette province figure parmi les plus bas des pays de l’OCDE, tout comme le nombre d’infirmières hospitalières et les coûts hospitaliers per capita. Et pourtant, la performance des hôpitaux ontariens demeure enviable par rapport au reste du monde industrialisé.

«On est rarement dans le fond du baril, on se tient dans le top-4 au pays», reprend M. Leduc. La différence, c’est qu’en Ontario, les hôpitaux ont gardé une certaine indépendance dans la gestion de leurs affaires. Montfort a encore un conseil d’administration, contrairement aux hôpitaux du Québec où la réforme Barette a tout balayé. Montfort tire bien son épingle du jeu même s’il est en concurrence avec d’autres hôpitaux.

C’est que dans l’adversité, les gens doivent faire preuve d’agilité et chercher constamment à améliorer leur performance, note le grand patron de Montfort.

L’autre chose qui m’a sauté aux yeux lors de cette entrevue avec Bernard Leduc, c’est qu’on attend beaucoup trop de nos hôpitaux, des institutions mal adaptées à notre société vieillissante. À la base, les hôpitaux ont été créés pour traiter des soins aigus, des cas urgents. Pas une population qui prend de l’âge!

Les hôpitaux se retrouvent à traiter des malades qui survivent plus longtemps que jamais à un cancer, au SIDA ou à une maladie chronique. Ai-je dit «une» maladie chronique? À Montfort, 75 % des patients ont au moins deux maladies chroniques. Certains en ont jusqu’à 12! Autre statistique ahurissante: le top-5 des patients les plus malades mobilise 60 % des dépenses en santé.

Partout au Canada, la pression est énorme pour ajouter des lits de soins de longue durée. Or le rush des baby-boomers sera terminé vers 2035. Même à supposer qu’on soit capable d’ajouter assez de lits pour tous les accueillir en si peu de temps, est-ce que ça en vaut le coup? Après leur départ, on se retrouvera avec un tas d’établissements vides. C’est le même principe que les écoles qui se vident quand les enfants ont grandi.

Pas pour rien qu’on cherche des solutions de rechange à l’hospitalisation, qu’on parle d’investir dans les soins à domicile ou dans des carrefours communautaires comme à Orléans. Autant de façons de soulager la pression sur les hôpitaux.