La candidature de Khate Lessard (à l’extrême droite) envoie le message que les personnes trans ont elles aussi le droit de trouver l’amour.

OD abat les stéréotypes

CHRONIQUE / Ça a bien l’air qu’il y aura une candidate transgenre dans la prochaine saison d’Occupation Double, dont le tournage est en voie de s’amorcer en Afrique du Sud.

En effet, parmi les candidates susceptibles d’être retenues par le public pour l’aventure se trouve la toute première concurrente trans en la personne de Khate Lessard, une préposée aux bénéficiaires et conférencière de 23 ans originaire d’Amos, en Abitibi-Témiscamingue.

Enfin !, ai-je eu le goût de crier en apprenant la nouvelle.

Moi qui n’ai, de mémoire, regardé que quelques épisodes de la première saison — qui remonte à 2003, doit-on rappeler ! Je m’étais rapidement lassée de voir des genres de clones défiler les uns après les autres. J’étais, très honnêtement, incapable de différencier deux brunes ou deux beaux mecs aux biceps surdéveloppés lorsque j’étais partie plus ou moins prenante d’une discussion à propos de l’émission.

Encore aurait-il fallu que je m’intéresse un peu à ce type de contenu, je l’avoue bien candidement.

Je n’ai pas vraiment plus l’intention d’ouvrir mon téléviseur pour suivre les tribulations romantiques et farfelues de ces touristes québécois de luxe au pays de Nelson Mandela cet automne, mais je me réjouis de voir que la diversité continue de se faire tranquillement une place sur nos ondes.

Qu’il s’agisse d’un coup de marketing pour faire mousser la notoriété de l’émission ou non, cette ouverture de l’équipe de production est un pas de plus vers une meilleure représentativité dans notre petit écran.

D’ailleurs, faut-il rappeler qu’à ses débuts, la télé-réalité a été animée de façon successive par deux membres de la communauté LGBTQ2+?

C’est d’autant plus important qu’il ne s’agit pas d’une émission de fiction.

Bon, vous me direz sans doute qu’OD n’est pas non plus un documentaire et que la télé-réalité est parfois, sinon très très souvent, arrangée avec le gars des vues...

Le substrat d’Occupation Double, c’est le rêve, ne nous leurrons pas.

Résidences de prestige, luxe, voyages somptueux et même des participants aux corps esthétiquement enviables: la production met toute la gomme pour nous rendre verts d’envie des aventures — dans tous les sens du terme — des heureux élus.

On espère probablement que le buzz autour de cette candidate différente des autres aura un effet dopant sur les cotes d’écoute; j’espère pour ma part que le tout aura aussi un effet positif sur l’ouverture d’esprit des téléspectateurs

Une manière comme une autre d’échapper à notre routine quotidienne, de s’évader de l’ennui que suscite notre réalité et de rêver un peu.

N’empêche, ça envoie aussi le message que les personnes trans ont elles aussi le droit d’avoir leur place sous les projecteurs.

Qu’elles ont aussi le droit de trouver l’amour.

Bon (bis), on s’entend pour dire qu’Occupation Double n’a pas un taux de «ils se marièrent, vécurent heureux et eurent d’innombrables enfants» aussi élevé que celui de L’Amour est dans le pré — d’ailleurs, aucun des couples formés dans le cadre de l’émission n’a survécu au passage du temps, si mes sources sont bonnes —, mais n’empêche, il s’agit là d’une démonstration d’ouverture fort rafraîchissante.

Pourrait-on un jour voir une saison réservée à des candidat(e)s homosexuel(le)s?

Si et seulement si le public serait assuré d’être au rendez-vous, si vous voulez mon avis.

Ouverture d’esprit

Une chose est sûre, cet ajout à l’intrigue suscitera la curiosité du grand public.

On espère probablement que le buzz autour de cette candidate différente des autres (mais qui cadre néanmoins dans les standards de beauté qu’on attend des participantes) aura un effet dopant sur les cotes d’écoute; j’espère pour ma part que le tout aura aussi un effet positif sur l’ouverture d’esprit des téléspectateurs.

Après tout, même si on en entend de plus en plus parler, la réalité des personnes trans est encore taboue.

Celles-ci sont encore perçues par trop de gens comme des bêtes de foire, des anomalies, alors qu’elles ne cherchent qu’à faire leur petit bonhomme de chemin et à trouver le bonheur.

Comme nous tous.

C’est pour ça qu’en donnant graduellement plus de visibilité aux personnes trans dans la sphère publique, on contribue à normaliser leur réalité, qui n’est que la leur.

Un peu comme l’homosexualité a fini par être acceptée par une grande partie de la population au fil des dernières décennies alors que cette orientation sexuelle était autrefois honnie.

Ce qui sera intéressant, ce sera la réaction des candidats, tant masculins que féminins, si et lorsque Khate décidera de dévoiler non pas son secret, mais sa vérité.

Dégoût? Malaise? Curiosité? Indifférence?

La manière dont la nouvelle sera perçue par tout ce beau monde en dira long sur eux.

Ça pourrait faire de la bonne télé, ou pas, c’est selon.

Mais ne dit-on pas que ce qui compte le plus, en amour, ce n’est pas ce qui se trouve entre les deux jambes, mais plutôt entre les deux oreilles?

Pas de tes oignons !

Chaque fois que j’aborde la question des personnes trans, queer ou qu’un de mes textes traite de la communauté LGBTQ2+, je reçois des courriels de la part de lecteurs qui jugent qu’être trans est une aberration, que Dieu a voulu qu’ils naissent avec un sexe et qu’ils ne devraient pas tenter d’aller contre la nature.

À ceux qui seraient tentés de faire la même chose à la lecture de ce texte, je vous réponds ceci d’avance: les choix de vie de purs inconnus n’ayant aucun impact sur votre quotidien, cela ne devrait pas vous indigner ou vous révolter outre mesure.

Ça n’est tout simplement pas de vos oignons.